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Ce rarissime chronographe en acier va déclencher les passions d’une poignée de collectionneurs milliardaires…
Ce rarissime chronographe en acier va déclencher les passions d’une poignée de collectionneurs milliardaires…
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Quand les Danois se connectent furtivement, quand l’aiguille allemande se sent seule et quand le mystère commence en Hongrie : c’est l’actualité des montres (en mode automnal)

Mais aussi un ticket très accessible pour marcher sur la Lune, un coussin qui n’est ni rond ni carré et un « régulateur » qui sépare tout le monde pour y voir plus clair…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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PHILLIPS : Combien de Rolls-Royce cette montre en acier permet-elle de s’offrir ?

Admettons un prix de 400 000 euros pour une Rolls-Royce Phantom, le haut de cette prestigieuse marque déjà très haut de gamme. La valeur estimée de ce chronographe Patek Philippe en acier (référence 1518) équivaut au prix de dix Rolls-Royce, voire douze ou quinze voitures pour peu que les enchères s’enflamment un peu ! Vendue aux enchères à Genève, par la maison Phillips, dans quelques semaines, cette « 1518 » devrait dépasser les trois à quatre millions sous le marteau du fameux Aurel Bacs, l’alchimiste qui transforme l’acier en or. Il faut dire que l’histoire de cette « 1518 » (la première montre de série à proposer un chronographe et un « calendrier perpétuel » pour afficher le jour, la date, le mois et la lune) est singulière. On n’en connaît que quatre exemplaires en acier et cette rareté est attisée, aux yeux des collectionneurs, par l’état presque parfait de la montre. Cette « 1518 » a été livrée par la maison suisse Patek Philippe en 1943, à une boutique de montres de Budapest, dans une Hongrie qui était alors l’alliée du IIIe Reich. On peut se demander quels pouvaient bien être, en pleine fournaise européenne de la Seconde Guerre mondiale, les clients capables d’apprécier ce chef-d’œuvre de l’art horloger mécanique. On savait que cette montre existait, mais les amateurs savent aussi qu’il ne passe une pièce de cette qualité sur le marché qu’une fois par génération. À leurs yeux, qui voient juste, la « 1518 » est la quintessence idéale de l’esthétique des plus belles montres suisses de l’âge d’or des chronographes mécaniques : ses proportions sont parfaites, son cadran est d’un rare équilibre et sa beauté est incontestable, même aux yeux des non-initiés. C’est ce qui devrait électriser les adjudications : on vérifiera là si les grands collectionneurs européens tiennent toujours le haut du pavé…

BULOVA : Le ticket pour la Lune est 2 438 fois moins cher qu’à l’époque…

Tout le monde sait que quelques marques suisses ont été portées par les premiers astronautes qui ont marché sur la Lune, mais seuls les vrais connaisseurs se souviennent que la marque américaine Bulova – alors très forte sur son marché – a été associée aux missions Apollo, avec Omega ou Rolex. Officiellement, des Bulova ont été portées à bord d’Apollo 11 et d’Apollo 15. La montre Bulova de Dave Scott (mission Apollo 15, août 1971) a été récemment vendue aux enchères pour 1,6 million de dollars : c’était la seule montre portée sur la Lune en mains privées – les autres sont restées la propriété du gouvernement fédéral. Quarante-cinq ans plus tard, Bulova réédite cette « Moon Watch », mais on pourra s’offrir le frisson lunaire pour 589 euros (699 avec le bracelet métallique), soit 2 348 fois moins cher que la montre « historique » (ci-dessous, à gauche ; à droite : la montre actuelle). Le mouvement à quartz de haute fréquence reste sensiblement le même : il ne s’autorise qu’une seconde de décalage tous les ans…

PIAGET : Un acier capable de signer l’élégance d’une vie active…

La manufacture genevoise Piaget était une des rares à ne pas disposer d’une montre en acier sur le créneau du « sport chic », alors que, voici quelques décennies, Piaget avait créé une icône de l’élégance sportive comme la Polo, lancée en 1979 et devenue la montre de référence des élites de l’époque. La nouvelle Polo S n’a plus vraiment de rapport esthétique avec la Polo historique, qui se distinguait par l’intégration de son bracelet avec le boîtier, alors que l’esthétique du cadran reprenait les lignes de force de cet ensemble boîtier-bracelet. Piaget a plutôt puisé l’inspiration de sa Polo S dans la collection Emperador, un boîtier rond à tentation carrée qui forme un « coussin » : la lunette est plate, mate, alors que le cadran (ni rond, ni carré) s’habille de lignes horizontales qui lui apportent une certaine élégance. Très décriée par de nombreux amateurs, cette Polo S est une montre de luxe facturée autour de 10 000 euros, ce qui est un prix très attractif pour une Piaget, mais tout de même très coûteux pour une montre en acier appelée à une vie active (le mouvement est signé Piaget)…

LOUIS ÉRARD : heures, minutes et secondes font cadran à part…

En dépit de ses quatre-vingt ans cette année, la marque Louis Érard n’est pas la plus connue des grandes maisons d’horlogerie suisses. C’est qu’elle a toujours joué dans un registre modeste et c’est même pour ça que les amateurs l’apprécient, pour son esthétique apaisée autant que pour la modération de ses prix. Ce « régulateur » mécanique allie ainsi les codes de la haute mécanique à une expression plus contemporaine, sobre et efficace, de la montre de tous les jours, le tout pour une addition qui ne relève pas du grand banditisme telle qu’on le pratique en Suisse et qui ne devrait pas dépasser les 2 500 euros – c’est une somme, mais une maison plus connue exigerait le double. Pourquoi « régulateur » ? Ce type de cadran s’inscrit dans la tradition des ateliers suisses du XIXe et du XXe siècles : la pendule qui « réglait » l’heure et qui servait d’étalon à tout l’atelier avait ainsi une lecture séparée de l’heure, des minutes et des secondes, pour que les aiguilles soient très précisément repérées sur leurs compteurs respectifs. Ce type de cadran est aujourd’hui une coquetterie pour les passionnés, qui y voient un code entre initiés aux subtilités de la belle horlogerie mécanique…

MEISTERSINGER : Une aiguille, sinon rien…

Pourquoi se mettre à deux quand on peut faire aussi bien tout seul ? C’est le principe de la montre mono-aiguille, une forme de snobisme horloger qui consiste à ne confier qu’à une seule aiguille le soin d’afficher l’heure : MeisterSinger est la marque allemande qui cultive le mieux cette originalité, avec un mouvement automatique suisse et une aiguille capable d’afficher l’heure avec une précision qui varie entre une et deuxminutes (il suffit d’estimer l’espace entre les deux repères de l’heure concernée, la graduation allant de cinq minutes en cinq minutes). On s’y fait très vite, mais c’est toujours un intéressant sujet de conservation avec ses voisins. Cette série limitée se distingue par le bleu de ses chiffres et de son aiguille, mais aussi par la retenue de son offre, qui ne dépassera pas les 1 200 euros…

SKAGEN : Une leçon de minimaliste discrètement connecté…

Avec cette montre connectée, la maison Skagen (aujourd’hui américaine, mais d’extraction danoise) nous donne une magistrale leçon de design scandinave. Alors que la plupart des montres connectées se vautrent dans une débauche de fonctions électroniques soulignées par l’esthétique de la montre, Skagen opère dans un registre minimaliste qui parvient à tout dire en quelques détails discrets : la montre est ronde et les aiguilles sobres, seul le compteur à gauche du cadran indiquant par son aiguille les scores du traceur d’activité embarqué par la montre (nombre de pas dans la journée, etc.). Le tout est piloté par les trois poussoirs très intégrés à droite du boîtier (ils servent également à changer l’heure, à régler le réveil de la montre ou à afficher un second fuseau horaire). Cette montre est donc, sous son allure très classique, un véritable instrument connecté, qui pousse la politesse jusqu’à n’exiger que deux grosses centaines d’euros pour vous faire entrer dans le monde magique d’une vie connectée – c’est notre destin l Face à cette orgie minimaliste, les geeks n’ont plus qu’à se cacher pour mourir…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

Lien : https://businessmontres.com/

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