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Avec plus de 50 % de ses ventes pour la zone euro, l'Allemagne va-t-elle, à son tour, être touchée par la crise de la zone euro ?
Avec plus de 50 % de ses ventes pour la zone euro, l'Allemagne va-t-elle, à son tour, être touchée par la crise de la zone euro ?
©Reuters

Effet boomerang

L’Allemagne atteinte à son tour par la récession de la zone euro

Production et commandes industrielles en baisse, mais commerce extérieur stable... A quoi joue l'économie allemande ?

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Oui. La production industrielle allemande baisse de 0,9 % selon les derniers chiffres de juin. Pire, les chiffres de commandes industrielles accusent le 7 août une baisse de 1,7%, plus forte que prévue. Mais on nous dit que le commerce extérieur résiste. Et le 8 août, l’agence de rating Fitch confirme le AAA allemand, avec une perspective stable. Alors, qui croire ? Est-ce que l’économie allemande joue au Yo-Yo parce qu’elle est plus industrielle que les autres économies de la zone euro, notamment la France ? Ou bien est-ce qu’elle est atteinte par le ralentissement mondial, celui qui touche son grand concurrent la Chine ? Ou bien, enfin, est-ce qu’elle est surtout touchée par la crise de la zone euro, son premier partenaire économique avec plus de 60 % de ses ventes pour l’Europe au sens large et plus de 50 % pour la zone euro ?

C’est cette troisième raison qui joue. La récession de la zone euro la gagne, et les autres chiffres et évaluations donnent plutôt une image du passé. On sait bien que la stratégie allemande de croissance par l’exportation a fait merveille, au moins jusqu’à maintenant. Pendant des années, l’Allemagne a tenu ses coûts salariaux dans l’industrie, tandis qu’elle a vu monter ceux de la France et de Italie, exploser ceux de la Grèce et de l’Espagne. Elle a ainsi augmenté ses parts de marché sans grande peine chez ses voisins, au détriment notamment de la France. La croissance allemande est passée par l’export, avec une demande interne plate. L’Allemagne exporte ainsi 50 % de son PIB contre 30% pour la France. Et elle importe beaucoup aussi, 35 % de son PIB contre 25% pour la France. Elle importe en effet de ses voisins de l’Est, qui lui envoient des produits intermédiaires qu’elle assemble, profitant ainsi de leurs bas coûts salariaux. Bien joué, mieux que les voisins surtout.

Ainsi, quand la Chine ralentit « un peu », passant de 8 à 7,5% de croissance, peut-être à 7%, ceci l’affecte moins que ce qui se passe en Europe, puisque la Chine représente moins de 5% de ses exportations. Et quand Fitch maintient son rating, heureusement pour nous, en parlant d’une croissance plus forte en Allemagne qu’en zone euro (une progression cumulée de 5,8% depuis 2010 contre 2,3%), d’un taux de chômage qui reste faible, d’un système bancaire stabilisé, et plus encore d’une maîtrise de sa dette publique, l’agence de notation a raison. Mais c’est derrière. Elle calcule même que les engagements de l’Allemagne sur la zone euro se montent désormais à 211 milliards d’euros, ce qui reste « supportable » selon elle.

« Supportable » bien sûr, mais la tendance n’est quand même pas bonne. Fitch reconnaît qu’une récession plus forte en zone euro pourrait pousser l’Allemagne, elle aussi, dans la récession. C’est alors que son ratio dette/Pib pourrait passer au-dessus de 90%, la limite « normale » du AAA ajoute-elle...

Car voilà ce qui est en train de se passer : la récession de la zone euro va s’approfondir, vers - 0,4 % cette année, avec une Allemagne qui va vers 1% de croissance, peut-être moins, une France qui va vers 0,1 %, une Espagne et une Italie qui vont vers – 2 %, au mieux  Pour l’instant, l’Allemagne a donc de la marge. Elle pourrait même mener une politique d’austérité en modérant sa dépense publique, de façon à avoir toujours les taux d’intérêts les plus faibles du monde, avec les Etats-Unis ! Mais ce serait vu comme une provocation.

On ne peut rester, dans son coin, le meilleur élève de la classe quand elle entre en crise sévère : il faut participer davantage au retour au calme, autrement on est pris soi-même dans la tourmente. Donc, il faut soutenir l’Espagne et son système bancaire en crise, l’Italie et ses efforts, donner un an de plus à la Grèce, sachant qu’elle s’approche quand même d’un engagement de 10 milliards d’économies. Il vaut quand même mieux lui donner les moyens de faire ce qu’elle promet que lui demander encore plus, sachant alors qu’elle ne pourra pas tenir sa promesse.

Ces chiffres de commerce extérieur et de croissance allemands sont le dernier message qu’envoie l’économie réelle : l’Allemagne ne peut les ignorer. Demander plus d’efforts aux voisins, c’est s’exposer, elle-même et les autres. Conserver son image de sérieux, c’est impulser une coopération plus active dans la zone euro. Les chiffres de ralentissement allemand c’est donc grave, surtout si on ne réagit pas comme il faut.

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