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« Continent sans frontière », le livre de Theo Francken qui oblige à prendre position sur les migrations
©LUCAS BARIOULET / AFP

Immigration

« Continent sans frontière », le livre de Theo Francken qui oblige à prendre position sur les migrations

A l'heure où la Commission européenne tente de peser de tout son poids sur le débat public sur l'immigration, le livre de Theo Francken décide de sortir "Continent sans frontière" aux éditions JOURDAN.

Dominique Dumont

Dominique Dumont

Dominique Dumont est une journaliste belge.

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Non sans ironie, c’est au Parlement européen, à l’invitation de l’eurodéputé Sander Loones du groupe ECR que Theo Francken a choisi de démarrer le 28 septembre dernier la promotion de son livre « Continent sans frontière » qui vient de sortir de presse, à quelques encablures de la Commission qui tente de peser actuellement de tout son poids pour vendre les bienfaits de la migration à des pays qui se montrent récalcitrants. Songeons au groupe de Visegrad ou à l’Italie de Salvini pour ne citer qu’eux. 

Pas encore vraiment célèbre auprès du public français, le jeune secrétaire d’Etat N-VA à l’Asile et aux Migrations du gouvernement fédéral belge enflamme régulièrement la toile avec ses tweets polarisants. Il se dit d’ailleurs de Theo Francken qu’il figure parmi les 25 personnalités politiques les plus influentes en Europe. Passionné de politique au sens idéologique du terme et allergique à la langue de bois, ce profil atypique détonne dans un pays habitué à la vieille tradition du « compromis à la belge », entendez par là un consensus mou où chaque partenaire de la majorité repart avec sa part du gâteau, dans le dos de l’électeur et souvent sur le dos du contribuable…

Poids lourd de la N-VA, le parti nationaliste libéral-conservateur flamand, il a développé une approche de la crise migratoire, à la fois pragmatique et affranchie de la bienpensance, devenue extrêmement populaire même en Wallonie, là où pourtant le paysage institutionnel belge l’empêche d’engranger la moindre voix francophone. Avant lui, aucun élu en charge de cette matière délicate n’avait tenu un discours aussi clair quant à la volonté de limiter les flux migratoires illégaux entrants, mais aussi celle de réformer les mécanismes du regroupement familial qui reste le premier canal d’immigration.

Officiellement en charge de la migration depuis 2014, Theo Francken est en réalité à pied d’œuvre sur la question migratoire depuis 2010. Autant dire qu’il a vécu tous les changements législatifs et toutes les crises qui se sont succédées jusqu’à venir déstabiliser l’édifice européen avec le vote anglais en faveur du Brexit dans lequel il voit une conséquence directe d’un « Wir Schaffen das ! » qui a tourné court. Son parcours lui a aussi permis de rencontrer bon nombre d’acteurs qui régulent les paramètres de ces déplacements de populations à l’échelle planétaire. Las de l’obstination dans des politiques qui adoptent l’apparence de la candeur, Theo Francken a voulu coucher par écrit ce qu’il a vécu dans les coulisses des Conseils européens, là où l’histoire de la migration s’est jouée entre entêtements, (…) « opportunités manquées et naïveté qui frôle la caricature. Cela parce que l’Union européenne a toléré l’immigration illégale pendant toutes ces années, et n’arrive toujours pas à formuler une réponse commune au problème alors que les citoyens, de Lisbonne à Helsinki, appellent à la détermination. », pour reprendre ses mots.  

N’hésitant pas à s’attaquer de front au camp du Bien en pointant du doigt le rôle trouble d’une ONG comme MSF qui entretient sciemment le phénomène, le bouillonnant secrétaire d’Etat n’en n’est pas moins un pragmatique en quête d’une politique équilibrée qui refuse de se laisser enfermer dans le « tout répressif ». C’est pourquoi il plaide pour l’adoption du modèle australien qui fait écho à son crédo : « Doux pour les personnes vulnérables, mais ferme pour ceux qui abusent de notre hospitalité ».

« J’ai appris », nous dit-il, « que l’on ne pouvait espérer progresser si l’on n’est pas disposé à se salir les mains. Oser défendre ses convictions et faire confiance à son sens de la justice.  Oser décider vite et prendre des risques. Oser caresser dans le mauvais sens du poil et bousculer les dogmes (…) ».

Plébiscité par les uns, littéralement conspués par les autres, avec cet ouvrage Theo Francken enfonce encore le clou, mais surtout, donne les clefs pour comprendre les enjeux réels de ce drame à l’échelle planétaire qui tue les gens par paquets de mille, permet à l’esclavage de renaître de ses cendres et fait vaciller l’Europe au même titre que les Etats-nations. C’est le livre d’un homme de droite qui veux mettre des arguments là où des émotions à fleur de peau cantonnent le débat à la surface des choses. De nombreuses questions brûlantes y sont abordées : Schengen et la nécessité de frontières étanches aux portes de l’Europe, le gouvernement des juges et les interrogations que suscitent certaines instances supranationales, le trafic d’êtres humains et le rôle du monde associatif, le double jeu de la Turquie, le terrorisme ou l’impact de l’islam sur l’appauvrissement de certaines régions du monde. 

Initialement rédigé en néerlandais et publié chez Doorbraak, le livre est sorti simultanément en français aux Editions Jourdan, car selon les dires de son auteur, ce qu’il décrit concerne des mouvements de populations à l’échelle planétaire et ne se limite pas aux frontières de la Belgique. Il traite d’un épisode marquera l’humanité qui participe de l’Histoire. Pour appuyer cet aspect universel, Assita Kanko, auteur et chroniqueuse belge, tant néerlandophone que francophone, originaire du Burkina Faso a été invitée afin d’apporter une grille de lecture plus africaine aux propos de Theo Francken. Elle aussi plaide pour l’abandon de l’approche réactionnaire et paternaliste du développement en insistant sur l’importance de l’enjeu démographique qui crée le lit des inégalités entre les femmes et les hommes en Afrique. Sans adhérer à la totalité du projet formulé par Francken, Assita Kanko a loué sa capacité à penser « out of the box » et sa fermeté en matière d’intégration et de respect des valeurs du pays hôte comme préalable à l’installation durable pour les nouveaux arrivants. 

N’enterrant pas pour autant sa hache de guerre, la presse francophone du pays s’est pressée pour assister à la présentation du livre de son « bon client » préféré sur lequel elle aime tant se déchaîner en convoquant les tripes plutôt que le cerveau de ce qui lui reste de lecteurs. Cependant, avant d’attaquer Theo Francken, mieux vaut avoir les bons arguments faute de quoi ça peut finir en bad buzz sur Twitter.  L’événement a aussi attiré les membres les plus éminents de la N-VA : son président Bart De Wever, Ben Weyts, sa figure de proue régionaliste ou la très active secrétaire d’Etat à l’Egalité des Chances Zuhal Demir ainsi que la vice-présidente du parti, Cieltje Van Achter ou encore le député Karl Vanlouwe. Peut-être faut-il également préciser que la Belgique est à la veille d’un scrutin municipal qui se déroulera le 14 octobre prochain et qu’à quelques mois seulement des échéances régionales, fédérales et européennes prévues en mai 2019, l’enjeu revêt une toute autre importance et s’apparente plus à une mi-temps dans un long match électoral dont la migration sera un thème central, comme partout ailleurs en Europe d’ailleurs.

« Continent sans frontière » est un ouvrage dense, mais néanmoins accessible qui passionnera tous ceux qui veulent en savoir plus sur les coulisses de la politique migratoire. Rédigé par l’une des personnes les plus autorisées à s’exprimer sur le sujet, il sera à n’en point douter une référence en la matière.

Ne soyez pas étonné de trouver « Continent sans frontière » en tête de gondole, aux côtés de la réédition de Mein Kampf. A Bruxelles, la Fnac a visiblement choisi de célébrer l’automne et la rentrée littéraire en faisant pleuvoir des points Godwin !

Continent sans frontière est directement disponible sur la boutique Amazon sur ce lien : ICI

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