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30 ans de sanctions économiques imposées à l'Iran : tout ça pour ça

Le président Barack Obama a donné lundi son feu vert à l'imposition de nouvelles sanctions contre l'Iran. La Maison Blanche souhaite rendre la monnaie iranienne "inutilisable" en dehors des frontières de la République Islamique.

Thierry Coville

Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.
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Atlantico : Les Etats-Unis ont décidé lundi de renforcer leurs sanctions visant l'Iran, s'en prenant en particulier à sa monnaie et à son secteur automobile. L'heure est au bilan : quels ont été les impacts de ces sanctions sur la volonté iranienne de poursuivre son programme nucléaire?

Thierry Coville : L’impact a été nul. L’Iran a poursuivi son programme d’enrichissement d’uranium. Ces sanctions ont même renforcé la détermination du pouvoir iranien à poursuivre dans cette direction. L’unique nuance réside dans le fait que l’Iran essaie de négocier, mais jusque-là toutes les négociations ont échouées. Sur ce point, les occidentaux se sont trompés, car les sanctions ont surtout touchées la classe moyenne iranienne et ont renforcé les discours radicaux.

Quels ont été les effets des sanctions internationales sur l’économie iranienne ? Peuvent-elles amener le peuple iranien à se désolidariser du régime autoritaire des mollahs ?

Thierry Coville : Les sanctions américaines ont produit une diminution par deux des exportations pétrolière de l’Iran et cela à nettement contribué à dégrader les finances de l'état iranien, car un peu plus de 55% des recettes du gouvernement viennent des rentes pétrolières. L’impact a été l’effondrement de la monnaie iranienne sur le marché noir. La monnaie iranienne a connu récemment un tremblement de terre, en chutant de 100 % en quelques mois, passant de 10 000 rials à plus de 20 050 pour un dollar. D'autre part, l’inflation est de officiellement 40%, ce qui produit une nette hausse des produits d'importation.

Le mouvement « vert » qui a manifesté en 2009 venait de la modernisation de la société civile iranienne et d’un désir de démocratie. Mais sur le sujet du nucléaire, il y a aujourd’hui aucune offre politique alternative en Iran susceptible d’être opposé à cette politique. Le nucléaire en Iran fait consensus car il fait appelle a un très fort nationalisme iranien ainsi qu’à des questions de sécurité nationale. Même si la population souffre des sanctions, le peuple iranien soutient le programme nucléaire. Le peuple iranien souhaite un changement pacifique et quand ils voient ce qui se passe en Syrie, la perspective des dégâts causés par une guerre est dans toutes les têtes. De plus l’Iran bénéficie d’un niveau d’éducation élevé avec une importante classe et je ne vois pas la population iranienne engagé des affrontements de rue comme on peut le voir en Syrie, cela ne correspond pas aux mentalités iraniennes.

Les Etats Unis ont voté plusieurs trains de sanctions, via le Conseil de sécurité, contre l'Iran, contraignant leurs alliés occidentaux et arabes à boycotter l'achat du pétrole iranien. Cette politique a-t-elle porté ses fruits ? Les sanctions n’ont-elles pas grandement bénéficié aux adversaires des Occidentaux et à leur tête, à la Chine ?

Thierry Coville : Ces politiques de sanctions ont porté leur fruit dans le sens où l’Iran a vu ses ventes de brut divisées par deux, réduisant considérablement sa marge de manœuvre financière. Néanmoins, comme je vous l’ai affirmé précédemment,  les sanctions internationales n’ont en aucun cas détourné les mollahs iraniens de leur programme nucléaire.

Si l’Union Européenne met en place de nouvelles sanctions, la question des droits de l’homme se posera incontestablement, car l’Iran a de grandes difficultés à importer des médicaments et du matériel médical, ce qui limite fortement la qualité des soins dans les hôpitaux iraniens. Les sanctions frappent de plein fouet la population et cela doit être pris en compte. Ces sanctions ont un effet, mais là où le calcul est biaisé du côté occidentale est que l’on ne voit aucun changement dans la politique nucléaire iranienne.

Les politiques de sanctions internationales profitent à d'autres grandes puissances. La  Chine tire parti de la solitude de l'Iran, en bénéficiant d'une baisse des prix et en payant Téhéran en produits chinois, tout comme le fait l'Inde.

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