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Arnaud Montebourg a annoncé lundi qu'il ne ferait plus parti du gouvernement
Arnaud Montebourg a annoncé lundi qu'il ne ferait plus parti du gouvernement
©Reuters

Il y pense

"Moi président" : Montebourg en route pour l’Elysée ?

Enfant terrible du PS, adepte de la provocation, du genre "le problème de Ségolène c’est son compagnon", retour sur l’itinéraire d'Arnaud Montebourg.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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"Hollande ment tout le temps. C'est pour ça qu'il est à 20% dans les sondages. Il ment. Il ment tout le temps depuis le début." Arnaud Montebourg n'était pas tendre avec François Hollande et dans une biographie de l'ancien ministre de l'Economie, Montebourg, moi président du journaliste Velentin Spitz à paraître le 10 septembre aux éditions de l'Archipel on en apprend un peu plus sur les relations qu'il entretenait avec le président de la République. "Hollande a toujours voulu sa peau, ils ne se sont jamais vraiment respectés, ils se sont toujours détestés" a expliqué l'auteur sur l'antenne d'iTele. Et de revenir sur un des points soulevés par Arnaud Montebourg dans ses discours de départ : ses difficultés récurrentes de communication avec François Hollande. "Avec François Hollande, on ne peut pas discuter. Donc on ne discute plus. Ça ne sert à rien, les discussions avec lui sont inutiles. Sympathiques, mais inutiles"

L'ancien député de Saône-et-Loire qui ne possède aujourdh'ui plus qu'un mandat de conseiller général y est décrit comme le "mouton noir du PS" au milieu des "caciques du PS" qui "n'ont eu de cesse que d'essayer de le tuer politiquement."

>>> A lire également : Arnaud Montebourg se confie dans une biographie explosive : "Hollande ment tout le temps"

Arnaud Montebourg, devenu maître en lancement de piques, que dire de pavés, contre l’orientation économique du gouvernement pensait-il bénéficier d'une certaine impunité au sein du gouvernement Valls ? Ou celui qui n'hésitait pas à afficher ses ambitions pour 2017 savait-il qu'il ne tiendrait pas des mois et des mois comme ministre de l’Economie et du Redressement productif ?

Déjà, le 10 juillet, lors d’une conférence de presse,  il avait sérieusement agacé Hollande et Valls en critiquant la politique économique qui faisait  la part trop belle selon lui aux entreprises et ce au préjudice des ménages. Désaccord réitéré lors de la fête de la Rose, à Frangy-en-Bresse - fief de Montebourg - le dimanche 24 août où en compagnie de Benoît Hamon, encore ministre de l’Education, et en présence de quelques députés frondeurs comme Laurent Baumel, Montebourg, provocateur comme à son habitude, en remettait une couche… Laquelle, selon une réaction quasi-immédiate de l’entourage de Manuel Valls "dépassait la ligne jaune". Cette fois, c’était la fin de la récréation, avec comme sanction, la mise au piquet de l’élève Montebourg qui ne fait plus partie du gouvernement… Qui plus est, il ne peut même plus faire entendre sa voix depuis les bancs de l’Assemblée nationale puisqu’il n’est plus député, ayant décidé en mai 2012 de ne pas se représenter au suffrage des électeurs de Saône-et-Loire. A moins que Cécile Untermaier, qui lui a succédé, ne démissionne et provoque une législative partielle qui risque d’être périlleuse.  

Une chose semble certaine : à ceux qui pensent aussi bien du côté de l’UMP que du PS, que le ministre démissionné est devenu un marginal, l’intéressé fera tout pour montrer que ce petit monde est dans l’erreur. Souvenons-nous de l’automne 2011 où certains prévoyaient un score médiocre pour Montebourg lors de la primaire pour la présidentielle… Eh bien, il terminera troisième de la compétition avec 17% des suffrages, permettant ainsi à François Hollande d’être le candidat du PS en mai suivant. Montebourg en sera récompensé en étant promu ministre du Redressement productif de Jean-Marc Ayrault.  Aujourd’hui, même en dehors du gouvernement, l’ex-ministre n’est pas si isolé que cela.

A coup sûr libre de tout, ne dépendant de personne, son salut peut se trouver au sein du Parti socialiste où déjà, Jean-Christophe Cambadélis qui a remplacé Harlem Desir, ne semble pas avoir convaincu rue de Solférino après ces quelques mois comme premier secrétaire. A ses proches, l’ancien député de Saône-et-Loire le dit haut et fort : le combat politique, c’est sa vie.

Pourtant, dans les années 1990, c’est surtout la profession d’avocat, lui qui a été premier secrétaire de la Conférence du stage, qui le fascine. On le retrouve plaidant dans l’affaire Carrefour du Développement, puis conseil de Christine Villemin, la maman du petit Grégory, et surtout - c’est là que les médias s’intéressent à lui - lorsqu’il défend Christian Didier, l’homme qui, le 8 juin 1993, abat, à la porte de son domicile, René Bousquet, l’ancien secrétaire général à la police de Vichy. Le destin de ce Rastignac tout craché, est scellé : il sera un des maîtres du barreau. Erreur.

Nous sommes en 1995. Montebourg se trouve en première ligne dans la mise en cause d’Alain Juppé qui louerait à bas prix un appartement situé rue Jacob dans le 6ème arrondissement de Paris et dont la ville est propriétaire… Un épisode qui vaut à Montebourg une petite notoriété. Deux ans plus tard, en 1997, grâce à la dissolution de l’Assemblée décidée par  le président Jacques Chirac il franchit le pas et se présente – avec l’étiquette socialiste parrainée par Pierre Joxe- aux législatives en Saône-et-Loire –  à quelques encablures de sa région natale- contre un notable a priori indéboulonnable, vétérinaire de profession, René Beaumont… Nous avions suivi la campagne de ce jeune homme plein d’ambition, sûr de lui. Très bon chic-bon genre, chaussé de Weston, look de gosse de riche – ce qu’il n’était pas- il détonnait dans ces communes rurales qu’il visitait dans tous les sens. Sauf qu’en peu de temps, il connaissait tous les problèmes de sa circonscription et y apportait des solutions pertinentes. Résultat : Arnaud Montebourg éjectait Beaumont et entrait à 35 ans au Palais Bourbon.

A nous deux, Paris, pouvait lancer le nouvel élu. Dans les années qui suivent, marquées par la multiplication des affaires- la gauche n’est pas épargnée - Montebourg se fait le chantre de la lutte contre la corruption n’ayant de cesse de s’en prendre aux tripatouillages commis à la mairie de Paris. Qu’ils concernent les emplois fictifs de la Ville offerts généreusement à des militants du parti gaulliste ou le dossier des HLM. Le bouillant député n’a qu’une idée :  traduire le président de la République Jacques Chirac devant la Haute Cour de Justice  en proposant au Parlement le vote d’une résolution en ce sens. L’initiative, on s’en doute, ne plait pas du tout au camp chiraquien tandis que du côté du PS, on est plus que mitigé à mettre en accusation le chef de l’ Etat. Témoin, les déclarations du président du groupe socialiste à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault qui désavouent sèchement le député de Saône-et-Loire : "Nous ne l’approuvons pas et nous ne l’acceptons pas, dit le maire de Nantes. Nous n’acceptons pas que le débat politique, la confrontation entre les hommes et les projets se fasse sur le terrain judiciaire."

Finalement, Arnaud Montebourg obtiendra la signature de 31 députés, nombre insuffisant pour gagner son pari. Et pour cause : il en fallait 58. (Plus tard, le 5 septembre 2011, alors que s’ouvrait le procès de l’ancien chef de l’Etat,  Montebourg, avouera avoir "réévalué Chirac à l’aune de la crise irakienne", regrettant presque d’avoir demandé son renvoi en Haute Cour).

Quoiqu’il en soit, même vaincu, Montebourg avait montré qu’il n’avait peur de rien. Bon nombre de militants socialistes voient en lui la relève. Et même l’espoir d’un nouveau PS qui retrouverait son ADN, trop longtemps malmené, celui de la morale. Car rappelons-le, en ces années 2000, le PS reste marqué, aux yeux de l’opinion, par les affaires URBA et autres histoires de fausses factures du côté de Marseille… Déjà… Marseille l’indocile, Marseille la violente, Marseille l’inclassable qui fera à nouveau parler d’elle en 2010 avec les frères Guérini…. Dont Montebourg sera le procureur, souvent seul, face à ses amis socialistes. Comme il se retrouvera bien seul pour dénoncer les dérives du Parti socialiste dans la région Nord-Pas-de Calais.  

Pour l’heure, notre député, nouveau chevalier blanc, continue son combat contre la délinquance en col blanc. Le voici tour à tout rapporteur de la commission d’enquête sur les Tribunaux de commerce,  puis de la mission anti-blanchiment présidée par son ami d’alors, Vincent Peillon. Ce qui lui permet de dénoncer  quelques comportements mafieux dans certaines communes des Alpes-Maritimes…

Jusqu’où ira Montebourg ?  Au PS, certes il inspire du respect, mais son côté parfois hautain - il ne se prive pas d’ironiser sur certains camarades obtus-, commence à agacer. Mais le député s’en moque. Préoccupé qu’il est de fonder la VIème République qui donnerait davantage de pouvoirs au Premier ministre, le président de la République se cantonnant à un rôle d’arbitre. Une vision passéiste qui n’est ni plus ni moins qu’un retour à la IVème République font remarquer certains constitutionnalistes. Combat d’arrière-garde, rétorque Montebourg. Qui peut faire valoir une réélection relativement facile à l’Assemblée en 2002 face à son confrère parisien Francis Szpiner et une autre - beaucoup plus difficile- en 2007 face à un ancien de la DGSE, le sympathique et compétent Arnaud Danjean, aujourd’hui député européen.

2007 constitue une année importante  pour Montebourg puisqu’il se retrouve aux côtés de la candidate du PS à la présidentielle, Ségolène Royal… Mais déjà, il ne s’embarrasse pas de circonvolutions. Qui n’a oublié sa sortie contre Hollande ? "Le problème de Ségolène Royal, c’est son compagnon." Ou celle plus tard, contre la garde des Sceaux, Rachida Dati, qualifiée d’aussi "stupide que sa réforme."  Il est comme ça, Montebourg. Imprévisible. Maladroit. Ayant du mal à faire de la prospective. Deux mois avant le premier tour de la présidentielle de mai 2007, alors que rien n’était joué entre Royal et Sarkozy, nous l’avions croisé en fin d’après-midi boulevard Saint-Germain. Il s’était montré catégorique : "Vous savez, c’est plié pour Ségolène" nous avait-il lancé.  Sous-entendu : elle sera élue…  Après tout, pouvait-il dire autre chose ?

Après  27 mois de présence tant dans les gouvernements Ayrault que Valls, Arnaud Montebourg s’en va. Que restera-t-il de son  action à Bercy ? A-t-il réussi dans les différentes missions qui lui ont été confiées ?  Sur un point au moins, l’opinion lui saura gré d’avoir tenté de faire bouger les lignes, de n’avoir jamais baissé les bras dans les dossiers brûlants. Que ce soit dans celui d’Arcelor-Mital où il a tenu tête au roi de l’acier. Que ce soit dans celui d’Alstom où son bras de fer avec le patron du groupe Patrick Kron restera dans les annales de Bercy. Certes, Montebourg n’a pas toujours eu la manière. Traiter de Patrick Kron de menteur était-il vraiment nécessaire, tout comme était-il nécessaire de s’en prendre méchamment à l’actionnaire principal de Peugeot –la famille du même nom- au moment de l’annonce de la suppression de 8 000 emplois dans le groupe ?  Il serait  dommage tout de même que du passage d’Arnaud Montebourg à Bercy on ne retienne que sa photo parue dans Le Parisien le 18 octobre 2010 où on le voit poser en marinière Armor Lux,  et de devenir d’un seul coup l’égérie du "Made in France"….

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