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Travailler inlassablement le même sillon pour des amateurs qui commencent à se méfier de la néophilie horlogère : on prend les mêmes codes et on les recombine à l’infini…
Travailler inlassablement le même sillon pour des amateurs qui commencent à se méfier de la néophilie horlogère : on prend les mêmes codes et on les recombine à l’infini…
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Quand le temps se percute au 357 Magnum, quand le tartan est scarifié de diamants et quand on dévalise l’héritage horloger : c’est l’actualité des montres…

Mais aussi une leçon d’histoire du temps à la chinoise, le retour en force des hippies du Power Flower et la plus petite preuve irréfutable de l’extraordinaire précision suisse…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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ARTYA : Aux armes, citoyens ?

La géopolitique planétaire se fait compliquée : l’orage gronde et on entend la rumeur des batailles. Les créateurs horlogers indépendants captent sans s’effaroucher ce farouche air du temps. Pour Artya, Yvan Arpa n’a pu s’empêcher d’imaginer une montre « Roulette  Glasnost G1 ». Explication : deux cartouches de 6 mm Flobert ont été logées dans le boîtier en composite transparent : années de plomb ? Le « cadran » qui pivote librement à chaque mouvement du poignet figure un barillet qui serait approvisionné par une cartouche de .357 Magnum déjà percutée : aux armes, citoyens ? Le mouvement est « squeletté », comme pour jouer avec la lumière. La légende veut que les mafieux russes apportent à Yvan Arpa leur propre étui de cartouche déjà percutée pour l’intégrer dans ce qui sera leur montre : Memento Mori ? Au XVIIe siècle, les tableaux de vanités flirtaient avec les crânes. Au XXIe siècle, les vanités contemporaines philosophent avec des armes : on joue sa vie à la roulette russe et le temps s’écrit en toute transparence, mais avec des munitions prêtes à l’emploi. On est plus que jamais dans le questionnement métaphysique : une montre, c’est toujours plus qu’une montre…

FREDERIQUE CONSTANT : Le meilleur de la culture chinoise du temps…

La frénésie zodiacale des horlogers suisses nous a valu quelques horreurs pour fêter l’Année de la Chèvre : que de biquettes incongrues et de cabris égarés sur les cadrans ! Cette montre Manufacture Zodiac s’extrait du lot pour rendre un hommage intelligent aux traditions chinoises du temps et du calendrier : la jeune marque genevoise Frederique Constant (10 ans d’existence) a donné cette FC 2015 de repères inattendus. D’abord, l’aiguille des heures fera le  tour du cadran en 24 heures, et non en 12 heures, l’aiguille des minutes bouclant son tour toutes les 120 minutes : on repère ces minutes sur le premier cadran intérieur (en partant du centre), les heures sont les chiffres arabes du deuxième cadran intérieur. Avant de se mettre à l’« heure occidentale », les Chinois divisaient la journée en douze périodes de deux heures, représentées chacune par un signe du zodiaque, symbolisé par un animal allégorique : ce sont les idéogrammes qui figurent sur le troisième cercle du cadran (en partant du centre) – dans l’ordre, en partant du rat qui grignote le temps de 23 heures à 1 heure du matin, le bœuf, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et donc le cochon entre 21 h et 23 h de chez nous. La minuterie externe (« chemin de fer » du dernier cercle) est ponctuée d’idéogrammes qui représentent les huit quarts (15 minutes) qui divisaient l’heure duodécimale chinoise. Reliés aux signes du zodiaque, ces quarts avaient une fonction mnémotechnique : le lapin mâche à l’heure du petit déjeuner (5 h-7 h du matin) et la chèvre broute à l’heure du déjeuner (13 h-15 h). L’inscription à 6 h se traduit par « Année de la Chèvre ». Frederique Constant nous offre ainsi une leçon de culture traditionnelle chinoise : une montre, c’est toujours plus qu’une montre…

BURBERRY : Cousue d’or et scarifiée de diamants…

On ne présente plus la célèbre montre Burberry The Britain, une des très rares réussites dans la traduction horlogère de l’identité des marques de mode. Toujours dans son boîtier coussin (ni rond, ni carré), The Britain s’offre un coup de grand chic pour ce printemps : ce sera une version Icon Check cousue d’or, avec le motif qui reprend le fameux tartan (check) de la doublure des non moins fameux trench coats Burberry. Le cadran en nacre de cette précieuse Icon Check est gravé de lignes de diamants. Même la lunette est encerclée de 124 diamants (le cadran en compte 245). Au dos de la montre, on retrouvera ce même check, cette fois sans diamants, gravé sur les ponts du mouvement automatique qui honore la tradition horlogère suisse avec son élégant « col de cygne ». Mieux vaudra être soi-même cousu d’or et bardé de diamants pour s’offrir cette Icon Check, qui ne sera réalisée que sur commande. Burberry nous en dit là très long sur ses ambitions de marque de luxe globale : une montre, c’est toujours plus qu’une montre…

MONDAINE : La plus petite preuve définitive de l’exactitude suisse…

Tout le monde le sait : les trains suisses partent et arrivent à l’heure. C’est d’ailleurs ce respect de l’horaire prévu que le contrôleur précise aux voyageurs avant l’arrivée en gare ! Le secret des chemins de fer fédéraux suisses (SBB-CFF-FFS) est une horloge devenue iconique dans l’univers du design grâce à son cadran épuré et son aiguille des secondes à palette rouge – même Apple voulait l’adopter pour donner l’heure sur son iPad. Cette horloge s’est faite montre grâce à la marque (suisse) Mondaine, qui la décline à présent dans le boîtier de 35 mm de cette SBB Mini Giant : notez que, pour conserver la pureté graphique du cadran original de l’horloge, la montre ne possède pas de « cornes » pour accrocher le bracelet, qui s’accroche sous la montre. Le défilé permanent de la seconde à palette rouge est fascinant, surtout sous le verre légèrement bombé qui crée une sorte d’effet loupe. Cette SBB Mini Giant est une invitation au voyage dans un pays où les contrôleurs présentent leurs excuses aux voyageurs dès que le train a plus de deux minutes de retard : une montre, c’est toujours plus qu’une montre…

ICE-WATCH : Un manifeste esthétique plutôt régressif, mais qui rassure…

Le grand recentrage créatif est en marche : on compte par dizaines, sinon par centaines, les montres qui se rebaptisent « Vintage », « Tradition » ou « Heritage ». Après avoir exploré les chemins chromatiques du plastique bariolé, la jeune marque belge Ice-Watch opère un spectaculaire retour vers l’héritage horloger le plus traditionnel et le plus vintage – donc le plus furieusementhype, glam, trendy et tout le reste ! Cette Ice-Heritage n’en peut plus de rendre hommage aux icônes de l’âge d’or des montres mécaniques : boîtier fini comme un canon de fusil, lunette gravée comme un instrument de plongée, couronne protégée comme une montre professionnelle, cadran contrasté comme dans un cahier des charges militaire, aiguilles typées comme les icônes du temps passé – ne manquez pas de repérer la seconde à palette, façon Mondaine ! Même le bracelet nous la joue patiné à l’ancienne, avec des surpiqûres écrues. Réassurante et tendanciellement régressive, cette Ice-Heritage s’impose comme un concentré esthétique de toutes les tendances du moment : une montre, c’est toujours plus qu’une montre…

POIRAY : Retour du Power Flower avec la collection Poiray Flower…

Tiens, pour changer, une pièce de joaillerie plutôt qu’une montre, signé par une maison française qui fait aussi de remarquables montres – l’emblématique Première va aujourd’hui sur ses quarante ans ! On peut donc parler de haute joaillerie horlogère. L’idée est purement géniale : les pétales serties de cette marguerite sont montés sur des rotules qui les font bouger à chaque mouvement de la main. On peut ainsi voir cette marguerite articulée éclore et se fermer, exactement comme un vraie fleur, une pierre de couleur composant le bouton central. Comble de raffinement pour les femmes qui travaillent et qui seraient distraites par les mouvements de ces précieux pétales : le fond de la bague est plat et on peut donc poser la marguerite sur le bureau, où elle se tiendra bien droite, comme une mini-sculpture joaillière. Deux bonnes idées, c’est déjà fort. La troisième, c’est la notion de Poiray Flower, qui rappelle le Power Flower du mouvement hippie des années 1970, ses grandes fleurs psychédéliques, ses Minibus Volkswagen et ses filles enturbannées de soie en pantalons « pat’ d’éph ». Une leçon d’histoire immédiate ? Une bague, c’est toujours plus qu’une bague… 

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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