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Une sculpture de titane, inclinée sur plusieurs niveaux, pour rendre hommage à la tradition
Une sculpture de titane, inclinée sur plusieurs niveaux, pour rendre hommage à la tradition
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Quand la Lune se fait langue, quand la vie souffle la mort et quand les minutes font orbiter les heures : c’est l’actualité des montres dont les autres ne parlent (presque) pas

Mais aussi les nuages de gaz cosmiques nées de la flamme et du diamant, l’infusion des Suisses dans la tisane scandinave et les inclinaisons liées aux pulsations des secondes…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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DAVID CANDAUX : Les pulsations d’une aiguille des secondes à l’ancienne…

Rien dans cette montre qui ne soit inspiré par la grande tradition multiséculaire des montres suisses, mais qui n’ait été repensé et reconstruit avec un regard contemporain. David Candaux est un jeune horloger de cette vallée de Joux où se créent depuis au moins 1740 quelques-unes des plus intéressantes montres mécaniques suisses : c’est donc cette date de 1740 qui a servi de nom de baptême à la première de David Candaux, lui-même fils d’horloger. Un premier regard sur cette 1740 révèle une sorte de couronne de remontage à six heures : ça tombe bien, c’est une couronne pour remonter le mouvement et mettre la montre à l’heure, mais elle est escamotable (on l’efface en l’enfonçant). La montre ne semble pas parfaitement plane : ça tombe bien, elle ne l’est pas. Sous le dôme de verre saphir, le cadran est incliné vers le porteur de la montre (ce qui paraît logique), de même que le « tourbillon » en titane qui règle la montre et qui a autant d’importance visuelle que l’affichage de l’heure : on comprend tout de suite que cette priorité donnée à l’âme mécanique de la montre annonce quelques raffinements techniques supplémentaires, dans la précision chronométrique comme dans les subtilités du réglage de la montre. Comble de chic : au lieu de se mouvoir fluidement, l’aiguille centrale des secondes avance par « pulsations » qui sont les battements du cœur de cette « 1740 », dont les finitions à la main sont dignes des plus belles montres de poche du passé. David Candaux a déposé une dizaine de brevets pour protéger les innovations mécaniques de cette pièce (boîtier de 43,5 mm), qu’il a voulu taillée et sculptée dans le titane – métal « technique » – plutôt dans les habituels matériaux horlogers : c’est pour la légèreté autant que pour la touche contemporaine. L’équilibre dans le déséquilibre des plans inclinés, la mesure dans la démesure d’une quête de l’infinie précision, l’avant-gardisme dans le respect scrupuleux de la tradition : cette « 1740 » en série limitée sera une des pièces les plus marquantes de ce printemps 2017 (mais ce ne sera pas donné : on parle de 200 000 euros pour cette pièce d’art horloger qui va passionner les collectionneurs !)…

KONSTANTIN CHAYKIN : L’art de tirer la langue à la Lune…

À peu près inconnu en France, le nom de Konstantin Chaykin évoque en Russie les espoirs d’une jeune génération horlogère qui sait rester sérieuse sans jamais se prendre au sérieux. On découvrira ces jours-ci à Baselworld (le salon horloger qui draine toute la communauté internationale de la montre vers Bâle, en Suisse) la nouvelle montre Joker de Konstantin Chaykin. Son joker, à peine évoqué par les symboles des cartes à jouer gravées sur la lunette de la montre, est en réalité une sorte de « fou du roi » dont le souverain serait le temps. Les heures et les minutes sont indiquées par deux « pupilles » noires, dans des compteurs qui figurent un regard : au fil des heures, la convergence ou la divergence de ces « yeux » donne au « visage » ainsi créé une allure plus ou moins sérieuse, loufoque ou maussade. Le temps a ses humeurs ! Ces expressions sont renforcées par un affichage délirant de la Lune : l’habituel disque lunaire, qui défile dans cette « bouche » tout au long du mois, devient une langue elle aussi très expressive sur les « émotions » du visage de la montre, que chacun interprétera à sa manière et selon sa culture. Ce Joke inattendu relève de la haute horlogerie créative en même temps que du dadaïsme mécanique et de la pop culture : c’est déjà beaucoup pour une montre automatique qui a, en plus, le culot de donner l’heure…

CHRISTOPHE CLARET : Un souffle de vie pour défier la mort…

Cette montre X-Trem-1 est une des propositions mécaniques les plus originales de ces dernières années. Sauf qu’elle est autant magnétique que mécanique ! La lecture de l’heure est inhabituelle : logée dans la colonne transparente à gauche de la montre, une boule d’acier affiche les heures ; à droite, ce sont les minutes. Ces sphères sont tractées par un fil invisible qui est actionné par des aimants qui génèrent un champ magnétique, le mouvement de la montre (visible derrière un cadran transparent qui ne cache pas ses rouages) étant réglé par un « tourbillon », complication mécanique supposée compenser les effets de la gravitation sur la précision de la montre. Cette année, l’horloger Christophe Claret – un Français installé en Suisse – a décidé de collaborer avec la marque américaine StingHD (spécialiste des accessoires en cuir ultra-tendance) pour donner un autre style à la montre, qui devient parfaitement noire, mais ornée de ces têtes de mort qui signent la rébellion contemporaine en rappelant les « Memento Mori » philosophiques d’autrefois. Tête de mort sur le tourbillon en bas de la montre, avec deux rubis à la place des yeux. Tête de mort presque subliminale sur le verre de la montre : elle n’apparaît avec ses tibias, grimaçante, toutes dents dehors, que lorsque qu’on souffle son haleine sur le cadran. Buée du souffle vital pour défier la mort : en plus d’être magnétique et mécanique, la montre est aussi philosophique – et bien évidemment précieuse puisqu’il faudra que les huit heureux acheteurs de cette série limitée posent près de 280 000 euros sur la table pour jouer avec ce souffle vital…

CARL EDMOND : Une infusion suisse dans la tisane septentrionale…

Porté par le succès d’une marque suédoise comme Daniel Wellington, le style scandinave – essentiel et dépouillé, en tout cas largement influencé par les codes nordiques du design – séduit les nouvelles générations, qui adorent les montres « minimalistes ». la nouvelle marque (suédoise) Carl Edmond surfe sur cette tendance, en y ajoutant le raffinement de la science des beaux objets du temps telle qu’on la pratique en Suisse. Les designers sont donc suisses et on le remarque à la justesse des détails des premières collections : le choix des couleurs, le sens des proportions du boîtier, la taille des index par rapport à celle des aiguilles, les lignes et les galbes du boîtier, tout est pensé par des spécialistes comme Éric Giroud et Adrian Glessing, auxquels on doit déjà de superbes montres suisses. L’idée de Carl Edmond est d’imposer ce regard suisse sur le style scandinave à toute la planète, à des prix qui ne dépasseront guère les deux ou trois centaines d’euros – donc très loin de l’habituelle extorsion de fonds des horlogers helvètes, qui feraient mieux de se méfier de ces nouveaux venus septentrionaux…

DE BETHUNE : Le bleu né des noces de la flamme, du diamant et des étoiles…

Quand on chauffe le titane à une certaine température, il bleuit, avec des nuances qui se maîtrisent au degré près : pas facile quand on procède à la main et à l’œil, face à un petit four ! On imagine donc le savoir-faire exigé par la réalisation d’un boîtier entièrement bleui, avec une teinte parfaitement homogène. Une telle montre (pièce unique) réclamait un cadran hors du commun : il a été taillé dans une météorite venue des confins de l’a galaxie, le traitement à la flamme et à la poudre de diamant finissant par révéler, sur ce métal extraterrestre, des nuances qui évoquent les nuages de gaz cosmiques repérés par les astronomes. Pour confirmer cette vocation galactique, ce cadran a été clouté d’or comme un ciel étoilé. Il fallait enfin une mécanique d’exception pour donner le temps sur cette De Bethune DB28 Météorite : ce sera un « tourbillon » maison, qui affiche un battement mécanique très rapide (36 000 fois par heure, dix fois plus vite qu’un cœur humain) pour une précision poussée dans ses ultimes retranchements, avec une immersion dans un environnement d’innovations horlogères qui marient titane, or et silicium. Rien dans cette montre un peu extravagante qui ne soit sublime, sinon ultime : c’est à ça qu’on reconnaît les grandes maisons horlogères, même si elles savent rester confidentielles…

FRANCK DUBARRY : Des heures orbitales qui gravitent au fil du temps…

L’homme qui avait imaginé la marque TechnoMarine à la fin des années 1990 ne pouvait revenir sur le marché qu’avec un concept horloger un peu décoiffant : sa nouvelle Crazy Wheel Swiss Made ne ressemble qu’aux goûts disruptifs de son créateur, non seulement par son boîtier à facettes tatoué comme un guerrier maori, mais aussi par son affichage très original des heures. Au milieu des rouages d’un mouvement automatique redessiné, on remarque une immense aiguille des minutes couplée à un mini-compteur qui affiche les heures selon le code horaire traditionnel. Ce compteur est comme satellisé autour du cadran : il en fait le tour toutes les heures au même rythme que l’aiguille des minutes, mais en se maintenant toujours dans le sens classique de la lecture (le midi en haut du compteur : sur l’image ci-dessous, il est donc 10 h 50). Ce manège permanent est étonnant, mais on se fait très vite à ces heures « orbitales » lancées dans une inlassable course contre le temps…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004... Lien : https://businessmontres.com/

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