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Mukhtar Ablyazov.
©Wikipédia commons

L'homme qui valait 6 milliards

Affaire Ablyazov : retour sur une guerre qui n’en finit pas entre l'oligarque kazakh et des hauts magistrats français

L’oligarque kazakh Mukhtar Ablyazov soupçonné d’avoir détourné 6 milliards de dollars en Russie et Ukraine va-t-il être extradé vers ces deux pays ? Après la cour d’Aix-en-Provence, celle de Lyon examine son cas ce jeudi 25 septembre. La décision pourrait être rendue dans plusieurs semaines.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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C’est une audience qui va mobiliser la Chambre de l’instruction de la cour d’appel de Lyon toute la journée de ce jeudi 25 septembre. Avec in fine, la réponse à cette question : l’oligarque kazakh, Mukhtar Ablyazov, soupçonné d’avoir détourné 6 milliards de dollars en Ukraine et Russie, détenu en France depuis plusieurs mois va-t-il être extradé vers Moscou et Kiev ?

La chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence a, une première fois, le 9 janvier 2014, dit oui. Mais, pour des raisons de pure forme, sans statuer sur le fond, la cour de cassation, en avril dernier, a cassé l’avis de la juridiction aixoise. Et renvoyé l’affaire devant la cour de Lyon. Ce dossier sensible est suivi de fort près à la Chancellerie car emprunt d’un climat détestable entre les avocats d’Ablyazov et les magistrats de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, principalement l’avocate générale Solange Legras et à un degré moindre, la présidente de la Chambre de l’Instruction, Nicole Besset… Ces dernières ont eu droit à un piratage en règle de leurs sms et mails échangés avec Me Guillaume-Denis Faure, avocat de l’Ukraine, pays demandeur de l’extradition. Du coup, les deux magistrates et Me Faure ont porté plainte pour violation du secret de correspondance, car tous ces mails et sms se sont retrouvés sur un site ukrainien.

Qui était derrière cette tentative de déstabilisation ? Ablyazov ? Un de ses conseils, Me Peter Salas, du barreau de New-York, que nous avons rencontré en juin dernier, juge cette hypothèse ridicule. A la cour d’appel d’Aix-en-Provence, on pense le contraire, tant les relations sont exécrables entre les hauts magistrats et les conseils d’Ablyazov. Elles le sont tellement que ces derniers, forts de la décision de la Cour de cassation d’avril dernier, ont déposé une kyrielle de plaintes contre les magistrats aixois - mais c’est Solange Legras qui se trouve dans le viseur -, pêle-mêle pour trafic d’influence, association de  malfaiteurs et même forfaiture ! Or, cette incrimination ne fait plus partie du Code pénal depuis des années… Un comble : une plainte, instruite à Lyon, vise même l’avocate générale Legras pour violation du secret du délibéré… Comme si un parquetier prenait part aux délibérations des juges du siège !  Les avocats d’Ablyazov - qui est soupçonné, rappelons-le, d’avoir commis des détournements de fonds à hauteur de 6 milliards de dollars en Ukraine et en Russie - ne cessent de contester le bien-fondé de son extradition. Faisant valoir que ces deux pays, peu soucieux du respect des libertés publiques, ne se gêneraient pas pour réextrader l’homme d’affaires vers le Kazakhstan où ses relations exécrables avec le président Noursoultan Nazarbaeiv mettraient sa vie en péril.

Sauf que selon la convention de Genève de 1951, la Russie et l’Ukraine ont une interdiction légale absolue de procéder à une réextradition vers le Kazahkstan. Ce que nous confirme Me Antonin Lévy, spécialiste du droit de l’extradition et conseil de la BTA, la banque kazakhe qui aurait été siphonnée par Ablyazov. Ce jeudi 25 septembre, devant la chambre de l’instruction de Lyon, les conseils de ce dernier, devraient également marteler, selon son porte-parole Boris Durande, que la France est le seul pays de l’Union européenne à adopter une position aussi intransigeante en matière d’extradition. Et de répéter que le Royaume-Uni, l’Espagne, la République Tchèque et l’Autriche ont toujours refusé l’extradition de proches ou d’associés de l’oligarque kazakh. Dans un contexte international qui a changé avec les velleités de Vladimir Poutine sur l’Ukraine, doublé de ces plaintes ahurissantes contre des hauts magistrats, l’audience de ce 25 septembre promet de ne pas être un long fleuve tranquille… D’autant que d’Ukraine sont venues des nouvelles qui ne devraient guère réjouir les avocats d’Ablyazov : en effet, une enquête de la police de Kiev (Ukraine), bouclée le 7 avril 2014, a révélé que les fameux sms et mails piratés - tant chez les magistrates que Me Faure - avaient été modifiés et falsifiés… Contrairement à ce qu’avançaient les avocats de l’homme d’affaires kazakh.

Enfin, du côté du Tribunal de grande instance de Paris, il n’est pas exclu que l’enquête préliminaire ouverte à la suite de la plainte de Me Faure pour piratage de son téléphone portable, débouche sur l’ouverture d’une information judiciaire.

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