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Voitures sans chauffeur, "corvée de chiottes" et finances publiques
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Voitures sans chauffeur, "corvée de chiottes" et finances publiques

Les voitures sans chauffeurs ne font pas d'excès de vitesse, ne se garent pas n'importe où et ne grillent pas les feux. Mais qui paiera les amendes lorsqu'on aura éliminé les chauffards ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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On raconte qu'au temps du service militaire (je me fonde sur des rumeurs, n'ayant pas moi-même eu l'honneur de porter l'uniforme pour cause d'instabilité psychologique – je vais mieux maintenant, mon état s'étant miraculeusement amélioré dès le lendemain des " trois jours"), les comportements déviants étaient indispensables à la propreté des casernes. Car qui, sans les punis, se serait chargé de passer la serpillière dans les latrines ?

 

L'analogie est un peu gonflée, mais l'arrivée imminente de la voiture sans chauffeur pourrait avoir le même impact sur les finances publiques qu'une pénurie de soldats indisciplinés à l'heure de la corvée de chiottes. Un journaliste du Washington Post s'est en effet penché sur les terribles conséquences budgétaires de l'élimination totale des excès des vitesse et autres feux grillés, les voitures pilotées par ordinateur étant évidemment programmées pour respecter le code de la route à la lettre.

 

La banalisation des applis de stationnement pour smartphones, permettant de remettre virtuellement des dollars dans le parcmètre sans quitter son bureau, a déjà fait chuter les recettes d'amendes dans la capitale américaine et un certain nombre de collectivités locales états-uniennes s'inquiètent sérieusement de leur dépendance à la bonne volonté des chauffards : un patelin comme Mountain View, Colorado, tire ainsi plus de la moitié de son budget de fonctionnement des contraventions qu'il distribue, quand de grandes villes comme Chicago ou Los Angeles génèrent l'équivalent de leur dépenses scolaires en prunes diverses et variées...

 

Je n'ai pas encore entendu dire qu'on se préoccupait de ce genre de chose du côté de Bercy, mais les seuls radars rapportant quelque 740 millions d'euros à l’État dans une bonne année, auxquels il faut encore ajouter les 200 millions d'euros des amendes de stationnement, il serait peut-être temps de s'y mettre. En cumul, c'est à peu près 10% du produit de l'impôt sur le revenu. Un sacré paquet de brouzoufs.

 

C'est sûr, le remplacement massif des voitures conduites par des types bourrés par des véhicules pilotés par Microsoft, ça n'est pas encore pour demain (les spécialistes disent plutôt après-demain en fait) et l’État se débrouillera bien pour concocter de nouvelles taxes sur ceci ou cela pour combler le manque à gagner. Le hic, c'est qu'elle pèseront sur tout le monde plutôt que sur les seuls indisciplinés. La voiture sans chauffeur, c'est un peu la corvée de chiottes pour tous, quoi...

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