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Agriculture cellulaire : La France risque de se priver d'une innovation majeure.
©Ludovic MARIN / AFP

Innovation scientifique

Agriculture cellulaire : La France risque de se priver d'une innovation majeure

Le 18 mars dernier, en séance de la commission spéciale chargée du projet de loi Climat et Résilience, le ministre Julien Denormandie a rappelé son opposition au principe-même de la production et de la consommation de viande cellulaire en France. Cette prise de position risque de priver la France d’une opportunité économique et avant tout d’innovation scientifique majeure, qui a la capacité de devenir l’équivalent des prochains GAFA pour l’industrie agroalimentaire.

Constance Peruchot

Constance Peruchot

Constance Peruchot est analyste en politiques publiques, collaboratrice chez Asteres et ancienne stagiaire chez GenerationLibre.

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La viande cellulaire, ou viande cultivée en laboratoire, est un procédé consistant à faire développer des cellules de muscle dans un environnement in vitro adapté, pour produire des fibres musculaires et finalement, de la viande. Le premier steak haché issu d’une culture de cellules en laboratoire a été élaboré en 2013 aux Pays-Bas. Ce premier succès a marqué le début d’une course à l’innovation et la création de nombreuses entreprises : Memphis Meats, Modern Meadow (pour le cuir cultivé), Finless Foods (le poisson), New Age Meats, Aleph Farms, Mission Barns, Super Meat, Meatable, etc. Les Pays-Bas, la Belgique, Irsaël, Singapour, les Etats-Unis et désormais l’Espagne sont devenus des centres de recherche importants en la matière, en majorité soutenus ouvertement par les gouvernements nationaux. Certains pays ont ainsi débuté un programme de soutien aux protéines alternatives afin d’aider les startups dans leurs premiers temps, l’accompagnement peut aussi passer par la création de chaires de recherche dans l’enseignement supérieur ou même une communication positive autour du sujet, comme lors de la visite de Benjamin Netanyahu dans les laboratoires d’Aleph Farms. L’Union européenne s’est aussi engagée pour la viande cellulaire à travers des subventions pour la recherche : en 2020, la société islandaise ORF Genetics a reçu une subvention de 2,5 millions d'euros et le programme de recherche sur la viande cultivée Meat4all, mené par la société espagnole BioTech Foods, une subvention de 2,7 millions d'euros.

Face à cela, le refus du ministre français de l’Agriculture de s’intéresser à la viande cellulaire est problématique à plusieurs égards. L’engagement du gouvernement pour le bien-être animal, qui va permettre de mettre fin à des pratiques violentes (broyage des poussins, castration à vif des porcs), devrait se diriger en toute cohérence vers une diminution progressive de l’élevage intensif. Or la question est actuellement écartée, de même que toute solution alternative comme l’est la viande cellulaire. Les membres du gouvernement et élus qui défendent le bien-être animal ont tout simplement une obligation morale de défendre le progrès technologique.

Autre sujet primordial pour le gouvernement, la diminution des émissions de gaz à effet de serre est un enjeu directement lié à la production de viande, en particulier bovine via le méthane émis par les bêtes et l’utilisation de pesticides. Or, l’agriculture cellulaire est élaborée dans l’optique de produire moins de gaz à effet de serre que la viande d’élevage, de nécessiter moins d’eau et de terres et de lutter contre la déforestation. D’un point de vue sanitaire, la viande cultivée est aussi un bon moyen d’éviter les problématiques liées à l’antibiorésistance et les zoonoses, ces maladies transmissibles entre l’Homme et l’Animal. 

Sans même aller jusqu’à la mise en place de subventions pour les entreprises de viande cellulaire française, une reconnaissance et une acceptation de cette innovation par le gouvernement permettraient de garantir la liberté de choix du consommateur et participer au mouvement global en sa faveur. La viande cellulaire arrivera dans nos rayons, comme elle le sera très prochainement dans les supermarchés singapouriens grâce à l’autorisation de mise sur le marché accordée par la cité-Etat. L’obstination de M. Denormandie à écarter la question n’arrêtera pas ce mouvement, mais pourrait empêcher la France de profiter de cette innovation pour s’inclure dans le marché.

Les débats récents sur la souveraineté européenne portent principalement sur l’absence de leaders de la tech en Europe. Les élites américaines ont créé les GAFA, les élites européennes quant à eux… partent y travailler. L’Union européenne a aujourd’hui la capacité de faire émerger des leaders dans le domaine de l’agroalimentaire, reste à savoir si la France en fera partie.

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