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Contrairement à Jackie, si soucieuse de son intimité, Jack se moque bien de dresser des cloisons étanches entre sa vie privée et sa vie publique.
Contrairement à Jackie, si soucieuse de son intimité, Jack se moque bien de dresser des cloisons étanches entre sa vie privée et sa vie publique.
©Flickr/Natalia Sheppard

Bonnes feuilles

Le patron du FBI qui tenait les comptes de l’incroyable nombre de liaisons de JFK

Pierre Lunel raconte la vie privée d'un président inscrit au Panthéon des martyrs américains. Une vérité qui, si elle écorne le mythe Kennedy, restitue toute son humanité à JFK. Extrait de "Les vies secrètes de JFK" (2/2).

Pierre  Lunel

Pierre Lunel

Pierre Lunel agrégé de droit romain, est l'auteur de nombreux ouvrages. Il commence sa carrière d'auteur en 1989 avec un best-seller : "L'Abbé Pierre, l'insurgé de Dieu" (Stock), vendu à plus de 500 000 exemplaires. Il poursuit avec succès grâce à une série de livres autour de figures d'exception, comme "Sœur Emmanuelle" (Fixot) ou "Ingrid Betancourt" (L'Archipel). Il est aussi l'auteur des livres "Les amours d'Hollywood" et "Kennedy, secrets de femmes" (éditions du Rocher).

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Pendant toute l’année 1960, à la fin de chaque discours de Jack, les journalistes se sont davantage intéressés au nombre de groupies ramassées par Jack sur le bord de la route qu’aux points remportés sur ses adversaires politiques. Comptage d’autant plus aisé que l’homme ne se cache pas. Contrairement à Jackie, si soucieuse de son intimité, Jack se moque bien de dresser des cloisons étanches entre sa vie privée et sa vie publique. Après être descendu dans l’arène politique, il en remonte écumant et trompe souvent l’attention de son escorte policière postée devant son quartier général à Biltmore. Direction North Rossmore Boulevard, une banlieue du nord-ouest de Washington. Là, comme à son habitude, il a loué une garçonnière. À peine a-t‑il tourné la clé dans la porte qu’une fille arrive par l’escalier de service. Jamais la même. Un cérémonial bien rodé qui n’est un secret pour personne. Les paparazzis, toujours en embuscade, pourraient en faire leurs choux gras. Au contraire, ils font preuve d’une discrétion inversement proportionnelle à l’étalage sans vergogne que Jack fait de ses conquêtes. Ainsi, l’exhibitionnisme tapageur du candidat est compensé par le silence assourdis sant des médias. L’infidélité de Jack ? Un dossier classé « Secret défense ». Tapi dans l’ombre, entre le Congrès et la Maison- Blanche, Hoover veille. Nommé à la tête de l’agence fédérale du temps où Jack portait encore des culottes courtes, le patron du FBI est devenu avec les années l’historiographe de la famille Kennedy. Avant de fliquer le fils, cet ayatollah de la morale a fliqué le père. Des milliers de dossiers et des kilomètres l’enregistrements plus tard, il a placé ses hommes dans la garde rapprochée du candidat au Bureau ovale.

Comme une cinquantaine de journalistes et de politiciens à New York et à Washington, le patron du FBI a reçu, au début de l’année 1959, une lettre, signée d’une certaine Florence Kater, irlandaise, catholique et démocrate de la première heure : « Le sénateur pense que sa conduite ne nous regarde pas, écrit-elle. Nous croyons qu’il a tort sur ce point : un homme public candidat à la Maison-Blanche se doit d’être irréprochable. »

La frange conservatrice de l’électorat de Jack ne supporte plus ses frasques. Et les Kater sont aux premières loges ! Avec son mari, Leonard, Florence loue un appartement juste en face de chez elle à Pamela Turnure, une collaboratrice de Jack au Sénat. Avec son air sage et distingué, cette jolie brune ressemble étrangement à Jackie. Bien vite, les Kater s’étonnent des horaires de leur locataire. Surtout pour une jeune fille de bonne famille, âgée de vingt et un ans ! À peine majeure ! Partie aux aurores, elle rentre souvent très tard. D’autres fois, elle reçoit des visites à des heures indues.

Et l’importun n’est pas n’importe qui ! Jack Kennedy, le candidat démocrate à la Maison-Blanche. Leur candidat ! Ils se mettent alors en tête de prendre le Jack en flagrant délit de libertinage. Ils font installer des magnétophones dans les conduits d’aération et se postent derrière leurs fenêtres, l’appareil photo autour du cou. Bientôt, ils ont tout. Le son et l’image.

Riche de ses preuves à conviction, elle avertit Jack de ses intentions. Elle prétend ensuite qu’en réponse à ses menaces elle aurait été abordée en pleine rue par un Kennedy furibard…

Elle ne se décourage pas pour autant. À mesure que les échéances électorales approchent, les lettres d’avertissement se multiplient. Ainsi que les sittings et les pancartes brandies au-dessus de la foule – pancartes tapissées d’une photo de Kennedy prise au petit matin partout où Jack tient un meeting : à l’université du Maryland, en mai 1960, puis le jour de la convention démocrate, et enfin devant la Maison-Blanche.

Jack n’en peut plus : il faut se méfier de tout le monde. Tout autant chez les républicains que dans son propre camp, où chacun aimerait bien voir son favori arriver en tête de la convention. Il refile la patate chaude à son avocat James McInerney, un « maître chanteur » autorisé en costume trois-pièces. On parlemente, tergiverse, pactise : en bons catholiques, les Kater, par ailleurs amateurs d’art, laisseraient bien tomber l’affaire en échange d’un ou deux Modigliani.

Joe, le banquier de son fils, reste de marbre.

De guerre lasse, la justicière déboutée contacte un journaliste, Bob Clark, du Washington Star. Plus tard, ironie de l’histoire, il sera le seul à avoir des clichés de Jack et Bobby mortellement blessés, quelques heures après les avoir photographiés bien vivants. Pour l’heure, il peut obtenir, s’il le veut, toutes les preuves de la dépravation du candidat démocrate. Alors que Hoover les a déjà remisées dans le dossier volumineux du jeune prodige des alcôves, à côté des Inga Binga et des stars hollywoodiennes, Florence Kater lui apporte tout sur un plateau. Clark tient l’article du siècle. Ne lui manque que le feu vert du rédacteur en chef…

Il ne viendra jamais. À chaque sortie des Kater, la presse préfère présenter ces dissidents de la vertu comme des fous de Dieu. Plus tard, Clark témoignera non sans regrets du silence de son canard : « Si le Star, journal très respecté, avait publié cette histoire, JFK ne s’en serait pas remis et ne serait jamais entré à la Maison-Blanche. Aujourd’hui, tous les journaux se battraient pour publier ça. »

La légende Kennedy, lancée par les médias, est en marche.

À l’étranger, la presse est moins réservée. Au lendemain de l’investiture, le 31 janvier 1961, une affaire vieille de dix ans refait surface. L’hebdomadaire italien Le Ore a rencontré une certaine Alice Purdom, peu avare de confidences. « J’aurais pu être la First Lady », prétend-elle, déballant l’histoire de sa liaison avec Kennedy.

Le nom qu’elle porte est celui de son mari, l’acteur britannique Edmund Purdom, dont elle est divorcée depuis peu ; un divorce qui a fait grand bruit, chacun accusant l’autre des pires trahisons. Edmund, dans le rôle du mari bafoué, a jeté en pâture le nom de Kennedy ! Sa femme, du temps où elle s’appelait encore Alice Darr, aurait eu une love affair avec le sénateur en 1951. Ils auraient même été fiancés, mais Jack n’aurait pas voulu l’épouser parce qu’elle est juive… En prime, le magazine italien rapporte que Kennedy aurait payé un million et demi de dollars pour la dédommager de sa déception et de l’enfant jeté avec l’eau du bain.

Mais l’Italie est si loin des États-Unis… Y arrivent ses mafieux, pas ses potins.

Alice n’a pourtant raconté que la moitié de l’histoire. Ce qu’elle peut avouer sans ternir sa réputation et risquer sa crédibilité.

Avant de s’appeler Darr puis Purdom, le nom de jeune fille d’Alice sonne de manière suspecte au pays du maccarthysme. Barbara Maria Kopszynska. C’est sous ce patronyme qu’elle est arrivée de Pologne avec sa mère après la Seconde Guerre mondiale. Prostituée montée en grade, elle a tenu d’abord une maison de passe à Boston, puis à Manhattan. C’est dans la première, entre deux coussins de velours rouge, qu’elle a fait la connaissance de Jack.

Pour qui connaît l’animal, il est facile de mesurer à quel point les allégations d’Alice sont à prendre avec précaution. Qu’ils aient couché ensemble ne fait aucun doute ! Qui Jack n’a-t‑il pas sauté ? En revanche, comment imaginer que lui, le farouche, le tartuffe libertin ait pu proposer le mariage à une prostituée !

Une fois lui a bien suffi ! Et encore, ce n’était pas avec une femme à la vertu d’occasion…

Extrait de "Les vies secrètes de JFK", Pierre Lunel, (First Edition), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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