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L'épreuve de philosophie - traditionnellement la première du Baccalauréat - aura lieu le 17 juin à 8 heures.
L'épreuve de philosophie - traditionnellement la première du Baccalauréat - aura lieu le 17 juin à 8 heures.
©Reuters

Mnémotechnique

A chacun ses moyens : comment adapter vos méthodes de révision au fonctionnement de votre cerveau

Quelques recommandations sans prétention aucune à l’usage des candidats au Baccalauréat : aides-toi et ton cerveau t’aidera !

André  Nieoullon

André Nieoullon

André Nieoullon est Professeur de Neurosciences à l'Université d'Aix-Marseille, membre de la Society for Neurosciences US et membre de la Société française des Neurosciences dont il a été le Président.

 

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Cher candidat, acceptes qu’exceptionnellement aujourd’hui je te tutoie.

Te voilà sorti des affres de l’APB* et tourné maintenant complètement vers ces révisions si nécessaires pour te préparer sans regret ultérieur à la prochaine échéance. Deux semaines ! Comment alors mettre à profit de façon optimale cette courte période pour te préparer au mieux ? Bien que cela ne soit pas de mon registre habituel, souffres que je me lance dans une petite opération de coaching tellement à la mode, afin de te faire quelques suggestions de bon sens et accessoirement axées sur mes connaissances en Neurosciences. Mais coaching ne signifie pas « faiseur de miracles » et je ne me sens pas à même de prétendre pouvoir transformer soudainement une haridelle** en pur-sang ; en d’autres termes, il est peu probable que ce que tu n’as pas appris au cours de ces deux dernières années te soit soudainement accessible, quels que soient les efforts que tu consentirais… Voyons un peu ce que je peux te conseiller.

*pour les non-initiés, APB signifie Application Post-Bac, une base de données que tout candidat doit renseigner afin de formuler des vœux pour son orientation future dans l’enseignement supérieur, notamment. **ouvre ton dictionnaire, si nécessaire !

Pas de panique, le Bac arrive ! La première recommandation que je peux te faire est d’apprendre à gérer ton stress. Le stress est généré par le cerveau et dans le contexte d’une perspective somme toute encore lointaine, il tourne à la chronicité. Regardes les choses en face, quels que soient les enjeux, il n’y aura pas mort d’homme et tu te dois de relativiser, sans la banaliser, la situation. Après tout, voilà 3 ans au moins que tu t’y prépares, même si ce n’est que cette année que l’échéance s’est réellement concrétisée. Ce n’est donc pas une surprise : les données sont connues et tes Profs ont eu tout loisir de t’y préparer plus directement. Bien préparé, donc, à l’exercice, celui-ci n’a rien d’un obstacle insurmontable. Penses aux milliers d’élèves qui l’ont subi avant toi… et remets-toi en aux statistiques : près de 8 élèves sur 10 franchissent l’obstacle ! Evidemment, ce ne sont que des statistiques mais elles sont à l’évidence là pour te rassurer. Ah, j’oubliais : surtout pas de produit dits « détressant » avant l’épreuve, notamment ceux de type ValiumR, le neuropharmacologue que j’ai pu être te prévenant des effets connus sur la mémoire. Dans ce cas le « trou de mémoire » n’est pas garanti mais il est hautement probable…  Au lieu de cela, choisis plutôt la relaxation, au moins la veille des épreuves les plus importantes, et tâches de dormir. Ah, le sommeil ! Pas si facile avec l’angoisse de la page blanche… Mais si tu dois assimiler encore quelques connaissances avant le Bac, saches que la « consolidation » c’est-à-dire la capacité à retenir les informations dans ton cerveau se fait pendant le sommeil ! Attention, inutile de programmer ton MP3 pendant la nuit ! C’est bien de consolidation d’informations acquises pendant la journée et qui persistent pendant la nuit de sommeil qui suit dont il s’agit ici. Et puis, nourris-toi correctement le matin de l’épreuve car rien de pire que l’hypoglycémie pour te déconcentrer. J’oubliais : prends le temps de lire et de relire la question… et fais un plan de ta réponse. Tu gagneras tu temps et éviteras les discours « hors sujet » si pénalisants… 

Quelques petites recettes à ton usage personnel pour optimiser ta mémoire… Ce dont il s’agit ici c’est de te faire réaliser que ce n’est pas tant de mémorisation dont il s’agit maintenant mais de ce que nous nommons le « rappel mnésique », c’est-à-dire, plus trivialement, de pouvoir se souvenir au moment ad hoc de l’information dont tu as besoin pour répondre à ta question. Utopique donc d’imaginer, je te l’ai déjà laissé entendre, que tu pourras en 2 semaines combler des lacunes de 2 années. Par contre, exerces toi à « tirer sur le fil » en utilisant les stratégies que nous nommons pompeusement « le rappel indicé ». De quoi s’agit-il ? De façon empirique tu sais combien un mot ou un objet ou encore une situation peut soudainement te faire évoquer toute une histoire que tu as vécue. Je n’aurai pas l’outrecuidance de te demander si tu as lu Proust mais dans « A la recherche du temps perdu » il est un passage mythique pour ceux qui s’intéressent à la mémoire : la simple évocation d’une madeleine et d’une tasse de thé lui permet soudainement de se souvenir de tout le contexte d’une visite chez sa tante, dans son enfance.  Pourquoi je te raconte ça ? Parce que toi aussi tu es à même de trouver quelques madeleines dans tes cours, qui vont te permettre de reconstituer toute la réponse que tu dois fournir, un élément étant à même de te permettre d’en trouver d’autres, en cascade. C’est ça le « rappel indicé »… Par ailleurs, si tu peux associer à ces indices, des informations sur le moment où tu les as acquises (le contexte du cours ce jour particulier), alors tu pourras enrichir l’information, qui reviendra naturellement à ton esprit comme un épisode de ta vie. C’est ce que nous nommons la « mémoire épisodique », qui te permet de décrire avec tellement de précision des évènements anciens. Alors, pourquoi pas des cours ? Enfin, j’ose à peine te le dire, mais tu es certainement doué d’une mémoire visuelle à toute épreuve tant tu es possiblement exercé au moins par tes jeux vidéo… Cette « mémoire visuelle » est une force car tu es capable de « photographier » les schémas si complexes que mes collègues t’ont proposés pour faciliter l’accès à des concepts parfois subtils. Ces schémas sont précieux et, sans t’en rendre forcément compte, tu les as enregistrés dans les moindres détails. C’est alors dans ton inconscient qu’ils sont présents et tu vas, en les évoquant globalement, retrouver des informations insoupçonnées…  Essaies de t’entraîner, tu verras combien c’est efficace !

« Mémoire contextuelle », « rappel indicé », « mémoire épisodique », « mémoire visuelle », etc… C’est sûr, la mémoire est multiforme et ta chance est que si l’acquisition des informations est consciente et nécessite une attention et une concentration évidente, par contre la consolidation, qui permet ensuite le rappel de ces informations, se fait de manière plutôt automatique. Aussi, si comme tu me le dis, tu as raisonnablement écouté, participé aux cours et quelque peu travaillé, alors il n’y a pas de raison objective pour que ces informations ne te soient pas accessibles au moment où tu en auras besoin, c’est-à-dire maintenant dans une petite quinzaine. Bonne chance à toi !  Et tâches d’ici là, à la fois à te distraire sans excès, de bien dormir entre tes séances de révision, et de proscrire tout  alcool, un autre facteur aussi délétère pour la mémoire que les médicaments psychotropes. Et surtout : pas de produit qui « augmenterait la mémoire », sous prétexte que « …quelqu’un m’a dit… ». Si ces produits existaient, crois-moi, je le saurais et c’est pourquoi j’affirme de façon péremptoire le contraire !

PS : J’oubliais… Si cela peut contribuer à lever ton angoisse, entre toi et moi je crois avoir fait une carrière d’universitaire et de chercheur quelque peu honnête, sans atteindre des sommets qui, de toutes façons, ne sont pas des Himalaya… Et pourtant c’est au rattrapage que j’ai eu mon Bac, il y a de cela quelques années, au moment où la seconde épreuve était encore en septembre et où nous avions donc tout l’été… pour angoisser.

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