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64 ans après l’appel de l’Abbé Pierre, quelles solutions pour améliorer l’accompagnement et la protection des personnes sans domicile ?
©Reuters

Inverser la situation

64 ans après l’appel de l’Abbé Pierre, quelles solutions pour améliorer l’accompagnement et la protection des personnes sans domicile ?

Depuis le début de l'année, plus de vingt personnes sont décédées en Ile-de-France en raison du froid sévère qu’il règne et aussi, de notre incapacité collective à trouver des solutions appropriées et respectant la dignité de chaque être humain.

Jean-Charles  Watiez

Jean-Charles Watiez

Jean-Charles Watiez est haut fonctionnaire et militant associatif. Après avoir entamé une carrière d’enseignant chercheur à l’Université Paris Dauphine, il travaille pendant plus de dix ans chez Michelin dans des fonctions opérationnelles en France et en Asie puis rejoint la fonction publique dans des missions de conduite du changement puis de développement territorial (Chambre de Commerce et d’Industrie, ministère des Finances puis Groupe Caisse des Dépôts à partir de 2008).

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Au moment où plusieurs milliers de bénévoles se sont lancés dans les rues de la Capitale à la rencontre des personnes sans domicile dans la perspective de les recenser, la controverse est à son comble. Et pour cause, depuis le 1er janvier, plus de vingt personnes sont décédées en Ile de France en raison du froid sévère qu’il règne et aussi, de notre incapacité collective à trouver des solutions appropriées et respectant la dignité de chaque être humain.

Louis Gallois, à la tête de la fédération qui regroupe les 900 associations engagées dans la lutte contre la pauvreté, s’en est publiquement ému dans le Journal du Dimanche en dénonçant cette volonté de minorer le nombre de personnes n’ayant pas de toits alors même qu’il est estimé à près de 3000 femmes et hommes qui vivent dans les rues de Paris sur les 150 000 sans domicile dans notre pays.

Depuis 18 ans, le collectif « les morts dans la rue » fait savoir que  vivre à la rue mène à une mort prématurée – un peu moins de cinquante ans dans la rue - en dénonce les causes et veille à la dignité des obsèques et à l’accompagnement des proches. Dans son dernier rapport annuel, il considère que près de 13 000 personnes sans domicile sont décédées sur les 4 dernières années, soit un chiffre comparable aux « morts sur la route » !

Cette « nuit de la solidarité » - qu’il faut saluer - témoigne une fois de plus de la générosité et de la mobilisation des « anonymes » mais peut-elle inverser la situation, soixante-quatre ans après l'appel de l'Abbé Pierre. Que reste-t-il de « l'insurrection de la bonté » où résonne encore cette voix et cette supplique « Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime ».

Comment peut-on accepter que plus de 70% des demandes adressées au 115 reçoivent une réponse négative en dépit du nombre de places d'hébergement qui a encore augmenté cet hiver de près de 14000 places ?

A l’heure des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et de la géolocalisation le temps est venu de conjuguer la générosité à la puissance « bénéfique » des solutions digitales. Des applications comme « Homeless », « conneXion », « Entourage » développées dans ce but ont comme finalités de créer les liens et les communautés au service des plus démunis et dans le respect de leur dignité. Mais ce n’est pas suffisant, car toute personne a sa fierté, son estime de soi et veut être respectée… et lorsque l’on vit dans la rue, on est méfiant ! Dans notre pays, « Patrie des Droits de l’Homme », exemplaire dans de multiples opérations faisant appel à la générosité du public – Téléthon, pièces jaunes, lèpre, sidaction, cancer,… ­– les énergies et les bonnes volontés sont là et perdurent. Mais la misère, toujours présente, continue ses ravages. Alors, le temps est venu d’agréger les forces vives de la puissance publique, des associations, des fondations d’entreprises et des millions de bénévoles, engagés dans ce combat. Pourquoi ne pas s’appuyer sur les méthodes en matière de conception numérique comme le « design thinking » (conception) ou le « design sprint » (fabrication de prototype) ? Ces méthodes reconnues dans l’économie digitale consistent à identifier le « vrai » sujet à résoudre, à analyser son environnement, à provoquer l’innovation, à matérialiser et prototyper dans un délai contraint les solutions pour produire ensuite à grande échelle. Leur succès repose sur le travail collaboratif où l’intelligence du groupe est au cœur de la démarche. Ne pourrions-nous pas nous en inspirer davantage pour réunir, guider l’ensemble des acteurs concernés et réussir dans cette œuvre collective ?

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