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"De l’abîme... à l’espoir" : comment la crise des Gilets jaunes et la pandémie de Covid-19 ont souligné la nécessité d’une nouvelle gouvernance. Michel Fize - De l’Abîme à l’Espoir
"De l’abîme... à l’espoir" : comment la crise des Gilets jaunes et la pandémie de Covid-19 ont souligné la nécessité d’une nouvelle gouvernance. Michel Fize - De l’Abîme à l’Espoir
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Bonnes feuilles

"De l’abîme... à l’espoir" : comment la crise des Gilets jaunes et la pandémie de Covid-19 ont souligné la nécessité d’une nouvelle gouvernance

Michel Fize publie « De l’Abîme à l’Espoir : Les années folles du mondialisme (1945-2020) » aux éditions Mimesis. Michel Fize poursuit sa réflexion sur la société contemporaine et dresse un état des lieux des « abîmes actuels » : économiques, sociaux, politiques, écologiques, intellectuels, moraux. Il constate que si l'individualisme est préférable au collectivisme totalitaire, le libéralisme au socialisme d'État, la démocratie à la dictature, les grands principes finissent toujours par être pervertis. Extrait 3/3.

Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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La mondialisation a étouffé le politique dont l’espace de décision s’est considérablement réduit au fil des années. Le politique est aujourd’hui à la remorque de l’économie, et plus encore de la finance. Ces constats partagés (Alain Touraine, Dominique Méda…) ne souffrent aucune contestation. Maintenant, les marchés, à coups de spéculations et de manœuvres bancaires décident de tout. Les gouvernants doivent retrouver leur souveraineté… mais aussi leur imagination. Cornelius Castoriadis parla un jour de « l’atrophie complète de l’imagination politique… et de la paupérisation intellectuelle ». Il faut donc un retour déterminé du Politique, qui devra remettre en avant les impératifs écologiques, sociaux, humains, en maîtrisant davantage les logiques économiques et financières.

Sur la question politique, l’actuelle pandémie est riche d’enseignements. Revenons sur cet épisode social – pas totalement terminé (fin juin 2020).

La crise sanitaire, par son ampleur, sa complexité, offre, paradoxalement, une chance inespérée de changer la gouvernance politique, aujourd’hui de plus en plus inadaptée, incohérente.

Est-il encore pensable qu’un seul homme, fut-il investi par le suffrage universel, puisse décider pour tous ? Peut-on admettre cette démocratie « confisquée » ? Il faut changer les choses. Le philosophe Jacques Rancière remet précisément les pendules à l’heure : « L’institution présidentielle est une institution clairement pensée comme antidémocratique, créée en France en 1848 pour préparer un retour à la royauté et recréée par De Gaulle pour contrebalancer la « pagaille » populaire. C’est une institution monarchique, greffée sur la République. » (Le Monde du 07/05/2013).

N’y a-t-il pas aujourd’hui des sujets sociaux d’intérêt national qui relèvent, ou devraient relever, d’une responsabilité politique partagée, collective donc ? Autrement dit, n’est-il pas temps, et c’est une première orientation majeure, d’ouvrir la voie à un nouvel Acte de décentralisation, un Acte IV, après les lois de 1982, 1983 et 2003 ? N’est-il pas temps d’approfondir cette décentralisation politique consacrée par l’article 1er de la Constitution après la révision du texte fondamental en 2003 ? Une révision importante, dont il faut rappeler ici les trois grands principes novateurs : l’extension des procédures de démocratie directe locale (droit de pétition, référendums locaux), le transfert, à titre expérimental, de nouvelles compétences aux régions, l’autonomie financière des collectivités territoriales.

La crise sanitaire en cours révèle une quasi-absence de dialogue avec les partenaires sociaux. La question du retour, le 11 mai, de conditions plus normales de transport ferroviaire de voyageurs n’a, par exemple, fait l’objet d’aucune concertation avec les organisations syndicales de cheminots. Quant au dialogue politique, il s’est résumé jusqu’à présent à quelques visio-conférences solennelles avec les « chefs de partis ». Le gouvernement discute, fait sur la situation sanitaire de longs exposés pédagogiques, écoute les recommandations médicales et scientifiques [un peu moins aujourd’hui qu’au début de la crise]. Pour le reste, il est clair que l’Exécutif continue de décider seul, et sur des bases de plus en plus incertaines. Nous avons, à cet égard, actuellement, une situation inédite, celle d’un pouvoir se déterminant au vu de connaissances médicales imparfaites, incomplètes, incohérentes, contradictoires même. Les choix politiques se font, chaque jour, en s’appuyant sur un savoir en construction permanente, un savoir qui, donc, tâtonne, qui conduit des recherches à la hâte, sans toujours respecter les protocoles et méthodes scientifiques d’usage.

Le gouvernement écoute, disais-je, mais n’en fait qu’à sa tête. Alors, il décide mal, trop tôt, ou trop tard : il n’est jamais dans le « bon tempo ». D’où des choix immédiatement contestés car souvent contestables. Prenons quelques exemples.

Exemple numéro un : le déconfinement du 11 mai. Il était pour le président Macron un engagement, pour son ministre de l’Intérieur un « objectif », avant que le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, ne déclare, devant une commission parlementaire, que cette mesure ne serait prise que si le confinement était réussi. Curieux : M. Salomon, qui est un haut-fonctionnaire, agissait-il alors avec l’aval du Président qu’il contredisait tout de même radicalement par ses propos ?

Exemple numéro deux : le port des masques. « Non nécessaire » pour tous les Français, affirmait en mars la porte-parole du gouvernement. Obligatoire depuis le 11 mai, au moins dans les transports en commun – il l’aurait peut-être été partout dans l’espace public si l’on avait suivi la recommandation du Conseil scientifique, qui, soit dit en passant, n’était pas à une volte-face près, lui qui défendait, au début de la crise, la thèse d’un masque pour le seul personnel soignant.

Exemple numéro trois : la réouverture des écoles le 11 mai. Imaginée, dans un premier temps, comme une décision plutôt obligatoire, mais selon des modalités spéciales : enseignement par petits groupes, peut-être un jour sur deux, la mesure fut présentée ensuite comme facultative, pour les seules familles volontaires. Aux parents donc de décider ! [entre le 11 mai et le 16 juin, seuls 27 % des écoliers auront finalement refréquenté l’école].

Exemple numéro quatre : les conditions du déconfinement. Elles ont aussi évolué avec le temps. L’on est ainsi passé d’un projet de déconfinement par classe d’âges (les personnes âgées restant dans ce schéma confinées) à celui d’un déconfinement par régions. Et puis le Président trancha : ce serait un déconfinement national, sans considérations d’âge, pour de nombreux commerces (à préciser – mais sauf la restauration et l’hôtellerie).

Reprenons à cet instant les choses par le début. La question sanitaire est une question complexe, de surcroît obéissant au principe d’urgence. Elle permet de s’interroger.

Question : les réponses publiques ne relèvent-elles pas désormais d’un accord entre l’Etat et les collectivités locales, et, allant au-delà, d’une association entre toutes les parties prenantes à la gestion de la crise ? Un seul, le Président de la République en l’espèce, est-il en effet encore légitimé à décider au nom de tous, seul dans son coin ?

En 1976-1977, Jacques Chirac se montrait très décentralisateur, prônant la participation, c’est-à-dire « la décentralisation des décisions, la responsabilité des hommes, la libération des forces vives à l’œuvre dans la nation » (déclaration au Congrès national de l’Action ouvrière et professionnelle, à Paris le 19 novembre 1977).

La crise sanitaire confirme – s’il en était besoin – que les institutions de la Vème Républiques sont obsolètes car totalement inadaptées pour répondre aux questions de notre temps. L’ancien Premier ministre, Laurent Fabius, dans un entretien au Monde (03/05/06) comme beaucoup de ses collègues politiques depuis, en faisait, il y a déjà une quinzaine d’années, l’amer constat. « Les institutions sont fourbues, disait-il. Il faut leur redonner des nerfs, grâce à une République nouvelle – certains amis disent la VIème [on sait que c’est aujourd’hui la position de Jean-Luc Mélenchon]. La monarchie présidentielle irresponsable, la majorité écrase-tout, l’Assemblée croupion, tout cela doit se terminer. »

Une refonte paraît en effet s’imposer, qui pourrait débuter, répétons-le, par un Acte IV de la décentralisation, passant par l’affirmation du principe de l’autonomie politique des collectivités régionales et départementales et la reconnaissance de leur compétence sur des questions d’intérêt national, comme l’éducation ou la santé – à l’image de ce qui se pratique dans les Landers allemands. Sur la question scolaire par exemple, cette autonomie permettrait d’imaginer notamment des scénariis de reprise des cours différents selon les collectivités. A chaque collectivité (incluant ici l’échelon communal) de déterminer librement ses choix de reprise ou pas, des modalités de reprise.

Préfiguration encore d’une nouvelle gouvernance politique, pourquoi ne pas imaginer de supprimer l’une des deux têtes de l’Exécutif (l’on voit avec le coronavirus les divergences d’appréciation parfois entre le Président et son Premier ministre) ? Un seul exemple. Rap[1]pelons-nous le 1er tour des élections municipales. M. Macron était plutôt hostile à leur tenue, M. Philippe favorable. Celui-ci a gagné : crime de lèse-majesté présidentielle sous la Vème République, M. Macron s’en souviendra probablement le moment venu. Non, le quinquennat ne saurait tolérer deux têtes, il faudra bien en couper une, le moment venu aussi.

Le quinquennat est peut-être d’ailleurs un problème en soi. Rappelons son histoire. C’est à l’automne 1973 que le président Pompidou décidait de faire voter par les deux assemblées un projet de loi constitutionnelle réduisant à cinq ans la durée du mandat présidentiel. Le texte était adopté par 270 voix pour et 211 voix contre à l’Assemblée nationale et 162 pour et 112 contre au Sénat. Majorités trop courtes pour espérer obtenir les 3/5ème des suffrages au Congrès. Pompidou retira donc son projet. Et l’affaire en resta là jusqu’à l’an 2000 quand le président Chirac présenta le texte au référendum, qui fut adopté… avec 70 % d’abstentions. En avril 2002, après sa victoire sur Jean-Marie Le Pen, Chirac sera le premier président à effectuer un quinquennat. Suivront M. Sarkozy et M. Hollande qui n’accompliront chacun qu’un mandat. Le quinquennat de M. Macron révèle que ce système, jugé plus démocratique que le septennat, en permettant au peuple de s’exprimer plus souvent, accentue en réalité le caractère autoritaire de la présidence, conduit à une « hypertrophie » du pouvoir personnel.

Mais, plus que le quinquennat, c’est en fait l’élection du Président de la République au suffrage universel direct qui apparaît comme la « fausse bonne idée » démocratique par excellence. C’est cette élection qui génère toutes les rivalités, rend fou nos leaders. « Ils ne pensent qu’à ça », nos hommes et femmes politiques, et pas seulement en se rasant. A trois ans de la prochaine élection, à droite comme à gauche, sans oublier les centres, l’on s’active déjà ouverte[1]ment en coulisses. Chacun fourbit ses armes qui sont toujours dans le champ politique terriblement meurtrières. Les noms de candidats, réels ou potentiels, se multiplient : Rufin, Onfray, Zemmour, Royal, Bigard aujourd’hui !

Rien d’anormal à cela. En raison des pouvoirs exorbitants attribués au Chef de l’Etat, renforcés par l’élection populaire, la Présidence de la République est très attractive. D’où le nombre toujours élevé de prétendants à la fonction. D’où l’invention des primaires pour permettre à tous ces prétendants de concourir, au moins à armes médiatiques égales.

La solution à cette folie de la course présidentielle ? Rendre la Présidence moins attractive, c’est-à-dire moins monarchique. La rendre dans le même temps moins « populaire ». Le suffrage universel pour désigner la tête de l’Etat n’est pas dans la tradition française, qui reste, hormis les exemples de 1848 et 1962, une tradition parlementaire. Il est temps de refermer cette parenthèse qui n’est qu’une illusion démocratique, de condamner ce mode d’élection qui n’a pour conséquence que de produire une télé-réalité politique sans saveur où l’image tient lieu d’arguments. Cette élection, dans ses modalités actuelles, ressemble décidément trop à un télécrochet, dont, finale[1]ment, la vraie victime est le peuple, dépossédé de sa souveraineté, condamné à la « dictature démocratique » d’un homme seul bunkérisé en son Palais. Charles Maurras avertissait : « La République, « par en haut », ne fait qu’emprisonner les libertés. »

« C’est l’ensemble du régime représentatif qui a perdu la face », pouvait proclamer André Tardieu, il y plus de soixante-dix ans, dénonçant même à cette occasion « le culte exclusif du régime représentatif ». En 2020, rien ne va plus : le parlement est effacé, l’Exécutif déséquilibré en son sein. Qui ne voit que c’est d’un nouveau modèle démocratique dont la France a besoin, un modèle qui respecte les minorités politiques, assure la libre discussion de tous, à tous les niveaux, sur tous les sujets, qui contrôle les dirigeants, par tous moyens, y compris, pourquoi pas, par des « jurys citoyens ».

Et que faire de l’aspiration des citoyens à plus de démocratie directe ?

« Nuit Debout », en 2016, fut un premier exemple d’un mouvement citoyen se livrant à un exercice de « démocratie directe », avec un temps de libre expression, écrite ou orale et un temps de décision collective (une nouvelle constitution avait même été mise en écriture). Nietzsche avait averti : « La terrible conséquence de l’égalité : chacun, en définitive, croit avoir un droit sur chaque problème. Toute hiérarchie s’est perdue. » (Ainsi parlait Zarathoustra, Aphorisme 73). Mais, comme disait Jaurès, après tout, « la République, n’est-ce pas le droit de tout homme, quelle que soit sa croyance religieuse, à avoir sa part de la souveraineté ? » Héraclite le notait déjà : « Nous ne voulons parmi nous personne qui soit le meilleur. S’il en est un de tel, qu’il aille parmi d’autres gens. » Ce refus de la dominance des chefs fut longtemps une caractéristique de la gauche. « Il n’y a pas de chefs, écrivait Léon Blum. Il n’y en a pas dans le parti socialiste. » (Le Socialisme démocratique). La « chefferie », de toute façon, est antinomique avec l’individualisme-roi. Re-citons Tocqueville : « La démocratie est un état social où chacun n’obéit qu’à lui-même, puisque tous les individus étant égaux, ils ne sauraient se commander les uns les autres. »

Les Gilets jaunes furent, en 2018-2019, un deuxième exemple de démocratie directe [sur ce mouvement nous renvoyons à notre livre Une insurrection populaire au destin encore incertain, Ed. Amazon, 2019]. N’oublions pas que dans une société « individuo-démocratique », les individus s’estiment incomparables et dotés chacun d’une portion de souveraineté. Comme disait Jean-Jacques Servan-Schreiber, en 1970, dans Le Réveil de la France, « il faudra désormais partager le pouvoir si l’on veut préserver les chances d’une cohérence sociale. » Chacun, à son niveau, avec ses capacités, doit pouvoir s’impliquer dans les affaires de son pays et contribuer au bien public : c’est que l’on pourrait appeler, « la démocratie de responsabilités plurielles ».

Demeure un préjugé fort, celui d’une démocratie qui ne pourrait être que représentative. C’est le sentiment de M. Macron, comme nous l’avons rappelé dans un écrit antérieur. En cela, le Président est dans la droite ligne de Montesquieu pour qui la démocratie se corrompt lorsque « chacun veut être l’égal de ceux qu’il choisit pour lui commander » (L’Esprit des Lois, VIII, 2). Rancière a raison d’affirmer ici que, contrairement à la croyance macronienne, démocratie et représentation ne sont pas des concepts normalement liés à l’origine, qu’ils sont parfaitement opposés, que « démocratie représentative » est même une contradiction dans les termes.

Alors, pour se défendre, les opposants à la démocratie directe disent que celle-ci, de toute façon, ne peut exister que dans de petits Etats : l’Athènes antique (2 650 km2, 5 M d’habitants dont 3,5 M d’esclaves), la Suisse actuelle (ce dernier pays pratique en effet le référendum sur nombre de sujets importants).

Une chose est certaine, notre Constitution reconnaît la démocratie directe. Si l’on se réfère en effet à l’article 6 de la Déclaration de l’Homme et du Citoyen, figurant dans le texte constitutionnel, l’on peut y lire que « tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement [souligné par nous], ou par leurs représentants, à la formation de la loi. »

Aujourd’hui la compétition politique n’a donc plus seulement lieu à l’intérieur de la classe politique, elle se déroule aussi à présent entre gouvernants et gouvernés. Car les relations de pouvoir entre les hommes ont changé ; les gouvernés veulent que les gouvernants « rentrent dans le rang », ne se comportent plus comme une minorité privilégiée. A défaut d’une démocratie directe, les citoyens désirent au moins une « démocratie participactive ». Posons cette règle que plus l’homme est sachant, plus son obéissance, plus sa confiance dans les gouvernants est faible. L’homme du troisième millénaire discute à présent toutes les décisions. En démocratie bien comprise, la décision ne peut que se partager. Il n’est plus du pouvoir d’un seul, face à des questions au demeurant complexes, de choisir pour tous – fut-ce en leur nom, ce qui est le propre d’un gouvernement représentatif. Le partage des décisions n’est pas seulement un partage entre individus mais un partage entre institutions de la République : entre le pouvoir central et les collectivités locales – ce qui pourrait constituer, répétons-le, l’Acte IV de la décentralisation politique. L’affaire du coronavirus a montré les vertus d’une association entre l’Etat et les communes par exemple. Il faut juste passer maintenant de l’association ponctuelle à la décentralisation réelle des pouvoirs.

C’est d’un « mariage » de la démocratie représentative et la démocratie directe dont la France a besoin. Le parlementarisme ne mourra pas, « le Parlement est devenu une forme de la pensée française » (Proudhon). Mais les citoyens ne renonceront plus à s’occuper de leurs affaires, celles de la cité.

Regardons vivre la vieille cité athénienne pour y puiser quelque inspiration. Nous l’avons dit, la démocratie athénienne était une démocratie directe. Chaque citoyen était libre d’assister à l’assemblée souveraine et il n’y avait dans la Cité ni bureaucratie ni fonctionnaires. Les lois étaient adoptées à la majorité simple des présents – âgés d’au moins 20 ans. Les tâches gouvernementales étaient exécutées par le Conseil des 500, tous choisis au tirage au sort, pour une durée de deux années maximum – sauf l’état-major de 10 généraux et des commissions ad hoc, comme les ambassades. Les membres du Conseil recevaient une modeste rétribution, inférieure à celle d’un maçon ou d’un charpentier qualifié. Les citoyens, réunis en jurys populaires, avaient aussi le pouvoir de juger les affaires civiles et criminelles.

Il y a dans ces dispositions matière à réflexion. D’ailleurs, Ségolène Royal, avec les « jurys citoyens » et Nicolas Sarkozy avec l’extension des jurys populaires aux tribunaux correctionnels, se sont révélés très « athéniens » dans l’âme.

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Extrait du livre de Michel Fize, « De l’Abîme à l’Espoir : Les années folles du mondialisme (1945-2020) », publié aux éditions Mimesis et à découvrir dès le 8 avril prochain. 

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