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Acheter "du temps", pas des choses, de nouvelles études le confirment, voilà le chemin vers plus de bonheur
©Flickr/Vermin Inc

Ô joie

Acheter "du temps", pas des choses, de nouvelles études le confirment, voilà le chemin vers plus de bonheur

L'argent peut faire le bonheur, mais à condition de bien le dépenser ; oubliez les biens matériels, acheter du temps. Selon une étude de l'University of British Columbia, l'accumulation de temps serait la principale source de bonheur.

Sylvain Bordiec

Sylvain Bordiec

Sociologue, Sylvain Bordiec est Maître de conférences à l’Université de Bordeaux (Collège Sciences de l’homme-Faculté des Staps).

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Atlantico : Selon une étude menée par l'University of British Columbia et l'Harvard Business School, l'argent pourrait faire le bonheur, mais à condition de bien le dépenser. Le temps serait une ressource beaucoup plus précieuse que des biens matériels, et serait capable de générer bien plus de bonheur. Comment expliquer ce résultat?

Sylvain Bordiec : Tout d'abord, mon regard sociologique sur ce type de productions favorise une certaine prudence à l'égard du "résultat". Cette investigation menée dans des sociétés occidentales contemporaines auprès d'adultes semble peu préoccupé par le sexe, la classe sociale de ces individus et les inscriptions territoriales de leurs existences (ruraux ? urbains ? habitants des quartiers riches ou des quartiers pauvres ?). Or, le rapport au temps, les qualités et les défauts attribués au temps (précieux, perdu, enthousiasmant, ennuyeux) sont déterminés par les propriétés sociales.  De la même manière, la définition du bonheur est socialement construite et située. Reste néanmoins la possibilité de convenir que beaucoup d'individus, quels qu'ils soient, ressentent la nécessité de s'offrir du temps de loisir, "pour eux", à des fins d'épanouissement personnel. Cette nécessité ressentie est probablement liée au fait que le sentiment d'accomplissement repose à la fois sur la possession de biens et sur l'épanouissement de ses goûts culturels et sportifs personnels à travers la participation à des événements,  des sorties, des lectures etc. Les deux dimensions sont liées. L'épanouissement de ces goûts est fondée sur la possession de biens (avoir un logement, un véhicule) inscrits dans un ensemble de capitaux économiques, culturels, sociaux ( par exemple, pour aller à un endroit méconnu, il faut savoir lire une carte ou des pancartes). Autrement dit, acheter du temps exige d'être capable d'acheter bien d'autres choses en même temps. 

Comment achète-t-on du temps? N'est-ce pas une vision consumériste du bonheur?

On peut acheter du temps en se faisant livrer ses courses ou ses repas, en faisant faire les travaux dans sa maison ou son jardin, en faisant garder ses enfants, en "choisissant" de travailler à mi-temps etc. Acheter du temps nécessite un ajustement certain aux injonctions paradoxales à l'autonomie et au lien social caractéristiques du capitalisme contemporain. Prendre du temps "pour soi" conduit vers des activités individuelles offrant une certaine solitude mais aussi vers des sociabilités, des contacts. Acheter du temps ne consiste pas en une rupture, une mise à distance avec une société organisée autour des biens de consommation. Ce type d'"achats" révèle tout au plus l'inclination - la possibilité qui s'offre à certains individus - de privilégier les biens symboliques (une place de concert ; un voyage ; un repas au restaurant). 

Qu'est-ce que cette étude révèle, au final, de la conception du bonheur de l'Homme, et sa place dans notre société?

Dans notre "société des individus", pour certains d'entre eux, le sentiment d'être heureux est inséparable de disposer d'un temps non dédié au travail pour gagner sa vie mais au contraire consacré au travail sur soi, pour soi. Tenir son rang social nécessite souvent de ne pas être seulement un professionnel dévoué à son activité ou une mère de famille uniquement tournée exclusivement vers le bien être des siens. Tenir son rang exige du temps pour être aussi autre chose. 

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