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Syrie : jours étranges à Damas
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Revue de blogs

Syrie : jours étranges à Damas

La guerre civile en Syrie entre dans une nouvelle étape avec les récents combats dans la capitale. Les opposants qui y vivent ont rouvert leur page Facebook et espèrent que l'affrontement décisif approche. Mais les observateurs étrangers, même très bien informés, n'offrent que des points d'interrogation sur la stratégie d'Assad et l'issue de la crise. De nouveaux acteurs ont fait leur apparition à Damas : les réfugiés palestiniens.

Quelque part en Syrie : photo publiée sur le compte Facebook syrien Young Deri

Depuis vendredi 13 juillet, beaucoup d'opposants blogueurs de Damas, depuis longtemps silencieux, ont rouvert leur compte Facebook (leurs blogs étant en général piratés ou surveillés) pour poster photos et informations sur les combats dans la capitale. S'ils n'espèrent plus  la chute imminente de Bachar al-Assad, ils voient dans les bombardements de quartiers et de camps de réfugiés palestiniens situés à 7 km seulement du palais présidentiel, le signe que "Néron regarde sa ville bruler". Sur Twitter, les nouvelles de Syrie sont désormais rassemblées sous le hashtag #damascusunderfire. 

Razan Ghazawi, activiste syrienne connue, détenue plusieurs fois, et qui vit toujours à Damas, a chroniqué ces derniers jours sur son compte Facebook (son blog est piraté).  

Samedi 14 juillet

"Les coups de feu ou les tirs de mortiers sont des sons auxquels on s'habitue avec le temps. Mais hier, les tirs de mortiers étaient dirigés contre nous, les snippers nous visaient, j'ai vu les blessés, le sang, et j'ai tenu un mourant dans mes bras. J'étais à Barzeh la nuit dernière, j'accompagnais un groupe de docteurs et de secouristes. Cette semaine, j'ai assisté au début du pilonnage par le régime de quartiers de Damas, Kafarsousah and Barzeh. Et je suis contente, contente que les choses deviennent merdiques à Damas, parce que c'est seulement à ce moment là que nous saurons que les derniers jours d'Assad s'approchent. La nuit dernière, le régime a bombardé une maison à Barzeh, tué une famille entière, la famille Naji, trois enfants ont été tués, leur mère et leur grand-mère, ainsi que deux hommes sont morts. Qu'ils reposent en paix."

Dimanche 15 juillet

"Les derniers dix jour de ma vie à Damas on été incroyablement bizarres. Je suis allée dans les banlieues de Damas la semaine dernière (Jdaidat Artouz) pour dormir chez une amie. Nous voulions préparer une belle assiette de salade de fruits, nous sommes allées au marché quand nous avons entendu des coups de feu, à seulement deux pâtés de maisons de nous. L’Armée syrienne libre avait tué un officier de haut rang. Au cours des deux jours suivants, j'ai dormi chez d'autres amis, également dans les banlieues de Damas (Jaramanah). Nous avons entendu le régime bombarder Mleha toute la nuit, le bruit était si fort que je me suis réveillée à 4 heures du matin. Aujourd'hui (dimanche), j'ai dormi au centre de Damas, près de Afif, et j'ai entendu des combats et quelques explosions. Cela a duré presque une heure. Voila ce qu'est Damas. J'espère que Assad s'en ira avant que l'année 2013 commence."

Des réfugiés palestiniens de Tadamon ont fui leur camp, bombardé, pour se réfugier dans celui de Yarmok (Photo sur Facebook)

Armes chimiques

Du côté d'al-Assad, une nouvelle a fait frémir les chancelleries : l'annonce du déplacement par l'armée de stocks d'armes chimiques, Le blog War news, dans  Assad est-il en train d'agiter la menace d'armes de destruction massive s'interroge : stratégie de la terreur, pour réduire au silence les Etats-Unis, qui ne peuvent guère protester depuis leurs mensonges sur les armes de destruction massive irakiennes, fanfaronnades meurtrières destinées à terrifier la résistance intérieure, ou ultime vraie folie d'un régime aux abois ?   

 Bachar al-Assad etranglé par la résistance : photo de manifestation en Syrie sur Facebook

L'état des lieux

Dans une longue analyse d'une situation apparemment inextricable et des risques de dérives de la résistance syrienne vers le fondamentalisme religieux, Robin Yassin-Kassab (qui vit à Londres) fait l'état des lieux sur son blog : 

"[Contrairement à la Libye], après 17 mois de massacres en Syrie, il n'y a pas de no-fly zone dans l'espace aérien. L'étendue de l'intervention occidentale et des pays "clients" est la suivante : l'Arabie saoudite et le Qatar peuvent fournir un nombre limité d'armes légères. Les Turcs pourraient bien aider à la coordination des livraisons d'armes. La CIA semble avoir quelques hommes sur le terrain, qui observent où vont les armes et espèrent (vainement) s'assurer qu'ils ne finiront jamais dans les mains de militants anti-sionistes. De l'autre côté, un régime ouvertement fanatique qui considère son peuple comme des esclaves, les tue, et détruit leurs villes avec des armes russes. La Russie impérialiste, qui a opprimé les musulmans dans le Caucase et en Asie Centrale, et qui porte la moitié de la responsabilité pour toutes les guerres chaudes de la Guerre froide en Afrique, fournit le régime en hélicoptères d'attaques, en pièces de chars et en munitions, alors que le bilan dépasse les 17 000 morts. La Russie protège aussi le régime (syrien) des condamnations du conseil de sécurité de l'ONU. Elle joue le même rôle auprès de la Syrie que les Etats-Unis auprès d’Israël.{....] L'Armée libre Syrienne (FSA) s'est formée en réaction aux violences terrifiantes perpétrées par le régime syrien, et c'est lui qui est certainement, actuellement, un gang de fanatiques. Ses unités de soldats alaouites (minorité musulmane, ndr) travaillent avec des citoyens alaouites pour massacrer les sunnites. C'est un désastre pour les Alaouites et pour tout le monde  : cela sème les graines d'une guerre potentielle, susceptible de détruire le pays pour plusieurs générations, et c'est l'une des raisons pour lesquelles le régime (syrien) doit partir le plus vite possible". 

Sur Twitter, un Syrien a commenté :  "On dirait que Bachar va être assez débordé pendant ce Ramadan...". Ce Ramadan décisif commence vendredi.

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