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Ados à la dérive : cet enchaînement de renoncements qui nous ont rendu incapables de maîtriser les bandes de mineurs qui terrorisent des quartiers entiers
©CHRISTOPHE SIMON / AFP

No-go zone

Un article du Parisien est revenu sur l'explosion du racket, des vols et agressions, dans le quartier Marcadet du XVIIIe arrondissement. Selon Gérald Pandelon, le phénomène des "bandes d'ados" est multiple et nous dépasse.

Gérald Pandelon

Avocat à la Cour d'appel de Paris et à la Cour Pénale Internationale de la Haye, Gérald Pandelon est docteur en droit pénal et docteur en sciences politiques, discipline qu'il a enseignée pendant 15 ans. Gérald Pandelon est Président de l'Association française des professionnels de la justice et du droit (AJPD). Diplômé de Sciences-Po, il est également chargé d'enseignement. Il est l'auteur de L'aveu en matière pénale ; publié aux éditions Valensin (2015), La face cachée de la justice (Editions Valensin, 2016), Que sais-je sur le métier d'avocat en France (PUF, 2017) et La France des caïds (Max Milo, 2020). 

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Atlantico : Cette semaine, un article du Parisien a fait état des vols et agressions commises par des bandes d'adolescents dans le quartier Marcadet, du XVIIIe arrondissement de Paris. Ce phénomène n'est pas nouveau, mais malgré les interventions de la police, il s'étend désormais à d'autres quartiers parisiens. Comment expliquer que les autorités ne parviennent pas à les contrôler?

Gérald Pandelon : Cette situation résulte de la désertion des autorités familiales, éducatives et politiques.  Les parents ont renoncé à les éduquer et laissent ces adolescents livrés à eux-mêmes. Cette faille initiale ne peut pas être rattrapée par l'éducation nationale et quoi qu'on en dise, ce n'est pas le rôle ni le métier des enseignants. Par ailleurs l'école n'est plus obligatoire à partir de 14 ans. Enfin, depuis 25 ans on débat  de la crise de l'autorité de l'Etat, sans que des mesures soient prises pour y remédier. L'arsenal juridique a été renforcé en 2007, mais il n'est même pas appliqué. Je vois au quotidien l'impuissance des autorités dans mon cabinet, et je suis hélas obligé de constater que 95 % des avocats pénalistes partagent le même avis. Le problème central de cette question, ce n'est pas tant l'augmentation de cette délinquance, qui est bien réelle, que sa banalisation.  Il faut être lucide : on ne peut rien faire face à la délinquance des mineurs et j'ajouterais même qu'il est trop tard pour avoir des solutions. La question de l'opinion publique vient ajouter encore plus de confusion. Entre les dénonciations d'un état trop laxiste ou trop autoritaire, on ne sort pas de ces débats qui ont fait perdre trop de temps sans rien régler.

>>>> A LIRE AUSSI : Pourquoi les bandes d’ados qui terrorisent certaines rues du 18ème arrondissement de Paris ne sont pas tout à fait ce que l’on croit

Malgré la mise en place d'une cellule policière de suivi du plan bandes (CSPB) les agressions et rixes s'étendent désormais à plusieurs arrondissements et jusqu'au centre de Paris. Comment expliquer que les dispositifs policiers soient insuffisants?

Le phénomène de ces bandes est multiple et nous dépasse. Les affrontements partent souvent de motifs futiles, mais il y  a aussi le trafic, notamment de drogue. Les mineurs sont utilisés par les chefs de bande pour les trafics parce que précisément ils ne risquent rien, et qu'ils sont toujours relâchés. La police le sait, les connaît et même si elle prévient les parents qu'il faut agir avant la date des 18 ans, ça ne change rien.  Les juges prononcent un avertissement  inscrit au casier judiciaire du mineur et ordonnent la remise à parent, censés  agir pour faire cesser les comportements délinquants… Des enfants ont déjà vingt interpellations derrière eux, ça ne les empêchera pas de continuer.. On voit des cas de mineurs armés dès l'âge de 13 ans, le retour en arrière est impossible…. Par ailleurs on évoque dans les médias essentiellement le cas de Paris, mais on ne parle jamais des villes comme Lyon, Grenoble ou Perpignan, où ces bandes s'affrontent entre communautés de gitans, d'arabes etc. De même, le phénomène de l'islamo banditisme enrôle des jeunes qui à 15/16 ans manient parfaitement les armes. Il faut être conscient que ces jeunes vivent déjà dans un univers parallèle aux lois de l'Etat, dont ils ne reconnaissent pas les règles.

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