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Le Produit intérieur brut de la France devrait progresser de 0,2% au premier trimestre 2014.
Le Produit intérieur brut de la France devrait progresser de 0,2% au premier trimestre 2014.
©Reuters

Hop hop

0,2% de croissance pour le 1er trimestre 2014 : ce que cette moyenne cache comme réalité secteur par secteur

Alors que les chiffres de la croissance du quatrième trimestre n'ont pas encore été officialisés, les prévisions, elles, sont déjà tombées. + 0.5% fin 2014, + 0.2% début 2014. Une croissance en hausse au travers de laquelle il faut savoir lire entre les lignes.

Olivier Passet

Olivier Passet

Olivier Passet est économiste et directeur des synthèses économiques chez Xerfi où il s'occupe du suivi des politiques économiques et des mutations de l’appareil de production.

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Atlantico : Le Produit intérieur brut de la France devrait progresser de 0,2% au premier trimestre 2014, selon la toute première estimation publiée par la Banque de France. Comment interpréter ces chiffres ?

Olivier Passet : D’abord, il s’agit bien d’une toute première estimation, bâtie à partir des climats d’affaire que la Banque de France mesure dans l’industrie et les services. Et effectivement, les enquêtes auprès des industries se redressent doucement depuis un an. Leurs niveaux sont proches aujourd’hui de leur moyenne de longue période.

Cette première estimation est néanmoins sujette à révision. On ne dispose que d’un seul point d’enquête, celle de janvier. Ce qui surprend, c’est que cette première estimation succède à celle du dernier trimestre 2013, pour lequel la Banque de France prévoit +0,5% de croissance. Nous ne connaitrons les chiffres de l’INSEE que vendredi prochain.

Mais l’on sait que le dernier trimestre de 2013 conjuguait plusieurs éléments exceptionnels. Notamment les comportements d’achat par anticipation liés à la hausse de TVA en janvier. Des achats par anticipation qui ont boosté les ventes automobiles et qui ont boosté aussi le secteur de la construction, les gros travaux d’entretien et de réparation, qui seront soumis à une majoration de 3 points de la TVA. Or, sur tous ces postes, il y a un gros risque d’effet de « soufflet ». On le voit déjà sur les immatriculations automobiles qui ont baissé de 7% en janvier après leur hausse de 11% en décembre. Au total, si l’on en croît la Banque de France, la France serait sur un  rythme annuel de croissance de 1,5 %, au tournant 2013-2014. Cela me paraît exagéré. Les fondamentaux, en dehors des aléas fiscaux, sont probablement plus proche de1%.

Ce pourcentage est une moyenne. Que signifie-t-elle vraiment selon les secteurs ? Quels secteurs font la croissance ?

 Il y a aujourd’hui un net découplage entre l’industrie et les services. Les secteurs qui font la croissance sont ceux qui sont tournés vers l’exportation et qui saisissent les opportunités de la reprise qui s’affirme au sein des économies avancées. Le nombre des entreprises exportatrices a d’ailleurs légèrement augmenté l’an dernier. L’automobile, l’aéronautique (même si elle plafonne un peu), la construction navale et dans leur sillage la métallurgie et la chimie sont bien orientés. On voit aussi une nette amélioration dans les services aux entreprises (audit, SSII, intérim etc.).

Certain secteurs demeurent néanmoins à la peine. Le secteur des biens d’équipement notamment. La pharmacie fait du sur place, pénalisée par la montée des génériques. Le climat d’affaire se dégrade aujourd’hui dans ce secteur.

Les secteurs qui redémarrent le font néanmoins au prix d’une très forte compression de leurs marges et tout en continuant à détruire des emplois. L’effet de diffusion sur les autres secteurs est donc très modéré. Certains souffrent aussi de la concurrence des pays du Sud dont les coûts ont fortement diminué. C’est le cas notamment de l’agro-alimentaire.

A contrario, lesquels ne connaîtront pas une telle croissance ? Quels sont les secteurs faux-semblants de la croissance ?

Aujourd’hui, les secteurs qui souffrent le plus sont ceux qui sont en prise à la demande intérieure et à la déflation larvée qui s’étend aujourd’hui à tous les secteurs. La hausse des impôts, le ralentissement des salaires met en difficulté tout le secteur des loisirs, celui de l’hôtellerie et de la restauration et enfin le commerce. La construction et toutes les activités immobilières souffrent également fortement en dépit des faux-semblants (effet TVA) de fin d’année. Il faut ajouter également tout le secteur des services à la personne qui recule sous l’effet de la diminution récente des avantages fiscaux qui soutenaient le secteur. Or, il y a beaucoup d’emplois à la clé. Et du coup, la reprise a peu de chance de diffuser profondément dans l’économie. Une reprise sans consommation et sans construction est nécessairement une reprise de faible ampleur.

Comment doit-on lire ce pourcentage au regard des chiffres du 4ème trimestre 2014, non encore officiels ?

Je l’ai dit d’entrée de jeu, il est très probable que les chiffres de la Banque de France sous-estiment les à-coups liés à la hausse de la TVA. Il ne serait pas étonnant que les chiffres du premier trimestre soit plus proches de zéro que de 0,2. En revanche de bonnes surprises pourraient venir de l’étranger. Il est possible que nous sous-estimions aujourd’hui la force de la reprise qui se dessine en Europe. Lors des phases de retournement, on tend toujours à minorer le mouvement et les erreurs sont fréquentes. S’il y a de bonnes surprises sur la croissance, ce sera plutôt en seconde partie de l’année 2014. Et ses effets se verront surtout sur la moyenne de 2015.

Propos recueillis par Marianne Murat

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