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François Hollande fait de la politique en essayant de revendiquer la paternité de cette reprise. Mais ses réformes n'ont eu qu'un effet marginal.
François Hollande fait de la politique en essayant de revendiquer la paternité de cette reprise. Mais ses réformes n'ont eu qu'un effet marginal.
©Pixabay / RaphaelaFotografie

Le magicien

​Et la vraie croissance revint en France... mais pas en raison de la politique économique de François Hollande : voilà comment comprendre ce qui se passe vraiment

La publication de l'indicateur Markit de ce 2 janvier, pointant un plus haut de 67 mois du secteur manufacturier français, vient conforter les vœux de François Hollande, ceux-ci ayant pris la forme d'une autosatisfaction sur le terrain économique. Pourtant, en y regardant de plus près, la politique menée par le chef de l'État a peu à voir avec ces résultats.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : ce lundi 2 janvier, l'institut Markit indiquait que "l’activité du secteur manufacturier français enregistre, en décembre, sa plus forte croissance depuis mai 2011". Désormais, et après de nombreuses années de contraction, le secteur industriel français serait à nouveau en expansion. Ce résultat est-il à porter au crédit des actions menées par François Hollande depuis le début de son mandat ?

Nicolas Goetzmann : en cette fin de mandat, François Hollande tente autant qu'il le peut de revendiquer la paternité de l'amélioration de la conjoncture qui prend forme. Pourtant, et le cas de l'indice Markit en est le parfait exemple, il existe un gros problème dans cette "version" présidentielle. Et celle-ci est révélée par deux facteurs. Le premier est que le constat de l'amélioration de l'activité manufacturière française n'arrive pas seul, il est une composante de l'amélioration du contexte général au sein de la zone euro, comme l'indique l'institut Markit :

"Le 4ème trimestre 2016 se termine sur une note positive pour le secteur manufacturier de la zone euro. Se redressant de 53.7 en novembre à 54.9, l’Indice désaisonnalisé PMI® final Markit pour l’Industrie Manufacturière de l’Eurozone atteint son plus haut niveau depuis avril 2011 et reste conforme à sa dernière estimation flash."

Évidemment, ce ne sont pas les réformes mises en place par François Hollande qui irradient sur l'ensemble de la zone euro et qui permettent une amélioration générale de la situation du continent. Il serait véritablement absurde de penser que le CICE ou la loi El Khomri puissent provoquer un retournement de la conjoncture continentale européenne. Ce sont d'autres facteurs qui sont à l'œuvre. De plus, la France affiche encore un résultat inférieur à la moyenne européenne (53.5 en France contre 54.9 dans la zone euro), ce qui montre plutôt une contreperformance des actions politiques françaises par rapport aux partenaires européens. Ce qui vient valider de façon évidente le fait que la France ne fait que profiter d'un contexte dont elle n'est pas à l'origine.  

Le second facteur est également pointé par l'institut Markit :

"L’accélération de la croissance récemment observée dans le secteur manufacturier français se poursuit en décembre (…) Reflétant une conjoncture plus favorable à la demande ".

Or, et François Hollande l'a déclaré à maintes reprises, la politique du gouvernement est une politique de l'offre ; entre les lois Macron, El Khomri, le pacte de responsabilité etc… A l'inverse, le facteur porteur du renouveau manufacturier européen, souligné ici, est une "demande" plus favorable. Non pas l'offre, mais la demande. Du point de vue des arguments, la rhétorique présidentielle n'est donc tout simplement pas crédible.

Dans quelle mesure les effets du CICE, c’est-à-dire de la baisse des charges des entreprises, ont-elles pu, au moins, contribuer à ce résultat ? Plus largement, quels sont alors les réels facteurs à l'œuvre ?

Les politiques de baisses de charges sont présentées comme étant des mesures favorisant la "compétitivité" des entreprises, mais dans le contexte actuel, c'est un autre effet qui est produit. Ce que les entreprises économisent au titre des charges est transformé en marges, et non en baisses de prix des produits et des services, comme le prétend l'objectif politique d'affichage, celui de la "compétitivité". Ces nouvelles marges ne servent pas plus à investir, comme a pu l'indiquer le rapport réalisé par France Stratégie à la rentrée 2016. Ce n'est donc pas une politique de "compétitivité" mais une politique permettant aux entreprises de redresser leurs marges. De plus, si l'on veut se poser la question de la compétitivité au cours de ces derniers mois, il faut relativiser l'effet de la baisse des charges du CICE, soit 6 points économisés sur les charges patronales, donc sur le seul coût du travail, dans le prix final du produit. Ce qui est à comparer avec l'effet produit par la baisse de l'euro au cours de ces derniers mois. L'Euro était à 1.13 $ à la mi-août, il est aujourd'hui inférieur à 1.05$, soit une baisse de 7%. Et, depuis avril 2014, cette baisse de l'euro atteint 25%. La comparaison entre ces deux mouvements n'a pratiquement aucun sens.

Lorsque l'on commence à regarder le niveau de l'euro, on doit s'interroger sur la politique monétaire européenne, c’est-à-dire sur la politique de la demande qui est menée sur le continent européen. Et c'est là que l'expression de Markit "Reflétant une conjoncture plus favorable à la demande" prend tout son sens. Parce que la BCE injecte 80 milliards d'euros par mois dans l''économie de la zone euro avec pour objectif affiché de soutenir la demande du continent, et ce, depuis le début de l'année 2015. Il s'agit là de la cause réelle de la hausse de la demande en Europe, et qui produit ses effets également en France. Ce que Mario Draghi, patron de la BCE expliquait très clairement dans une interview donnée à El Pais le 30 novembre dernier :

"Les principaux moteurs de cette reprise sont les prix bas du pétrole et notre politique monétaire. Cette reprise est plus forte que les précédentes car elle est basée sur l'augmentation de la consommation et de la demande intérieure, et pas seulement sur les exportations. La reprise de la consommation est essentiellement due à la hausse du revenu disponible réel, et la politique monétaire en est le principal moteur, maintenant que l'effet du prix du pétrole diminue"

François Hollande fait de la politique en essayant de revendiquer la paternité de cette reprise, on ne peut pas réellement lui reprocher, mais les faits prouvent bien que ce n'est pas le cas. Ses réformes n'ont eu qu'un effet marginal.

De la même façon, François Hollande base sa communication sur ses résultats relatifs au contrôle des déficits publics, ce constat doit-il être mesuré ?

Ici encore, François Hollande communique sur le "sérieux" de sa politique budgétaire, mais le résultat détaillé semble moins probant. D'une part, et comme le démontrent les données de l'INSEE ci-dessous, si la croissance des dépenses publiques s'est amoindrie au cours de ces dernières années, passant de 4 % de croissance avant 2008 à 1.32% en 2015, le fait est que la majeure partie de l'effort avait été réalisée avant son arrivée au pouvoir, c’est-à-dire entre 2009 et 2011, passant d'une croissance des dépenses de 4.07% en 2009 à 2.08% en 2011.

Croissance des dépenses publiques. France. INSEE

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De plus, l'effort réalisé pour maîtriser les déficits publics sous le quinquennat de François Hollande ne s'est pas effectué par le biais de la réduction des dépenses, mais par le biais de la hausse de recettes, c’est-à-dire par la hausse des impôts. Or, c'est cette hausse d'impôts qui a totalement plombé le quinquennat, par une forme d'austérité fiscale qui a eu un effet important sur la croissance du pays lors des deux premières années de son mandat. C'est ce qui explique l'importante contreperformance française en termes d'emplois et de chômage au cours de ces années, comparativement au reste de la zone euro.  

Enfin, si la réduction des déficits se matérialise effectivement malgré une hausse des dépenses qui continue de croître, c'est bien que les recettes de l'État sont elles-mêmes à la hausse. Or, des recettes à la hausse peuvent provenir de deux sources ; soit la pression fiscale est augmentée, soit c'est la croissance qui vient alimenter la machine (avec des taux de prélèvements stables). Ici, c'est la seconde solution qui est à l'œuvre depuis que François Hollande en a fini avec sa stratégie d'austérité fiscale. C'est donc la croissance qui porte la réduction des déficits, et comme cela est évoqué plus haut, il est établi que ce retour de la croissance en Europe découle de l'intervention de la BCE. C'est donc Mario Draghi qu'il faut remercier, et non François Hollande, pour l'amélioration progressive de la situation française. Là encore, le discours présidentiel ne résiste pas aux faits.

Ainsi, lorsque le Président déclare, à l'occasion de ses vœux

"Mes chers compatriotes, tout au long de mon mandat, je n'ai qu'une priorité : redresser notre économie pour faire baisser le chômage. Je revendique les choix que j'ai fait -les résultats arrivent, plus tard que je ne les avais prévus, j'en conviens mais ils sont là- les comptes publics ont été rétablis, la Sécurité sociale est à l'équilibre, la compétitivité de nos entreprises a été retrouvée, la construction de logements atteint un niveau record, l'investissement repart et, surtout le nombre de demandeurs d'emploi baisse enfin depuis un an".

Il peut dire un grand merci à Mario Draghi. 

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