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SevenFriday, où la rébellion des jeunes horlogers suisses qui entendent proposer le meilleur de leur tradition à des prix qui ne relèvent pas de la grande délinquance financière.
SevenFriday, où la rébellion des jeunes horlogers suisses qui entendent proposer le meilleur de leur tradition à des prix qui ne relèvent pas de la grande délinquance financière.
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Quand les chenilles futuristes font reculer les minutes, quand le champagne rencontre les tortues et quand les envahisseurs se ruent sur les poignets…

Et aussi les gros muscles des résistants à l’ordre marchand, la slow attitude d’une seule aiguille et le décalage horaire vu du pôle Nord…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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SEVENFRIDAY : Une certaine brutalité dans l’esprit de résistance…

Avec SevenFriday, marque fétiche de l’avant-garde horlogère du pays des montres (la Suisse, en dépit de l’anglomanie du nom), on découvre les canons des nouveaux concepts qui vont révolutionner l’horlogerie de grand-papa au cours de ces prochaines années : la testostérone esthétique alliée à la volonté de s’en tenir à un prix qui ne soit pas indécent. À peine plus de 1 200 euros pour cette P3/BB mécanique – BB pour Big Block, dans l’esprit des grosses « bagnoles » musclées de la légende automobile. Les initiés vous diront que les deux bandes rouges qui scarifient le cadran tout en débordant sur le boîtier rappellent celles de la Dodge Challenger de 1969. Le secret de cette liqueur forte, dont il n’y aura que 350 exemplaires dans le monde entier : un impeccable esprit suisse (design, concept, marketing) et une fabrication soignée, qui concentre le meilleur de ce qui peut se faire au Japon (mouvement) et en Asie. On peut admirer la science des courbes de cette montre à forte valeur ajoutée mécanique, qui sait marier brutalité et sensualité esthétiques. La distribution privilégie Internet, mais quelques détaillants plus malins que les autres ont misé sur SevenFriday pour résister aux pressions impérialistes des grandes références commerciales. SevenFriday, c’est l’esprit de résistance des jeunes horlogers face aux dérives marchandes des marques surexposées et surmarketées…

HAUTLENCE : Les grands intellectuels du futurisme « méchanique »…

Pourquoi « méchanique » écrit à l’ancienne ? Parce que les créateurs indépendants de Hautlence (marque qui fête ses dix ans) se situent dans la lignée des grands horlogers méchaniciens du XVIIIe siècle – ceux qui ont fait du mouvement de la montre mécanique ce qu’il est aujourd’hui. Impossible de rester insensible à la poésie futuriste de cette montre machiniste et pré-industrielle, quelque part entre l’esthétique steampunk et les codes du constructivisme. La jeune équipe de Hautlence (marque anagramme de Neuchâtel, en Suisse) a mis tout son savoir-faire et toute sa passion pour les engrenages dans cette HL 2.5 de haute facture suisse. Explications sur la base de l’image ci-dessous : en haut, dégageant le 8 de 8 h, la « chaîne » dont les douze maillons sont autant de plaquettes porteuses du chiffre des heures. Elle défile un peu comme la chenille d’un char, en sautant spectaculairement d’un chiffre toutes les heures, mais ce « saut » se déroule en quatre secondes, sans choc. Au-dessous, le disque qui affiche les minutes de façon rétrograde : l’aiguille de lecture, axée autour du symbole de l’infini, revient en arrière après la minute 60 de chaque heure, pour se repositionner à la minute 0 au changement d’heure. C’est subtil et très virtuose. À gauche, le cœur battant de la montre (ce qui fait « tic-tac ») est un mouvement disposé verticalement en ligne : la montre est ainsi cadencée par un dispositif qui oscille sur lui-même tout en pivotant de 60° sur son axe toutes les heures, histoire de compenser statistiquement les effets de la gravité sur la précision de cette oscillation (pour mieux comprendre : une vidéo rapide). Ajoutons à ce manège enchanté les deux barillets du mouvement automatique et un verre saphir de haute technologie pour mettre le tout à l’abri : nous avons ici affaire un des « ovnis » les plus épatants de toute la nouvelle génération horlogère suisse, avec une mise en couleurs dramatique et stendhalienne (le rouge et le noir). Comptez quand même pas loin de 150 000 euros pour faire joujou avec ce caprice hautement méchanicien.

MONTBLANC : Les grandes heures du monde vues du pôle Nord…

Cette montre a déjà un nom épatant : Spirit Orbis Terrarum. Elle est un peu inattendue chez Montblanc, mais elle relève de la grande tradition des montres suisses à « heures universelles » – celles qui sont capables d’exprimer, d’un seul coup d’œil, tous les décalages des fuseaux horaires de cette planète (orbis terrarum : le globe terrestre). Vue du pôle Nord, la Terre apparaît doncdécoupée en vingt-quatre bandes qui ont chacune leur heure légale, indiquée par le nom de la ville de référence et par le chiffre de l’heure (on ne rentre pas ici dans les chicanes des demi-heures, voire des quarts d’heure des fuseaux horaires dissidents). L’heure du lieu étant affichée à 6 h, on « lit » instantanément, sur leplanisphère du cadran, les autres heures du monde, avec une indication jour/nuit des plus pratiques. Pour régler la montre, un simple poussoir sur le boîtier (à 8 h) permet de faire tourner le disque des villes : sur l’image, il est 22 h à Londres, soit 23 h à Paris et 6 h à Beijing. Boîtier strict dans le goût esthétique allemand (Montblanc oblige !), finitions suisses et prix relativement accessible pour une grande complication classique de la haute horlogerie helvétique (cette montre sera présentée en janvier au salon de Genève)...


BRISTON : L’indéniable séduction du décalage horaire à la française…

Mine de rien, sans tapage, la toute jeune marque indépendante Briston (à peine un an d’existence) est la plus belle histoire récente de l’horlogerie française, avec déjà plus de 15 000 pièces vendues et une percée internationale remarquée jusqu’au Japon. Un créateur discret, un design qui mêle références classiques et style contemporain, un matériau amusant et décalé (le composite « écaille de tortue » de nos lunettes) et une qualité de fabrication bien maîtrisée à un prix spécialement étudié pour les consommateurs lessivés des années Hollande : 175 euros pour se faire plaisir avec des bracelets faciles à changer (on peut oser la couleur, notamment le vert anglais, bien assorti au champagne) et des cadrans qui évoquent le champagne rosé dans le goût rétro chic et pas cher. Les collections de Briston prouvent qu’il y a une vie en dehors du Swiss Made et que la touche française, quand elle est intelligemment conçue et mise en œuvre, reste d’une indéniable séduction – même dans le décalage horaire…


MEISTERSINGER : L’éloge de la lenteur s’offre un frisson mécanique…

Franchement, dans la vie de tous les jours, vous souciez-vous de l’heure à la minute près ? De toute façon, votre téléphone portable peut assurer cette hyper-précision. On peut donc se contenter d’un décompte des heures moins mathématique, plus « flou », dans une logique de temps qui passe plus que de temps qui stresse. Les montres mono-aiguilles auraient pu être inventées par et pour les militants de la slow attitude : avec une seule aiguille, et donc une approximation de l’ordre des deux minutes dans la lecture de l’heure, les journées semblent s’écouler plus lentement. Ce concept – qui était paradoxalement celui des premières montres de poche, il y a cinq siècles – est la spécialité de la marque allemande MeisterSinger, qui développe son propre mouvement mécanique pour cette Circularis aux détails très soignés, avec cinq jours de réserve de marche pour un boîtier très portable en 43 mm facturé 3 950 euros. Design unique, élégance discrète et esprit manufacture pour cette talking piece, dont l’apparition au poignetsuscite toujours beaucoup de commentaires…


RJ-ROMAIN JEROME : Exterminons les envahisseurs venus de l’espace !

Le bonheur est dans le trait : pour les adulescents qui ont trop abusé, étant plus jeunes, de Space Invaders, le plus mythique des jeux d’arcade, la « madeleine de Proust » est un simple trait de canon laser à quelques pixels d’abattre un envahisseur extra-terrestre. RJ-Romain Jerome, la marque horlogère qui met en scène les grandes légendes de notre temps, a donc décidé d’offrir à ces nostalgiques une montre en série limitée Ultimate Edition (vente exclusive sur Internet), avec des couleurs exclusives néonisées et un cadran simplifié par rapport aux collections précédentes des montres Space Invaders. On aura remarqué la multiplication dans les rues de Paris de mosaïques colorées à la gloire de ces Space Invaders, généralement apposées au-dessus des plaques réglementaires qui portent le nom des rues. Il paraît que la maison RJ-Romain Jerome n’y est pour rien : elles sont apposées par un artiste connu sous le nomd’Invader…

Lien Internet

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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