Alain Juppé, l’anxiolytique du Président | Atlantico.fr
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On dit qu’il apaise le président de la République...
On dit qu’il apaise le président de la République...
©Reuters

Avec (ou sans) Sarkozy ?

Alain Juppé, l’anxiolytique du Président

Alain Juppé effectue sous nos yeux un come-back extraordinaire. Quel rôle aura-t-il a jouer dans la présidentielle. Dans "Juppé 2012 : Avec (ou sans) Sarkozy ?", Pascal Louvrier dresse le portrait complet d'un écorché vif, désormais face à la dernière marche. Extraits (1/2).

Pascal Louvrier

Pascal Louvrier

Pascal Louvrier est professeur de lettres à Paris. Il a collaboré à Valeurs actuelles et Spectacle du Monde.

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Le Conseil des ministres. Le président de la République ne cesse de parler avec Alain Juppé, à sa droite. Ils semblent complices. À la gauche du président, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Écologie, semble un peu jalouse, tandis qu’en face, François Fillon fait mine d’ignorer les confidences échangées entre Sarkozy et Juppé.

Nicolas Sarkozy téléphone régulièrement à son ministre des Affaires étrangères. Le smartphone de Juppé vibre en permanence. « Salut Alain, c’est Nicolas. » Il arrive même que le président termine ses conversations par un chaleureux « Je t’embrasse ». Juppé sourit. Puis tombe la veste, roule sa cravate, et boit un whisky. Il savoure ce retour en grâce. Les sondages indiquent également une spectaculaire remontée du Landais dans le baromètre des différentes personnalités politiques françaises. Dans la presse, on brosse son portrait ; on rappelle sa traversée du désert ; on le montre, en 2006, seul dans Bordeaux, lippe boudeuse, une parka sans âge sur le dos, une vraie dégaine à la Houellebecq. À présent, il est en passe de redevenir la rock star qu’il était dans les années Chirac. Comme le souligne son ami Dominique Perben, « il a coupé les rubans ». Il n’a pas la grosse tête pour autant. Il sait que le désaveu vient rapidement. Il fait simplement son job.

Ce n’est pas à soixante-six ans qu’il va céder à la tentation de Narcisse.

On dit qu’il apaise le président de la République, lequel semble vouloir passer du temps prosaïque au temps sacré. Juppé contribue à ce passage. La fonction présidentielle est habitée comme le souhaite la majorité des Français. La séquence bling-bling s’éloigne. Les écarts de langage aussi. Les SMS devant le pape. La désinvolture affichée au plateau des Glières, haut lieu de la résistance française, etc…Juppé est l’homme de la situation. Il est certes l’anxiolytique du président, mais il rassure également bien au-delà de sa famille politique. Il ne « surjoue » pas. Il fait preuve de sang-froid. Il est précis, discret, rassembleur. Il reproche au président de ne pas avoir tendu la main à Dominique de Villepin, après le jugement de première instance dans l’affaire Clearstream. Le président acquiesce.

Sarkozy l’écoute. C’est dire s’il est dans une position délicate. Il l’écoute car Juppé est loyal, il l’a prouvé à maintes reprises, inutile d’y revenir. Jacques Chirac manie l’humour grinçant quand il annonce qu’il votera François Hollande en 2012, ajoutant, plus cynique que jamais : « Sauf si Juppé se présente. » […]

Maintenant, si le président sortant est réélu, il se trouvera dans un cas de figure inédit, à savoir que, constitutionnellement, il sera dans l’impossibilité de se représenter. Il pourra donc vraiment réformer en profondeur, surtout si le grand rendez-vous de 2014, là aussi inédit, avec toutes les élections locales réunies en une seule, lui est favorable. De toute façon, il aura deux ans pour agir pleinement. Un président de la République, libéré du jugement des urnes, pourrait enfin sortir la France de sa léthargie mortifère et réduire son endettement.

Un bon père de famille, aux tempes grisonnantes, pensant à l’avenir de son fils faisant ses premiers pas dans les allées automnales du parc de l’Élysée, sous le regard ému de Carla Bruni-Sarkozy. Une séquence inédite à tourner. Caméra. Moteur ! […]

Et Alain Juppé, alors ? Il n’a plus rien à perdre, lui. Il s’inscrit définitivement dans la profondeur du temps, cultivant l’esprit de modération cher à Montaigne, autre Bordelais célèbre. Dans sa biographie consacrée à Montesquieu, Juppé exhume cette citation de l’auteur des Essais : « J’aime des natures tempérées et moyennes. L’immodération vers le bien même, si elle ne m’offense, elle m’étonne et me met en peine de la baptiser. »

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Extraits deJuppé 2012 : Avec (ou sans) Sarkozy ?, Éditions du Rocher (octobre 2011)

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