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Al-Qaida toujours aussi dangereux seize ans après le 11 septembre 2001 ?
©Naseer Ahmed

16 ans

Al-Qaida toujours aussi dangereux seize ans après le 11 septembre 2001 ?

Seize années ont passé après les terribles attentats du 11 septembre 2001. La guerre contre le terrorisme lancée par le président G.W. Bush a laissé espérer que l’organisation Al-Qaida « canal historique » avait été si considérablement affaiblie que la nébuleuse ne représentait plus un risque majeur pour la planète.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Il s’est avéré que la guerre déclenchée en Afghanistan en 2001 a bien chassé les activistes d’Al-Qaida (et les taliban) en les éparpillant, majoritairement au Pakistan mais aussi pour une petite partie en Iran(1). C’est surtout la gestion des suites de cette intervention qui a été calamiteuse mais pouvait-il en être autrement dans ce pays où tous les envahisseurs ont fini par mordre la poussière(2) ?

Encore plus calamiteuses ont été les conditions de l’après-guerre d’Irak déclenchée en 2003 par Washington. C’est là qu’a grandi la branche irakienne d’Al-Qaida « canal historique » qui a donné naissance à l’Etat Islamique d’Irak (EII) puis, après une première défaite en 2006, à l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) qui rompra avec la maison mère en 2014 en se faisant connaître sous l’acronyme Daech.

Cette branche dissidente de la nébuleuse, tout en ensanglantant la Syrie et l’Irak, a développé 18 franchises de par le monde et mené des actions terroristes, notamment en Europe. Cette organisation salafiste-djihadiste a tout fait pour que l’ensemble des Etats concernés conjuguent leurs efforts pour la neutraliser. Le pseudo-califat qu’elle a bâti sur les ruines syro-irakiennes est aujourd’hui en train de se déliter. Mais, en dépit de ce qui s’annonce comme une défaite militaire « classique », l’idéologie est toujours bien présente. De plus, Daech a eu le temps de former 40.000 étrangers (hors Syriens et Irakiens) et 7.000 Européens seraient sur le retour ou déjà revenus ! Sa stratégie à venir a été officiellement annoncée comme le « retour au désert » en référence à la période quand le prophète Mahomet a quitté la Mecque pour Médine. Ce fut alors une période très guerrière pour lui et ses disciples.

Daech va intensifier ses opérations de guérilla là où cela est possible (Syrie-Irak, Yémen, Sinaï, Afrique de l’Ouest, Birmanie, Indonésie, etc.) et mener des actions terroristes en utilisant des returnees et des fidèles locaux qui n’ont pas connu de théâtre de guerre et qui n’ont pas ou peu de liaisons avec l’extérieur : les « djihadistes solitaires » (qui peuvent d’ailleurs agir en groupe).

Mais Daech a tendance à faire oublier Al-Qaida « canal historique » qui a la même idéologie mais qui sait se montrer plus présentable. Son chef, le docteur Ayman al-Zawahiri, a invité en 2013 ses partisans à éviter les tueries de masse, particulièrement celles qui pourraient frapper des civils musulmans et des femmes et enfants innocents. Il privilégie les objectifs politiques et militaires. Il semble souhaiter se présenter comme un « extrémiste modéré ». C’en est à un tel point que dans certaines régions, des responsables politiques voient en Al-Qaida « canal historique » un interlocuteur valable.

De plus, il agit souvent sous faux pavillon. Ainsi, en Syrie, c’est le Hayat Tahir al Cham (HTC) qui s’est constitué autour de l’ancien Front al-Nosra - le bras armé d’Al-Qaida « canal historique » en Syrie -. Al-Nosra a officiellement rompu le 28 juillet 2016 les liens qui l’unissaient à la maison mère en prenant le nom de Fateh al-Cham. Il a ensuite fondé le HTC qui a chassé les autres mouvements rebelles, en particulier de la province d’Idlib. C’est la traduction sur le terrain de la stratégie d’Ayman al-Zawahiri qui a pour but de rassembler autour de ses forces d’autres formations rebelles même si elles ne partagent pas totalement la même idéologie ni les mêmes objectifs à long terme. C’est ainsi que le HTC est devenu la coalition d’opposition à Bachar el-Assad la plus importante avec au moins 30.000 activistes. Ce chiffre pourrait s'accroître dans l'avenir, les "transferts" vers le HTC étant nombreux.

Ailleurs, Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) a fait de même en s’agrégeant à d’autres groupes pour former le Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin, « Le Groupe pour le soutien de l'islam et des musulmans ». Iyad ag Ghali, l’émir d’Ansar Dine, en a été habilement désigné comme le chef car il n’est pas membre d’AQMI. Cette coalition a lancé en 2016 plus de 250 attaques au Sahel.

Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) gagne en importance au Yémen avec 4.000 hommes et Al-Qaida est présent aux côtés des talibans en Afghanistan dans à peu près la moitié des provinces. Les Shebabs en Somalie sont forts de 7.000 militants qui dépendent toujours d’Al-Zawahiri.

Mais si les autres groupes alliés ont souvent des objectifs plus « nationalistes », Al-Qaida « canal historique » reste « internationaliste » avec comme objectif final la création d’un califat mondial. Il n’a pas renoncé aux attentats terroristes même s’ils ont été peu nombreux jusqu’à présent (en dehors des zones de guérilla décrites plus avant(3)).

A titre d’exemple, les volontaires étrangers ont été « invités » à participer à la guerre en Syrie, non pas parce que Al-Qaida a besoin d’eux, il a assez de combattants, mais dans l’optique de les former pour un retour à domicile pour ensuite y bâtir des cellules clandestines. Selon les propres mots de Hamza Ben Laden, l’un des fils du leader défunt, les « loyalistes doivent frapper les juifs, les Américains, les Occidentaux et les Russes ». A remarquer qu' Al-Zawahiri fait une véritable fixation sur les Etats-Unis où il aimerait bien renouveler de grandes opérations terroristes. Le fait que cela ne soit pas encore arrivé ne veut pas dire qu’elles ne sont pas en gestation.

Seize ans après le 11 septembre 2001, les salafistes-djihadistes d’Al-Qaida « canal historique » et Daech restent persuadés qu’ils triompheront un jour, même si cela doit prendre plusieurs générations. Leur idéologie de retour à l'islam des origines continue à se propager insidieusement au sein des populations musulmanes sans que les autorités religieuses ne semblent être à même de faire grand-chose car elles sont aussi remises en question. Dans un message récent, un djihadiste français contestait la légitimité des imams officiels en Europe. Ce qui serait terrible, c’est si les deux organisations parvenaient à des accords pour mener des actions communes. C’est ce qui risque d’arriver si Abou Bakr al-Baghdadi était neutralisé car le différent personnel qu’il entretient avec al-Zawahiri tomberait de lui-même.

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