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"Je suis Charlie " : Comment le gouvernement a organisé la manifestation du 11 janvier avant même que les attentats ne soient terminés
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Bonnes feuilles

"Je suis Charlie " : Comment le gouvernement a organisé la manifestation du 11 janvier avant même que les attentats ne soient terminés

"La marche des lemmings", livre choc de Serge Federbusch, explique comment le pouvoir socialiste a manipulé l’opinion au moment des attentats de janvier pour escamoter ses faillites et sa responsabilité. Et comment la manifestation monstre du 11 janvier résulte elle aussi d’un conditionnement pour dévier l’émotion populaire vers le "pas d’amalgame" en niant l’évidence des progrès du fondamentalisme musulman en France. Extrait (2/2).

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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Le surlendemain des attentats, le 9 janvier, à l’initiative d’Anne Hidalgo, la fabrique à événementiel de la municipalité se remit promptement en branle : extinction des lumières de la tour Eiffel, Conseil de Paris extraordinaire, message de soutien aux victimes et à leurs proches. Charlie Hebdo fut fait citoyen d’honneur de la ville au terme d’une procédure expresse qui pulvérisa tous les records de célérité. Deux kakemonos géants furent dévoilés sur le parvis de l’Hôtel de ville, « Nous sommes Charlie » et « Paris est Charlie ». Un autre fut installé rue de Rivoli : « Charlie Hebdo, citoyen d’honneur de la Ville de Paris ».

Hollande, le Parti socialiste et leurs communicants comprirent immédiatement qu’il ne fallait pas être en reste. Le principe d’une manifestation sous la houlette de l’État fut acquis dès le 8 janvier. Elle devint immédiatement l’une des préoccupations essentielles du pouvoir, aussi importante que la traque des assassins. Les services de la préfecture de police seront en effet mobilisés avec des moyens jamais vus dans des délais aussi courts pour un événement imprévisible trois jours plus tôt.

Le grand rassemblement fut d’abord fixé au samedi 10. Mais Matignon et l’Élysée voulaient, sous prétexte de sécurité, lui donner le plus grand retentissement possible, en permettant notamment la venue de chefs d’État et de gouvernement étrangers. À la demande de Valls, il fut donc reporté au lendemain. François Lamy, ancien ministre du gouvernement Ayrault, en fut le maître de cérémonie principal au nom du Parti socialiste.

Les autres partis de gauche s’y associèrent et Valls contacta dès le jeudi 8 janvier Nicolas Sarkozy pour y convier l’UMP. La récupération impliqua quasi immédiatement tout l’appareil d’État. Ce report d’une journée par le gouvernement avait aussi pour avantage de rapprocher deux initiatives qui risquaient de se concurrencer. Les organisations dites antiracistes avaient en effet appelé à des rassemblements le dimanche à Paris et dans d’autres villes françaises pour refuser « le fanatisme et la violence ». « La LDH, la Licra, le Mrap et SOS Racisme appellent tous les citoyens à sortir de chez eux partout en France le dimanche 11 janvier à 14 h 30 en hommage aux victimes de la tuerie de Charlie Hebdo », selon un communiqué de la LDH (Ligue des droits de l’homme).

Ces organisations entendaient se retrouver place de la République à Paris, encore elle, « ainsi que dans toutes les villes de province afin de manifester la cohésion nationale face à des terroristes dont l’idéologie djihadiste se nourrit de nos divisions », indiquait SOS Racisme. Pour renforcer le sentiment d’unité, les organisateurs souhaitaient manifester « sans mot d’ordre ni slogan, sans banderole ni bannière ».

Ce rassemblement se voulait distinct de la « marche républicaine », prévue pour la veille à l’appel du Parti socialiste, du Parti communiste, d’Europe Écologie Les Verts, du Mouvement républicain et citoyen et du Parti radical de gauche.

La décision gouvernementale de reporter d’un jour le défilé des partis obligea chacun à se joindre à l’autre.

Ceux qui douteraient du souci de surfer sur l’émotion collective remarqueront que c’est le lendemain même de l’attaque de Charlie Hebdo et la veille de celle de l’hypermarché casher, avant donc que les coupables ne soient neutralisés, que la grande machine à récup’ était lancée plein pot par le régime... C’était la diversion ici et maintenant !

Précisément donc, c’est pour se regrouper, se compter, exclure par défaut ceux qui leur ressemblent et qui pourtant veulent leur mort, que les Charlie se sont rassemblés. Les Charlie sont des brebis sentant l’odeur du loup mais qui ne le reconnaissent pas car il a pris lui aussi l’apparence d’un ovin.

Ne pouvant ou ne voulant désigner leurs bourreaux, ces victimes potentielles se sont unies autour des figures symboliques des premiers sacrifiés. De manière très significative, à aucun moment, dans le défilé géant du 11 janvier, le nom, le visage ou même la moindre référence aux meurtriers ne sont apparus. On ne nomme pas Dieu, ils ne nommèrent pas le diable. À un péril sans identité, on ne répond que par des slogans vagues.

Face à un communautarisme qui les effraie mais qu’ils ne veulent pas explicitement dénoncer, les Charlie ont créé pour une journée une autre forme de communauté, très « bobo », très blanche, très bien-pensante. Formée pour beaucoup d’individus exerçant des métiers intellectuels ou artistiques et para-artistiques, au statut parfois précaire, cette société est faiblement cimentée par une culture assez lâche, au sens de peu affirmée, définie et contraignante. Elle est désarmée face à des individus mus par une idéologie primaire, totalitaire, embrigadante et haineuse.

Les manifestants du 11 janvier étaient certes encadrés et discrètement manipulés. Mais ils n’avaient ni guides ni leaders apparents. Pas même d’égérie, de Frigide Barjot ou d’Isabelle Thomas, de porte-parole ou de figure symbolique. Indice supplémentaire, le défilé des chefs d’État et de gouvernement avait lieu à distance du peuple, il n’ouvrait pas la voie de masses réunies derrière eux.

(...)

Ce discours officiel sur le refus de l’amalgame et de la stigmatisation fut aussitôt repris, comment s’en étonner, par la plupart des politiciens de gauche et une large fraction de ceux de droite. François Hollande, le jeudi 15 janvier, rendant une opportune visite à l’Institut du monde arabe à Paris, adressa un message aux « musulmans, premières victimes du fanatisme, du fondamentalisme et de l’intolérance ».

Les musulmans premières victimes des Kouachi et de Coulibaly ? On aurait pu penser qu’il s’agissait des juifs ou des caricaturistes.

À croire que, pour Hollande, Coulibaly s’était rabattu sur une épicerie casher faute de boucherie halal à prendre d’assaut porte de Vincennes !

Le président fixa pour l’occasion la doxa que chacun devait respecter pour avoir droit de séjour dans la cité médiatique : « Nous devons refuser les amalgames et les confusions. Les Français de confession musulmane ont les mêmes droits, les mêmes devoirs que tous les citoyens. Ils doivent être protégés. La laïcité y concourt, elle respecte toutes les religions... Les actes anti-musulmans comme antisémites doivent être punis sévèrement... » Hélas pour cette construction intellectuelle fragile, le refus de l’amalgame est lui-même un amalgame puisqu’il postule que, quelles que soient les différences de comportement ou d’agressivité entre les adeptes des religions, quelle que soit l’importance variable du fondamentalisme au sein de ces croyances, elles doivent toutes être traitées pareillement. Les spécificités sont niées au nom de l’égalité, dérive classique des idées faibles.

Après les crimes des Kouachi et de Coulibaly, nous eûmes droit, répétons-le, à une double diversion : celle qui, grâce à la manifestation du 11 janvier, distrayait les masses de la constatation des carences du pouvoir et celle qui, grâce à l’appareil idéologique de la gauche, les distrayait d’une mise en cause de la communauté musulmane.

 

A lire : "La marche des lemmings… ou la 2e mort de Charlie - Le pouvoir de la manipulation et la manipulation au pouvoir", publié chez Ixelles Editions, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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