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Un nouveau rapport de l’administration Trump prévoit une hausse des températures de 4 degrés d’ici 2100 et préconise… de ne rien faire
©Reuters

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Un nouveau rapport de l’administration Trump prévoit une hausse des températures de 4 degrés d’ici 2100 et préconise… de ne rien faire

Le mois dernier l'administration de Donald Trump a rendu un rapport sur le réchauffement climatique. Rapport, qui prévoit une hausse des températures de 3.5 degrés d’ici 2100 si rien n'est fait.

Christian Gollier

Christian Gollier

Christian Gollier est économiste à la Toulouse School of Economics et co-auteur des 4e et 5e rapports du GIEC.

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Atlantico : Comment expliquer une telle hausse ? Est-ce réaliste ? Quelles en seraient les conséquences ? 

Christian Gollier : C’est ce à quoi il faut s’attendre en effet. Avant l’ère industrielle on était en dessous de 300 ppm de concentration de CO2, aujourd’hui nous sommes à 410 ppm et pour éviter de passer au dessus de 2 degrés (d’augmentation des températures) il faut rester en dessous de 450 ppm. Si rien n’est fait, on sera à 800 ppm d’ici la fin du siècle. Ainsi, l’augmentation de 3.5 degrés depuis 1988 ou de 4 degrés depuis le début du siècle, est très probable. 

De ce point de vue, ce rapport n’a rien d’exceptionnel. L’idée principale reste la même : il faut agir rapidement et efficacement. Ce qu’il a d’intéressant, c’est qu’il donne une idée de l’intensité des enjeux : si rien n’est fait la situation sera catastrophique. Or, nous avons de gros efforts à faire afin d’empêcher que cela n’arrive. 

A l’échelle française, pour éviter de passer le cap des 2 degrés il faudrait supprimer toutes les émissions de CO2. D’ici 2050 à 2060, la France doit être neutre. Ceci est faisable, on pourrait compenser la pollution provoquée par les voitures, par exemple, en plantant davantage d’arbre ou en séquestrant le carbone. 

Si cette technique n’est pas encore applicable -il ne s’agit aujourd’hui que de recherches- elle permettrait, dans des centrales à gaz, de capter le carbone, puis de le liquéfier et de l’injecter dans vieilles mines à charbon, par exemple. 

Mais encore une fois, il ne s’agit aujourd’hui que d’expérimentations, cette technique est encore loin d’être développée. D’autres sont bien plus prometteuses tels que le solaire ou l’éolien mais ne sont pas, non plus, totalement abouties (lorsqu’il y a ni soleil ni vent on ne peut pas produire d’électricité). 

Ainsi, aucune solution réelle  n’a  encore été trouvée mais les efforts, eux, ne peuvent plus attendre. Non seulement, si nous ne faisons rien, nous observerons un grand nombre d'événements extrêmes tels que des ouragans mais les conséquences économiques seront tout aussi désastreuses. Au rythme actuel du réchauffement climatique, les économistes prédisent une perte du PIB mondial de 30% d’ici 2 200.

Comment réagir à un tel rapport ? Quels mesures prendre afin d'éviter une telle hausse des températures ? 

Il faut que l’ensemble des êtres humains, des entreprises et des gouvernements se rendent compte des conséquences des dommages qu’ils génèrent lorsqu’ils émettent du CO2. 

Or, la seule solution est de leur faire payer ces dommages. C’est-à-dire d’instaurer une taxe ou un permis d’émission qui ferait que quiconque émettrait un kilos de CO2 devrait payer en conséquence. Les chercheurs et économistes évoquent un prix du carbone autour de 50euros la tonne de C02. Prix qui augmenterait au fur et à mesure des années -si la situation empire- pour arriver autour de 300 à 400euros la tonne d’ici 2050, représentant ainsi une augmentation de 5% par an.

En France, dans les semaines à venir, la commission Quinet 2 va remettre son rapport au gouvernement et probablement aboutir à la même conclusion. Bien que cette “amende” n’est pas encore été mise en place, elle influence, par exemple, la taxe que l’on paye à la pompe à essence. 

Le prix du carbone se répercute donc déjà sur les consommateurs qui payent les dommages qu’ils génèrent. C’est donc une solution incitative et la seule qui permettra réellement de faire une différence. 

Donald Trump, on le sait, est climato-sceptique, il prévoit d'ailleurs d'abandonner le “clean power plant” mis en place par Barack Obama. En plus de provoquer la hausse des émissions de CO2 sur le sol américain, quelles pourraient être les conséquences de telles mesures ? A ce rythme, doit-on s’attendre à une hausse encore plus importante des températures ? 

On ne doit pas forcément s’attendre à pire que ce que prévoit déjà le rapport, mais par contre, on peut faire pire que de ne rien faire : rouler plus vite, extraire encore plus de charbon… 

Ce qu’il faut bien comprendre c’est le message même du rapport. Il n’a pas été commandé pour amener à de quelconques mesures. Sur le sujet spécifique des normes d’émission des voitures, il établit que relâcher plus de CO2 dans l’atmosphère n’aurait d’effet guère d’effet sur la hausse de 4 degrés déjà anticipée. A l’échelle américaine, il préconise ainsi de ne rien faire. En somme, la situation est déjà telle que ne nous ne pouvons plus rien faire, semble-t-il dire. 

Or, là est le réel problème. On ne peut utiliser ce même argument pour tout. Pour lutter contre le réchauffement climatique il faut tout mobiliser : réduire les normes d’émission de nos véhicules, réduire la production d’électricité, réduire la mobilité en ville, développer l’éolien, le photovoltaïque… Chacun de ces projets aura, certes un effet minime à lui seul, mais mis bout à bout il permettront d’améliorer la situation actuelle. 

Donald Trump a une stratégie qui est assez standard : l’impact des émissions de CO2 pour les américains, seuls, est assez ridicule mais il semble oublier que ce sont tous les habitants de la planète qui le porteront. L’effort d’un pays bénéficient au reste de la planète, si chacun ne voit que son propre intérêt nous n’irons nulle part. 

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