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La BCE lâche (subrepticement) 5000 milliards d'euros
pour sauver l'euro
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Capitulation ?

Mario Draghi a annoncé que la BCE qu'il préside allait prêter beaucoup d'argent aux banques européennes lors des 3 prochaines années, en leur octroyant une grande latitude dans l'utilisation des fonds. Un virage à 180 degrés qui ressemble furieusement à ce que Bloomberg a révélé récemment du scandale du plan de sauvetage des banques américaines en 2008...

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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C’est donc au Financial Times que Mario Draghi a réservé la primeur de l’annonce de ce qui ressemble à une capitulation (sans beaucoup de conditions) de la Banque centrale européenne : s’il fallait une seule preuve que l’Europe des banquiers cherche à ne pas se couper de la City et de la Grande-Bretagne ce serait celle-là !

Quoi qu’il en soit, Draghi admet enfin le principe dit de l’assouplissement quantitatif, en novlangue financière : la planche à billets. En vertu de cette nouvelle politique et pour une durée annoncée de trois ans, la BCE va prêter aux établissements bancaires de quoi se refinancer et ces dernières feront de ces liquidités « ce qu’elles voudront : elles prêteront aux PME ou achèteront des bons du Trésor » nous dit ce Père de la Non-Rigueur. Curieuse latitude d’action alors qu’on imagine mal que, dans la plupart des pays au bord de l’asphyxie financière, le secteur bancaire puisse refuser aux autorités nationales d’utiliser cet argent frais pour acheter de la dette publique !

Ce n’est pas du financement direct des déficits étatiques mais du financement indirect. Mais cela revient à peu près à la même chose. Et à quel prix ? A priori, celui réduit à quasi-rien par la dernière baisse des taux directeurs de la BCE. La boucle de la rotative est bouclée, les billets peuvent arriver …

Ce virage à 180 degrés ressemble à s’y méprendre à ce que vient de révéler la presse américaine. Au moment où, en 2008, le Trésor, avec la loi Tarp (Troubled Asset relief program), mettait en place un dispositif pour prêter 700 milliards de dollars aux banques, la Fed en avançait dix fois plus sous forme de prêts à taux zéro qui ont permis, depuis deux ans, aux établissements financiers américains de se refaire une santé et au secteur privé de se désendetter. Si l’on additionne ce qu’il faudra prodiguer aux économies européennes dans les trois ans qui viennent pour leur maintenir la tête hors de la dette, on est proche du même montant : pas loin de 5 000 milliards d’euros !

Quels sont les inconvénients de ce laxisme soudain ? L’inflation n’est pas vraiment un danger si on la définit par la hausse des prix : les capacités de production sont tellement sous-employées en Europe que des tensions sur les prix ne pourront être observées à court et moyen termes que sur les marchés où l’offre est peu élastique, l’immobilier notamment.

La croissance de la masse monétaire risque certes de provoquer une baisse de l’euro mais, vu sa surévaluation, ce serait une bonne chose.

L’Allemagne risque bien sûr de tousser car on ne voit pas bien, en l’état du nouveau discours de la BCE, où et comment elle s’assure que cet assouplissement ne servira pas aux Etats mal gérés et affligés de dettes astronomiques à poursuivre dans la voie des mauvaises habitudes. Mais il est douteux que Draghi ait agi seul. Il faut s’attendre à pas mal d’hypocrisie et de non-dit sur le sujet.

Bref, on peut soupçonner la Banque centrale d’avoir choisi d’accompagner les gouvernements européens aux abois dans leur fuite en avant pour leur permettre de gagner du temps, deux ou trois ans, en espérant qu’une meilleure conjoncture mondiale et une baisse de l’euro les sauveront. Cette politique ne règle bien sûr que superficiellement le problème de la perte de compétitivité des économies européennes.

Le pari est risqué mais le choix était inexistant. En espérant, bien sûr, qu’un facteur inconnu, une crise de confiance par exemple, ne conduisent pas les marchés à se raidir et à refuser d’avaliser ce qu’ils ont admis de la part des Américains, des Anglais ou des Japonais, convertis de longue date à ce type d’assouplissements qui confine à des contorsions.

Terminons par une question. Au fond, un peu de laxisme monétaire n’est-il pas l’accompagnement nécessaire de la mondialisation, dès lors qu’aucun gouvernement planétaire n’assure, par la redistribution fiscale, la résorption des tensions nées de la redistribution des activités productives ?

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