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“Marée populaire” : pourquoi un flop serait une mauvaise nouvelle pour Mélenchon et la gauche radicale mais peut-être aussi pour… Emmanuel Macron
©GERARD JULIEN / AFP

Après la Fête à Macron...

“Marée populaire” : pourquoi un flop serait une mauvaise nouvelle pour Mélenchon et la gauche radicale mais peut-être aussi pour… Emmanuel Macron

Jean-Luc Mélenchon a appelé à "une marée humaine qui change l'Histoire", en vue du rassemblement organisé ce samedi par différentes associations, syndicats et partis politiques, contre la politique d'Emmanuel Macron.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Atlantico : Plusieurs organisations syndicales, associatives et politiques, dont la France insoumise, appellent à une manifestation, ce 26 mai, dans plusieurs villes de France. Au regard des précédents de ce type déjà organisés sous le quinquennat, que peut-on attendre de la mobilisation de samedi en matière d'affluence ?

Christophe Boutin : Ils sont venus, ils sont tous là. « Ils » ? Les divers groupes, partis, syndicats, mouvements et factions qui représentent la « gauche de la gauche », ou la « gauche radicale », par opposition à une gauche « modérée » ou « réformiste ». Tout ceux qui, traditionnellement, se situaient à la gauche du défunt Parti socialiste, dont le nouveau dirigeant est systématiquement conspué quand il essaye d’intégrer leurs cortèges. On retiendra comme principales formations les syndicats Solidaires, CGT et FSU, les partis EELV, PCF et NPA, et, bien sûr, France Insoumise. Sondirigeant incontesté, Jean-Luc Mélenchon, entend bien confirmer ici son leadership sur une partie de l’échiquier politique qui, historiquement, étaitsouvent divisée. Mais dans la France de 2018 le stalinien et le trotskiste crient les mêmes slogans et l’écologiste rejointpour défiler le syndicaliste du nucléaire, accompagné des représentants d’une quarantaine d’autres associations, « autogestionnaires », « collectifs », « résistants » (pardon, résistant.e.s), des « animalistes » au Syndicat de la magistrature.Tout ce monde marchera derrière un char consacré à la Commune de Paris, donnant ainsi raison à leur père spirituel, Karl Marx, selon qui l’histoire se répète deux fois, « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ».

Le but, on l’aura compris, est de démontrer une « convergence des luttes » entre tous ceux qui, dans leur secteur, s’opposent à l’une des nombreuses réformes menées par le gouvernement d’Emmanuel Macron : cheminots (projet de réforme de la SNCF) et étudiants (loi ORE), mais aussi magistrats et avocats (réforme de la carte judiciaire), associations d’aide aux migrants (projet asile et immigration). Une convergence qui se ferait autour de trois thèmes : « égalité, justice sociale et solidarité ».

Après la « Fête à Macron », voici donc venue l’heure de la « Marée populaire ». Grande marée d’équinoxe ou morte-eau, nous le saurons demain soir, et de manière assez précise si les médias utilisent les nouveaux instruments de comptage d’Occurrence, manifestement assez efficaces, qui permettent de trancher entre les deux fameux chiffres du nombre de manifestants « selon les organisateurs » et « selon la police ». En se basant sur le rapport entre cette estimation et les chiffres annoncés à Paris on aura une appréciation assez juste des chiffres des manifestations de province, et l’on en saura donc plus de ce succès… ou non.

La « Fête à Macron » avait rassemblé 100.000 personnes selon ses organisateurs (certains parlèrent même de 160.000), 40.000 selon la police, 38.900 selon Occurrence. C’est sur cette base que l’on pourra évaluer le succès de la prochaine manifestation : la « Marée populaire » a fait l’objet d’un appel à participer plus clairement politique, d’un soutien plus net des diverses organisations, et le terme même de « Marée », avec sa symbolique forte, montre que les organisateurs rêvent d’un tsunami qui, pour certains, pourrait déboucher sur la mythique « Grève générale ».Mais l’une des questions posée au soir de cette manifestation sera sans doute aussi celle de la présence d’éléments violents incontrôlés et de leurs débordements.

Quelles pourraient être les conséquences d'un échec de cette manifestation pour le leadership de Jean-Luc Mélenchon ? Pourrait-il perdre sa crédibilité d'opposant face à En Marche ? Quelles pourraient être les conséquences pour la gauche radicale de manière générale ? Qu'est-ce que cela dirait de la place des syndicats en France ?

Jean-Luc Mélenchon ne perdra pas son leadership en cas d’échec de la manifestation, parce que celui-ci résulte de la combinaison de plusieurs éléments qui ne seront pas directement touchés par cet échec. Le premier vient de ses qualités de tribun, qui en font un « bon client » pour des médias qui continueront de lui tendre leurs micros. Le deuxième vient de sa position de leader du parti qui, à l’Assemblée nationale », fédère et incarne l’opposition de gauche à la majorité de LaREM. Le troisième tient à son utilité pour un Emmanuel Macron qui a besoin d’éviter de voir repartir vers la droite des électeurs du centre-droit qui l’ont rejoint en 2017 : entre les tirades enflammées de Jean-Luc Mélenchon et les violences des Blacks blocks, il arrive à les persuader qu’il mène cette politique de droite dont ils rêvaient. Pour ces trois raisons au moins, Jean-Luc Mélenchon restera l’opposant principal de gauche, quoi qu’il advienne.

Quant aux conséquences, de manière plus générale, pour la « gauche radicale » ou les syndicats, il y a peu d’exemples d’échec de manifestations induisant une déroute totale. Si l’étiage est bas, il n’y aura sans doute pas de « Grève générale » ou de nouvelle Commune, mais les luttes engagées devraient se poursuivre. Il est vrai que, échec de leurs manifestations ou pas, la question de la représentativité réelle des mouvements ou des syndicats n’est que très rarement posée, et ce pour deux raisons principales. La première est que cette représentativité passe par un impact médiatique qui leur est offert par des médias mainstream souvent sensibles à leurs thématiques. La seconde vient de ce que le pouvoir a besoin d’interlocuteurs autour de la table, qu’il préfère souvent continuer avec ceux dont il connaît le fonctionnement plutôt que d’en voir surgir de nouveaux, et qu’il ne s’intéresse donc que peu à leur réelle représentativité. La faiblesse de cette dernière ne sert qu’à les fragiliser, mais pas à les écarter.

En cas d'échec de la manifestation ce 26 mai, la contestation de la politique macronienne pourrait-elle basculer vers une tendance plus radicale ? Sous quelles formes, par exemple ? Une telle contestation aurait-elle quelque chose d'irréversible ?

L’hypothèse de la Grève générale, ce vieux mythe révolutionnaire, serait plus une conséquence de la réussite de la manifestation du 26 que de son échec. Un durcissement sectoriel serait par contre plus envisageable, avec des actions jusqu’au-boutistes éparses, dans telle université ou telle  gare. En effet, le temps ne joue pas nécessairement en faveur de ces mouvements, tout simplement parce que les vacances d’été vont arriver et qu’occuper une université vide est aussi peu porteur qu’empêcher les camarades vacanciers de circuler. Conscients de cela, certains vont donc sans doute vouloir accélérer les choses. Tout va se passer dans les trois prochaines semaines, et si la contestation ne se cristallise pas dans ce délai, d’autres commenceront à envisager les perturbations de la « rentrée sociale ». Restent les possibilités d’actions ultra-violentes de la part de groupes ultra-minoritaires, mais on peut douter de la floraison de mille ZAD.

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