Air miles : pourquoi les compagnies aériennes pourraient survivre grâce à leurs programmes de fidélité et à une reprise rapide du trafic | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Air miles : pourquoi les compagnies aériennes pourraient survivre grâce à leurs programmes de fidélité et à une reprise rapide du trafic
©ERIC PIERMONT / AFP

Trafic aérien

Air miles : pourquoi les compagnies aériennes pourraient survivre grâce à leurs programmes de fidélité et à une reprise rapide du trafic

Après la crise du Covid-19 et ses conséquences sur le secteur aérien, les programmes de fidélité vont-ils pouvoir contribuer à sauver les compagnies aériennes dans les prochains mois ? Les compagnies arriveront-elles à lier sécurité et rentabilité ?

François  Nénin

François Nénin

François Nénin est journaliste enquêteur spécialiste de l'aérien et professeur d'investigation au CFPJ. Il a publié trois livre-enquêtes sur l'aérien dont Transport aérien le dossier noir et Ces avions qui nous font peur aux éditions Flammarion. Collaborateur des magazines Marianne et VSD, il a réalisé le film "Air France la chute libre" pour l'émission Special Investigation de Canal Plus et "Où est passé le MH 370" pour Complément d'enquête (France 2). Ayant suivi une formation de pilote privé, il avait créé le site bénévole securvol.fr pour combler le manque d'informations sur les compagnies. Il vient de sortir deux livres de récits : "Oups, on a oublié de sortir le train d'atterrissage" et "Vols de merde, les pires histoires de l'aviation".

Voir la bio »

Atlantico.fr : Les programmes de fidélité contribuent-ils à la survie des compagnies aériennes ? Comment utilisent-elles le système des miles pour récupérer des fonds ? 

François Nénin : Lorsqu’on évoque la crise en forme de crash financier traversée par les compagnies aériennes, chacun pense naturellement à un sauvetage opéré par les Etats. 300 milliards de pertes sont attendus pour 2020. Beaucoup de compagnies sont les « portes drapeaux » de leurs nations d’appartenance et on imagine mal de faire tomber Air France, par exemple, dans l’escarcelle de groupes financiers étrangers. Air France reste symboliquement notre compagnie « nationale » puisqu’il n’y a pas si longtemps l’Etat français décidait de la nomination de ses PDG. Mais un autre opérateur joue un rôle dans le maintien en vol des compagnies : il s’agit des banques au travers d’un montage inattendu : les programmes de fidélité (aussi appelés programmes de loyauté dans les pays anglo-saxons). Les voyageurs savent que lorsqu’ils paient un billet, ils capitalisent des Miles qui donneront lieu à l’octroi de billets gratuits. Or, et cela est moins connu, les compagnies vendent ces programmes aux banques. Lorsqu’un passager paie avec une carte Visa, la compagnie se voie rétrocéder entre 1.25 et 1.5 cent le mile. C’est en réalité une manne énorme  constituant un véritable trésor de guerre. Ainsi la monnaie virtuelle des miles devenue sonnante et trébuchante pourrait se révéler salutaire pour traverser les turbulences du Covid.

Suite aux dernières annonces des gouvernements, le trafic aérien pourrait-il ré-ouvrir plus vite que prévu ?  

L’une des qualités premières du secteur de l’aérien est la réactivité et les compagnies sont évidemment toutes dans les starting-blocks pour redécoller. Une compagnie comme Air France qui était descendue à 5% de son activité peut se redéployer très rapidement. Les avions étaient mis en « long storage » mais régulièrement inspectés par les équipes techniques. Le frein peut plutôt venir de passagers qui auront du mal à remonter à bord, craignant de nouveaux foyers épidémiques et d’être bloqués à l’autre bout du monde. Par ailleurs, les salariés, les syndicats, l’Inspection du travail et même l’Assemblée nationale  devront être attentifs à ce que des compagnies françaises ne profitent pas de la crise du Covid pour s’attaquer aux droits des travailleurs et à leurs contrats, voire à licencier en masse alors que l’activité repart. Ce fléau sanitaire ne doit pas être le prétexte à un autre fléau, social.  

Comment les compagnies arriveront-elles à lier sécurité et rentabilité ? 

Sur la sécurité, une attention particulière devra être portée au maintien des compétences des équipages et notamment des personnels techniques, les pilotes. Il est évident que le fait de ne pas piloter, ni d’être entraîné pendant ce temps de crise, plus large que le temps du confinement peut être préjudiciable à la sécurité des vols. Si l’administration de l’aviation civile européenne accorde une certaine souplesse pour cela, les compagnies ne devront pas en profiter pour remettre en vol des pilotes qui n’ont pas été correctement testés et réentraînés. Un pilote de l’Armée de l’air m’expliquait que lorsqu’un pilote militaire ne vole pas pendant un mois, son premier vol se fait toujours avec un instructeur. Donc attention avec les pilotes de ligne : se remettre dans le bain ne sera pas forcément aisé. Il existe un vrai risque en matière de facteurs humains. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !