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Actes anti-musulmans : ce que la présentation alarmiste de ces (indéniables) chiffres nous cache sur le repli communautaire

Les actes"islamophobes" ont bondi de 281% par rapport à l'année dernière. Au delà du caractère inadmissible de cette flambée, cela masque surtout des problèmes plus profonds.

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.
Voir la bio »

Les chiffres des actes dits « islamophobes » viennent d’être publiés. Leur présentation alarmiste, sous le signe d’une victimisation induisant l’idée que le sujet essentiel, après les attentats de janvier, serait la question de la protection des croyants musulmans, pose problème, oubliant au passage les risques qui pèsent sur la liberté d’expression.

On parle sur TF1 de « flambée des actes islamophobes », comme s’il s’agissait d’une trainée de poudre laissant à penser une généralisation du racisme. On en prend même à témoin le Collectif Contre l’Islamophobie en France, organisation communautariste qui rejette les lois de la République et milite pour le délit de blasphème… Certes, on constate  que les actes « islamophobes » ont presque quadruplés au premier trimestre, passant de 72 pour la même période l’année passée, à 274, une hausse de 281% explique-t-on, mais il s’agit surtout de 196 menaces (tracts, propos injurieux..) et pour le reste essentiellement de dégradations de lieux de culte. Le second trimestre 2015 montre une nette décélération, avec 52 actes et menaces recensés, contre 222 au premier trimestre. Si aucun acte antimusulman ne doit être banalisé et rester impuni, ces chiffres reviennent à quelque chose de relativement modérée au regard de la réalité de ce que représentent les musulmans en France, et bienheureusement.

Il y a quelques jours, on a publié les chiffres des actes antisémites pour la période de janvier à mai 2015, 508. Il en ressort une hausse de la violence comprenant assassinats, prises d’otage, violence sur les personnes, dont l’attentat contre l’hypermarché cachère. Une tendance marquée, puisque sur les 851 actes antisémites qui ont été recensés en 2014, 423 en 2013, les actes avec violences physiques étaient respectivement de 241, contre 105. Rappelons-le tout de même, sur une population de 500.000.

Par-delà les chiffres, il faut surtout bien voir à quoi cet alarmisme fait ici écran. Selon le président de l'Observatoire contre l’islamophobie, Abdallah Zekri, qui est une composante du Conseil français du culte musulman (CFCM) : "Depuis la mise en place de l'Observatoire en 2011, nous n'avons jamais vu un phénomène aussi élevé. Cette explosion ne peut s'expliquer que par les actes terroristes commis depuis janvier, lesquels ne peuvent justifier la haine à l'égard de musulmans qui ne sont ni responsables ni coupables de tels crimes",

Rappelons que dans une émission sur ITélé (1), il a soutenu une jeune fille qui entendait entrer en « jupe longue » ostensible dans son collège à Charleville Mézières, qu’elle portait en réaction au fait de n’avoir pas pu la veille y rentrer parce qu’elle ne voulait pas ôter son voile, qu’il considérait comme une résistante… Rappelons que la principale du collège a été soutenue par la ministre Najat Vallaud-Belkacem.  On voit bien qu’il y a là de la surenchère, à la fois en terme d’appréciation de l’état des risques et dans la volonté d’affirmer contre les lois de la République une expression religieuse qui y est contraire. Comment ne pas voir que bien des tensions qui se développent entre l’islam et la France ne sont pas dues qu’aux attentats, mais à la façon dont ce climat est utilisé pour instrumentaliser « l’islamophobie » en se dédouanant de toute responsabilité, tout en libérant la voie à l’affirmation des revendications communautaires à caractère religieux !

C’est le modèle mis en place par l’Union des Organisations Islamistes de France (l’UOIF), affiliée aux Frères musulmans, qui se généralise. Il relève d’une affirmation de plus en plus ostensible de l’appartenance religieuse dans l’espace public, avec une accélération du développement du port du voile marquée depuis janvier 2015, qui est de plus en plus ostentatoire, d’abayas, de fillettes auxquelles on l’impose, de qamis ou  djellabas pour les hommes, ceci étant accompagné tendanciellement par un retour à une lecture littérale du Coran, tout cela convergeant dans l’enfermement communautaire tournant au risque du communautarisme. « Circulez, il n’y a rien à voir !» pour le CFCM. Ne serait-ce pas une conception de la foi au dessus de la loi, de la République, palpable à travers cette volonté d’afficher sa religion comme première dans l’ordre des valeurs, télescopant la sécularisation du religieux dans un pays où c’est la règle, qui poserait le problème principal ?

Les religions monothéistes sont issues de sociétés violentes et patriarcales, qui remontent à l’antiquité, elles ne peuvent être dans leurs textes d’origine qu’en contradiction avec la modernité démocratique. Pour autant, elles ne sont pas sans possibilité de s’adapter, c’est ce qui s’est largement réalisé pour les religions catholique, protestante et juive en France, même s’il faut rester vigilant face au risque de retour en arrière, l’islam pouvant entreprendre ce chemin. Bien des musulmans pratiquent leur religion dans le respect des lois de la République. C’est eux qu’il nous faudrait plus entendre et soutenir pour qu’ils s’organisent!

Si l’islam n’est pas par essence inadaptable à la démocratie, il y a une forme de foi qui est indéniablement incompatible avec elle, c’est celle qui se considère au-dessus de la loi commune qui n’aurait pas de prise sur elle, comme l’a affirmé dans un ouvrage l’actuel vice-président du CFCM, M. Chems-eddine Hafiz (2). Nos responsables politiques ont une énorme responsabilité dans cette situation qui se dégrade, à avoir développé une politique de reconnaissance des communautés religieuses, qui met en porte-à-faux notre République qui ne reconnait que des individus de droit. Il n’y a ainsi pas à s’étonner que cette dernière soit tant décrier dans nos banlieues, à l‘aune de cette forme de foi, qui doit être sans concession contenue par la loi au lieu des dérogations accordées contre elle et du clientélisme. 

Plus grave encore, dans l’ombre de cette forme de foi, les endoctrineurs qui professent la radicalisation ont les coudées franches. On nous dit (3) que voir un lien entre islam et islamisme serait de « l’islamophobie », mais comment ne pas voir que c’est dans la religion commune que les islamistes vont chercher leur excès, car tous les textes religieux contiennent peu ou prou les germes de l’intégrisme, ce vis-à-vis de quoi la vigilance est de rigueur. Viendrait-il à l’esprit de quiconque de dire que les guerres de religion en France, avec leurs massacres épouvantables, n’ont pas été le fait de catholiques et de protestants, ou encore qu’en Irlande du Nord plus près de nous, que ceux qui ont posé des bombes tuant des civils, dont de nombreux enfants des deux côtés, n’en étaient pas aussi !

Rappelons au passage que le terme « islamophobie » a été utilisé par les Mollahs comme un instrument de combat pour imposer le voile en Iran aux femmes, et le délit de blasphème. On nous dit qu’il ne faut pas essentialiser l’islam en laissant entendre que cela pourrait conduire par amalgame à un rejet d’ensemble des musulmans, mais que fait-t-on avec l’usage généralisé du terme « islamophobie », sinon essentialiser toute approche critique de l’islam sur le fondement de la raison pour mettre en procès la laïcité et les laïques?

Moins que jamais il s’agit de servir des discours selon ce que chacun attend, laissant ainsi le principe de liberté à une libre interprétation, mais d’affirmer haut et fort  la liberté comme ce principe des mêmes droits et devoirs pour tous, à la fois bien individuel et responsabilité commune non négociable. Ne pas clarifier les choses, c’est nourrir le fond de commerce d’un Front national qui se présente, dans ce contexte, comme dernier rempart contre l’islam, à travers la proposition d’une préférence nationale et une nationalité à degrés qui rompraient avec le principe d’égalité et ouvrirait une déchirure irréparable avec la France républicaine. S’il n’est pas trop tard, la fraternité passe par le partage d’exigences communes sur ce fond de valeurs humanistes auxquelles nous sommes attachées, qui fassent barrage à toute tentative de division des citoyens selon la religion, la couleur ou l’origine.

1- I Télé - Universités : la laïcité en péril ? 13 février 2015. http://www.itele.fr/chroniques/grand-decryptage-olivier-galzi/universites-la-laicite-en-peril-111844

2- « Le droit est sans prise sur la foi », Chems-eddine Hafiz et Gilles Devers, Droit et religion musulmane, Dalloz, 2005, Pages 34 à 36

3- Dounia Bouzar, qui se présente comme dé-endoctrineuse, travaille avec son centre de dé-radicalisation en collaboration avec  le ministère de l’intérieur. Elle ne cesse de répéter qu’il n’y a aucun lien entre islam et islamisme et pour jeter un peu plus le trouble, que désembrigader un djihadiste, ce n’est pas le rendre athée. Le Monde, mardi 5 mai 2015.

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