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Statut des fonctionnaires : Emmanuel Macron recadré pour égalitarisme excessif
©Reuters

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Statut des fonctionnaires : Emmanuel Macron recadré pour égalitarisme excessif

Emmanuel Macron ne se demande pas si les fonctionnaires sont utiles (ils le sont), il se demande juste pourquoi ils sont fonctionnaires. C'est une bonne question.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Emmanuel Macron, le ministre sans surmoi qui dit tout ce qui lui passe par la tête, vient encore de se faire recadrer. Il se serait, dans une conversation « off », demandé si le statut de fonctionnaire (progression de la rémunération à l'ancienneté, invirabilité, cotisations sociales discountées, retraite avantageuse, etc.) était encore justifié, provoquant la colère de tout un tas de gens en même temps qu'un débat sur le trolling permanent auquel l'ancien banquier aimerait se livrer (il avait déjà émis des doutes sur les 35 heures, cet hurluberlu).

Personnellement, mais je n'ai pas beaucoup de surmoi moi-même, j'y aurai plutôt vu l'opportunité d'une discussion argumentée sur le statut dérogatoire appliqué aux cinq millions de salariés de l’État ou des collectivités locales, dont la légitimité ne saute pas toujours aux yeux. Il est souvent rappelé, et avec raison, aux ennemis du « politiquement correct » qu'ils passent leur temps à exprimer dans les médias les idées qu'ils prétendent être interdites. On ne prive pourtant pas plus les révolutionnaires du NPA de rêver à haute-voix d'un Grand Soir sanglant qu'on n'empêche les proto-fascistes du FN de fantasmer sur une France blanche et catholique.

Qu'un ministre de l’Économie, chargé de remettre un pays fatigué en route, se pose des questions sur les moyens de le faire, devrait donc, au minimum, être accueilli, avec bienveillance, quitte à le renvoyer dans les cordes en cas de dérapage objectif. Après tout, la Suède et la Suisse, qui ne passent pas pour des contrées de sauvages sous-administrés, recrutent leurs fonctionnaires comme les entreprises privées et leur appliquent le même statut contractuel.

Mais je suis un esprit ouvert : je suis tout à fait prêt à entendre que la mission d'un jardinier ou d'un comptable est différente selon qu'ils binent ou alignent des chiffres pour le bien commun ou pour une poignée d'actionnaires, et que cette différence justifie qu'ils aient une meilleure pension en fin de carrière. J'aimerais juste qu'on me le démontre. En attendant, je pense que je vais rester macronien sur ce point : je vais continuer de me demander pourquoi les fonctionnaires prennent le TGV et le reste d'entre nous l'autocar, quoi...

La France, nouvelle Macédoine ?

Je viens de tomber sur un édito du correspondant à Paris de la Tribune de Genève tellement pertinent que j'ai regretté de ne pas être journaliste suisse et de l'avoir écrit moi-même. Le gars, qui a l'air de bien connaître les ressorts de notre exceptionnalisme, se fiche gentiment d'une France occupée à ériger des barrières contre des réfugiés qui ne savent même pas qu'elle existe et ne font que la traverser comme ils traversent la Macédoine pour se rendre en Allemagne ou en Angleterre.

Il ironise aussi sur une classe politique hypocrite et mesquine qui, à gauche, se gargarise de sa tradition d'accueil en accueillant moins de réfugiés en deux ans que l'Allemagne en deux jours, et, à droite, transforme 24 000 malheureux en guenilles en hordes d'envahisseurs.

La France, et le type de la Tribune de Genève n'a pas toujours dû le penser ou il n'aurait jamais demandé ce poste à Paris, n'est pas un pays très intéressant en ce moment. Fermé aux idées nouvelles, économiquement épuisé, culturellement terne et gris, il fait fuir les talents endogènes et ferme la porte aux talents de l'extérieur (qui l'ignorent de toute manière). Ce n'est pas un propos décliniste parce que je me dis que c'est juste une phase et qu'on en sortira, mais je me dis aussi qu'il est plus confortable d'être journaliste suisse pour l'écrire que journaliste français. On se sent moins concerné.

La politique dans la peau

Il y a une nouvelle mode en Grande-Bretagne qui n'est pas encore arrivée jusqu'à chez nous mais une éventuelle contagion serait rigolote. Des gens, là-haut, se font tatouer la bobine de leur personnalité politique favorite, comme ce fan du Premier ministre écossais Alex Salmond sur la jambe, ou cette adoratrice de Nigel Farage sur le bras (leader de UKIP, Farage est une sorte d'enfant naturel de Dupont-Aignan et de Chevènement mais en plus pro-business).

Le tatouage politique n'est pas une chose totalement inédite, mais il semblait jusqu'à présent réservé aux skinheads amateurs de croix gammées sur la nuque. La logique voudrait que, chez nous, lepénistes et mélenchonistes se fassent encrer le front, les socialistes le poing, abandonnant le reste de l'anatomie humaine aux écolos et aux « Républicains ». Enfin, pour ces derniers, il existe déjà un précédent fameux d'après certaines indiscrétions, mais les informations restent parcellaires sur l'endroit où il se situe et plus encore sur ce qu'il représente (un croc de boucher ? Un petit vélo ?)...

https://www.youtube.com/watch?v=reS8tLHfG3k

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