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Les pilotes d'Air France ont mené une grève contestée dans l'opinion.
Les pilotes d'Air France ont mené une grève contestée dans l'opinion.
©Reuters

Ça ne plane plus

Air France : petit guide du bon usage du droit de grève à l'attention des enfants gâtés du transport aérien

Des centaines de mails sont arrivés auprès de la direction d'Air France dans lesquels les pilotes grévistes s’étonnaient de n’avoir pas été payés certains jours alors qu’ils ne s’étaient pas déclarés grévistes, leurs vols ayant été annulés entre temps.

Pascal Perri

Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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Sacrés pilotes ! Une information du Figaro révèle que les pilotes grévistes du SNPL auraient déployé un stratagème peu glorieux pour obtenir - in fine - le paiement d’une partie importante des jours de grève. La technique est simple. Elle est résumée dans ce courrier d’un gréviste à la DRH de la compagnie reproduit par le journal: "Monsieur le Directeur, le 16 septembre 2014, j'ai informé l'entreprise de ma participation à la grève pour le 18 septembre 2014, conformément à la loi Diard et aux consignes de mon syndicat. Or, je constate, sur mon planning modifié, que les 19 et 20 septembre, il est notifié « absence non rémunérée ». Cette dénomination de mon activité ces jours n'a aucune justification et j'exige que vous fassiez immédiatement les corrections nécessaires afin de me rétablir dans mon droit. A défaut, je me réserve le droit de vous poursuivre en justice devant les juridictions compétentes afin de faire juger l'atteinte au droit de grève que ces sanctions abusives constituent". La grève en stop and go ! Les pilotes engagés sur des vols longs de plusieurs jours (CDG-Los Angeles par exemple) ne se seraient déclarés grévistes que le jour du 1er vol pour se rétracter le jour suivant. La direction d’Air France confirme. Des centaines de mails sont arrivés dans lesquels les pilotes grévistes s’étonnaient de n’avoir pas été payés certains jours alors qu’ils ne s’étaient pas déclarés grévistes, leurs vols ayant été annulés entre temps. Depuis la publication de ces informations, les grévistes auraient fait machine arrière pour éviter de ternir leur image déjà très discutée dans l’opinion. Mieux vaut tard que jamais ! Mais, cet épisode est significatif du climat qui règne chez Air France et du rapport très particulier que les pilotes entretiennent avec l’entreprise. On ne peut s’empêcher de comparer avec ce qui a été fait à la SNCF ou l’offre "low cost" OUIGO est opérée par des cheminots statutaires. Dès lors, comment expliquer qu’une offre simplifiée et décalée ait pu aboutir à la SNCF en situation de monopole, 100% publique (et fortement syndicalisée) alors qu’elle a bien du mal à éclore dans le secteur du transport aérien par nature concurrentiel. Il y a là de quoi faire mentir la vieille règle selon laquelle le monopole dort sur ses privilèges et sur sa rente. Il faut croire que les pilotes du SNPL n’ont pas encore pris conscience des enjeux concurrentiels dans leur secteur. Une majorité continue de penser qu’Air France est éternelle et immortelle ! Quelle erreur d’appréciation et quel manque de culture économique. Le décalage entre les pilotes et les cheminots s’explique en raison du poids opérationnel et économique des navigants techniques dans l’exploitation. Ils sont environ 7,5% des effectifs de l’entreprise mais ils représentent 25% de la masse salariale. C’est évidemment loin d’être le cas des conducteurs mécaniciens des trains, fussent-ils à grande vitesse ! Les agents roulants de la SNCF ont une autre particularité. Ils vivent dans l’entreprise. Ce n’est pas toujours le cas des pilotes. Leur vie professionnelle se limite à la salle des opérations aériennes et au cockpit. Pour ceux du long courrier, le contact avec les navigants commerciaux se fait dans les hôtels de bout de ligne. Quand il n’existe pas ou peu de communauté de destin économique, la tentation du TPMG (Tout pour ma gueule) est grande. L’expression fait jurisprudence dans les couloirs d’Air France. Les mots prononcés pour qualifier l’attitude des pilotes sont durs.

A l’extérieur de l’entreprise, la tentation naturelle des consommateurs serait de se détourner d’Air France pour se tourner soit vers les pure Player du low cost, soit vers les grandes compagnies long courrier. Boycottons ces mauvais plaisantins, incapables d’assumer leur choix de la grève… Ce serait trop commode. Ce serait oublier les 54 000 autres employés d’Air France KLM qui ont été les premières victimes de ce mouvement, ce serait oublier que cette année, ce sont les profits de KLM qui vont financer les pertes d’Air France. Passé le moment de la colère que reste t-il ? Le sentiment que les pilotes du SNPL ont dévoyé les principes du droit de grève. Les syndicalistes se plaisent à répéter que le droit de grève est un droit constitutionnel sacré. Ils ont raison, et c’est bien pourquoi il est urgent de rappeler les règles sociales du bon usage de la grève aux enfants gâtés du transport aérien.

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