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Les nouveaux investissements directs étrangers (IDE) en France ont chuté de 77 % en 2013.
Les nouveaux investissements directs étrangers (IDE) en France ont chuté de 77 % en 2013.
©Reuters

Douche froide

-77% d’investissements étrangers en France en 2013 : ce que ça va effectivement nous coûter en termes de perte d'activité et d'emplois

Si les investissements directs étrangers ont crû de 11 % sur l'ensemble de la planète en 2013, ils ont chuté de 77% en France. De quoi s'inquiéter.

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Atlantico : Les nouveaux investissements directs étrangers (IDE) en France ont chuté de 77 % en 2013, pour tomber à 4,1 milliards d'euros. Que représente ce chiffre ?

Alexandre Delaigue : Pas grand-chose. Les investissements directs sont une variable qui fluctue beaucoup, dans laquelle une simple opération de fusion peut prendre un poids disproportionné. On peut se référer à ce graphique qui montre que des périodes d'entrées d'IDE très faibles sont fréquentes. Avant de s'imaginer que les capitaux étrangers fuient, il faudrait se demander pourquoi les IDE entrants ont reculé de 98% en Suisse en 2013 ! Des pays comme l'Australie et la Nouvelle Zélande ont connu des diminutions très importantes, et les variations d'une année sur l'autre ne signifient pas grand chose.

(source : Banque France)

Pourtant, les investissements étrangers en France n'ont cessé de chuter au fil des ans. Derrière le problème conjoncturel ne se cache-t-il pas un problème structurel ?

Il est assez clair que les gouvernements français cherchent à attirer les investisseurs étrangers et que la diminution des entrées de capitaux à long terme, si elle devient durable, pourrait devenir un problème. Les relations économiques avec l'extérieur sont déterminées par une relation simple : toute vente est aussi un achat. Si l'on veut acheter des choses à l'étranger, il faut que les étrangers en contrepartie achètent des produits ou des actifs en France. Si les IDE deviennent très faibles, ils seront remplacés par des flux de capitaux plus volatils, spéculatifs, qui peuvent se tarir du jour au lendemain. On n'en est pas là aujourd'hui. Ce que l'on observe par contre, c'est que les flux d'IDE sont très sensibles à la fiscalité - les pays qui connaissent un afflux sont en 2013 des pays attirant les capitaux par un système fiscal attractif, comme l'Irlande, le Luxembourg, la Belgique ou les Pays-Bas. L'image est aussi importante : la presse étrangère relaie les épisodes de "bossnapping" - les dirigeants d'entreprises séquestrés par les salariés - qui ne suscitent pas un grand enthousiasme de la part des investisseurs étrangers.

Quelle va être, concrètement, la facture du départ des investisseurs ?

Il y a deux écoles à ce sujet. Pour les uns, les entrées de capitaux étrangers signifient une perte de contrôle sur les actifs nationaux, qui est préjudiciable. Lorsque Pechiney a été racheté par le canadien Alcan, cela s'est traduit par des fermetures de sites de production et la quasi-disparition de toute une filière industrielle. Pour d'autres, cela traduit l'attrait de l'économie nationale. 90% du viagra consommé dans le monde était autrefois produit en France; cette production est désormais partie en Irlande ou la fiscalité est plus attrayante.

Qu'est-ce que cela représente en termes de pertes d'activité ? Et d'emplois ?

Le stock d'investissements directs étrangers en France est de l'ordre de 500 milliards d'euros. On pourrait ajouter d'autres chiffres, comme le fait que la moitié du CAC-40 est détenu par des non-résidents. Dans le même temps, la dette publique serait attaquée. Un départ des capitaux étrangers signifierait un appauvrissement national significatif. La seule manière de compenser serait de passer par une spirale déflationniste comme les pays d'Europe périphérique (comme l'Espagne) qui ont vu les capitaux fuir avec la crise. Ce n'est pas une perspective réjouissante : en fonction de l'ampleur du phénomène, le taux de chômage français pourrait doubler. N'exagérons pas non plus : cela correspondrait à une situation extrême.
Il vaut mieux regarder les IDE comme le canari dans la mine. Les étrangers ne sont pas particulièrement attachés à la France; ils investissent ici parce qu'ils y trouvent un intérêt. Si eux fuient, l'investissement pourrait à son tour se réduire considérablement.

Quelle politique la France devrait-elle mettre en œuvre pour voir ses IDE rebondir ?

La question est ici de savoir si cela vaut la peine. Mais dans le contexte européen actuel, la seule façon d'attirer des capitaux est d'agir sur la fiscalité. Le mécanisme européen pousse au moins-disant fiscal. La baisse des charges du pacte de responsabilité, les interventions des ministres dans la presse anglo-saxonne, sont une tentative transparente d'attirer les capitaux. Le modèle français dépend de la bonne volonté des étrangers pour acheter de la dette publique nationale ; il faut donc les choyer, que cela plaise ou non.

Propos recueillis par Marianne Murat

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