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Patrick Drahi, PDG de Numéricable
Patrick Drahi, PDG de Numéricable
©REUTERS/Philippe Wojazer

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Valeur boursière de Numéricable : un "carton" en trompe-l'œil ?

Si le parcours boursier de Numéricable a de quoi faire des jaloux, il convient toutefois de rester particulièrement prudent sur ce titre.

Alain Pitous

Alain Pitous

Alain Pitous, Directeur Général Adjoint Associé de Talence Gestion (@alainpitous).

Talence Gestion est une société de gestion de portefeuille indépendante spécialisée dans la gestion sous mandat pour les particuliers et la gestion de fonds commun de placement en actions.

Précédemment, il a été pendant 5 ans (2009-2014) Deputy CIO d’Amundi (850 Milliards d’Euro sous gestion) et gérant du fonds Amundi Patrimoine de 2012 à juillet 2014.

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Moins de 15€ il y a un an, plus de 50€ jeudi 2 avril : le parcours de Numéricable, principal câblo-opérateur de télévision et fournisseur d’accès à internet en France, a de quoi faire des jaloux.

Le potentiel paraît désormais plus limité et nous sommes désormais à l’écart de ce titre. Nous ne sommes pas les seuls : après avoir touché 60€ il y a quelques semaines, le titre Numéricable a subi de nombreuses prises de bénéfices. Selon nous ce mouvement pourrait durer un peu. 

Plusieurs raisons incitent à adopter un comportement plus prudent sur le titre :

  •  L’endettement est très élevé : 11.2 milliards d’euros. Malgré des taux très bas, le montant global de la dette est probablement un point faible  de l’entreprise. Malgré des capacités de remboursement en amélioration, le montant global de la dette sera un frein dans les prochaines années surtout dans un secteur qui doit toujours innover, ou racheter des concurrents,  pour rester dans la course.
  • Les gains réalisés ces derniers temps reposent essentiellement sur des économies réalisées suite au rachat de SFR : Patrick Drahi a effectivement entamé depuis son arrivée une action massive pour diminuer les coûts. L’essentiel est d’ores et déjà fait et pris en compte par les investisseurs. Les limites sont désormais proches : aussi bien en interne, qu’en externe. Les fournisseurs et les salariés semblent gouter fort modérément les méthodes mises en œuvre pour réduire les coûts. Il suffit pour en juger de lire les articles qui sortent sur ce sujet : pression sur les fournisseurs, impayés… de nombreux contentieux sont enclenchés de la part de sociétés pour qui le client Numéricable représente 30 ou 40% du chiffre d’affaires.
  • L’entreprise est à la merci d’une guerre des prix qui pourrait être dévastatrice. Il y a quelques semaines Free semblait préparer une conférence au cours de laquelle des prix en forte baisse seraient annoncés. Dès l’annonce de la conférence, les cours de bourse des valeurs du secteur ont dévissé ; finalement Free s’est contenté d’annoncer de nouvelles offres. Cet épisode confirme que Numéricable serait très fragilisée si une véritable guerre des prix s’annonçait. Or il est probable que cela soit le cas à un moment ou à un autre dans les 2 années qui viennent.
  • Le titre, vers 50€, est « cher » si on le compare avec celui de ses concurrents. Le marché a semblé, jusque-là, anticiper le meilleur sur tous les plans : des synergies et des économies qui seraient supérieures aux attentes et surtout une activité commerciale qui serait meilleure qu’attendue. Du coup le titre Numéricable se paye 32 fois les résultats anticipés en 2016 alors que la moyenne du secteur est plutôt aux alentours de 18 fois. L’écart de valorisation entre Numéricable et les autres valeurs du secteur est trop élevé.
  • Enfin et surtout selon nous, l’activité commerciale sur le mobile ne semble pas particulièrement forte ces derniers temps…le moindre ralentissement pour une société très endetté aurait de fâcheuses conséquences.

Il est clair aussi que l’enquête en cours de la part de l’autorité de la concurrence, qui laisse planer le risque d’une amende de près de 600M€ ne donne pas non plus envie de se ruer à l’achat sur Numéricable.
Nous sommes donc à l’écart de ce titre.

Plus généralement, comme nous l’indiquons depuis plusieurs semaines, après les hausses constatées sur le marché en ce premier trimestre : +18% sur le CAC par exemple, nous avons pris quelques bénéfices, sans pour autant que notre vue stratégique plutôt positive sur les marchés actions, en particulier européen, ne soit remise en cause à plus long terme.

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