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43 700 chômeurs de plus au mois de mars 2017 ou la faillite finale de l’inversion de la courbe du chômage promise
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Chômage

43 700 chômeurs de plus au mois de mars 2017 ou la faillite finale de l’inversion de la courbe du chômage promise

Les chiffres du chômage sont tombés et ils ne sont pas bons. En un mois, la France a gagné 43 500 nouveaux chômeurs. L'heure du bilan pour François Hollande est arrivée.

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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Atlantico : Quels sont les principaux enseignements des derniers chiffres du chômage ? Comment expliquer cette hausse de 43 500 nouveaux chômeurs en un mois alors que de nombreux indicateurs économiques sont au vert ?

Pierre-François Gouiffès : Le chômage monte en effet de façon importante pour les catégories A (aucune activité durant le mois précédent) mais est stable si on ajoute les demandeurs d’emploi avec activité réduite. Toutefois, si l’on élargit l’analyse à toutes les catégories de demandeurs d’emploi (B & C pour les activités réduite, D & E pour les personnes non tenus de chercher un emploi), le mois de mars est au contraire marqué par une très légère baisse. Donc la situation est plutôt celle d’une stabilité du nombre de demandeurs d’emploi avec des effets de reclassement entre les catégories.

En tout cas le chômage ne baisse pas, un état de fait qui ne correspond pas tout à fait à d’autres indicateurs d’emploi (hausse des déclarations d’embauche constatée par l’INSEE, Il serait un peu surprenant qu’on ne connaisse pas une baisse même modeste dans les mois qui viennent, baisse conjoncturelle qui ne peut pas régler le niveau élevé de chômage structurel que connaît le pays.

De la même façon, comment expliquer cette hausse du nombre de chômeurs alors même que le nombre de personnes "entrées" dans les statistiques et en diminution ?

Les entrées dans les catégories ABC baissent effectivement mais il faut constater que les sorties baissent également, ce qui corrobore la thèse d’un reclassement interne en mars 2017 : davantage de demandeurs d’emploi sans aucune activité mais moins de chômeurs avec activité réduite, une évolution qui interpelle d’ailleurs quant à la vigueur de la reprise d’emploi : on pourrait penser qu’on passe par différents sas : aucune activité, activité réduite, emploi complet et sortie des statistiques.

Dernier chiffre avant l'issue du scrutin présidentiel, quel bilan peut on faire du quinquennat Hollande sur le terrain du chômage ? Que penser de l'inversion promise ?

Les DEFM A et les DEFM ABC ont respectivement augmenté de 600 000 (+19 %) et de 1,2 millions (+26 %) depuis mai 2012 et le mandat se finit donc avec 3,8 millions de DEFM A, 5,5 millions de ABC et 6,6 millions ABCDE. L’augmentation est donc importante sur les dernières cinq années qui font suite à un quinquennat Sarkozy également dégradés en lien avec la récession de 2008. Si inversion il y a eu, elle ne concerne que l’année 2016 et en tout état de cause sur une volumétrie particulièrement réduite : stabilité des ABC et baisse de 3 % des A.

Le constat est encore plus cruel si on analyse la situation européenne à compter de 2012 : alors que le chômage reste fondamentalement stable à un niveau très élevée (encore 10,1% en 2016), il connaît une décrue importante depuis 2013 tant dans la zone euro (10 %)que l’Union européenne (8,5 %).

La France n’a donc absolument pas réglé sa maléfique singularité en matière de chômage structurel et le travail à mener en la matière par le nouvel exécutif politique demeure à la fois considérable et essentiel.

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