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Avec le nouveau protocole IPV6, doit-on craindre à nouveau un "bug de l'an 2000" ?
Avec le nouveau protocole IPV6, doit-on craindre à nouveau un "bug de l'an 2000" ?
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La minute "Tech"

Internet : la journée mondiale des changements d’adresses

Ce mercredi 8 juin, aura lieu la Journée mondiale de la 6ème version du Protocole Internet. Face à la saturation du web, cette opération test doit permettre le basculement de millions d'identifiants Internet vers la nouvelle numérotation IPV6. Doit-on craindre à nouveau un "bug de l'an 2000" ?

Nathalie Joannes

Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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Le 8 juin est le World IPV6 Day, la Journée mondiale de la sixième version du Protocole Internet. Opération de sensibilisation au basculement de centaines de millions d’identifiants internet car la numérotation actuelle, IPV4, est saturée. Rien de grave à priori, juste une nouvelle mise à l’épreuve de la flexibilité du Réseau mondial.

Le précédent test avait été le passage à l’an 2000 de toutes les applications codées en langage binaire. Le « bug » tant redouté ne s’est pas produit. Soit parce qu’il avait été inventé par des fabricants de logiciels qui en ont profité pour vendre de nouveaux produits compatibles. Soit parce que les problèmes avaient été anticipés dès 1997. Deux explications valables, probablement imbriquées et complémentaires.

Mais où est donc passé IPV5 ?

L’épuisement mondial des identifiants internet a été annoncé il y a dix ans par un article historique de l’hebdomadaire The Economist.

Ce phénomène était aussi prévisible que la saturation des plaques minéralogiques. Comme chaque véhicule motorisé, tout ordinateur qui  se connecte sur le web se voit attribuer une série de chiffres séparés par des points. La suite 77.201.235.61 est un exemple d’identité formulée dans le protocole IPV4. Le fournisseur d’accès  est tenu de communiquer cette trace numérique à la police si elle en fait la demande. La formulation en quatre blocs de chiffres pouvait générer jusqu’4,3 milliards d’identifiants. Beaucoup pensaient que cela suffirait pendant de très longues années. Or, on vient d’atteindre 4,2 milliards d’adresses IPV4.

On n’imaginait pas, en effet, la prolifération des objets communicants autour des ordinateurs : téléphones nomades intelligents, consoles de jeux en ligne,  tablettes électroniques, téléviseurs… Il y a aujourd'hui, sur cette planète, plus d'objets connectés que d'êtres humains. Chargée de gérer les adresses IP dans une partie de l’Asie du Sud est, la JPNIC (Japan Network Information Center)  a annoncé le 15 avril dernier l’affectation du dernier bloc d’adresses disponibles en IPV4 pour cette région. C’était sans compter, en outre, la croissance, plus récente mais phénoménale, de l’équipement électronique dans les puissances émergentes : Brésil, Russie, Inde, Chine.

Il  était urgent d’augmenter la taille du protocole. L’IETF (Internet Ingeneering Task Force) y travaille depuis la fin des années quatre-vingt dix. Le résultat, c’est l’IPV6 : ses huit blocs peuvent fournir 667 millions de milliards d’adresses. Avec une identification du type : 8000 :0000 :0000 :0000 :0123 :4567 :89AB :CDEF,  IPV6  est capable de satisfaire  50 milliards d’êtres humains qui possèderaient, chacun, une centaine d'accès Internet. Il y aurait encore suffisamment  d'adresses pour que chaque ordinateur, imprimante, téléphone mobile, console de jeu, système d'alarme, réfrigérateur, cafetière... ait un accès Internet complet avec une adresse IP unique.  Selon la firme Nerim, qui vient de publier un livre blanc téléchargeable sur le sujet, on est carrément dans l’illimité.

Entre IPV4 et IPV6, il aurait dû y avoir IPV5.  Exact.  Ce protocole a bien été expérimenté pour la diffusion en continu des sons et de la vidéo mais il n’a pas supporté la prolifération des objets communicants et il a été abandonné.

Moins grave que le « Bug de l’an 2000 »

Le nouveau protocole internet présente de très intéressantes fonctionnalités : connexions cryptées donc plus sûres ; optimisation des performances des routeurs qui sont les « ronds points » intelligents du réseau mondial, donc trafic plus rapide et plus fluide; réduction des coûts de déploiement des infrastructures, donc baisses des tarifs proposés par les opérateurs et les fournisseurs d’accès ; protocole spécial pour la mobilité compatible avec plusieurs types de réseaux.

Le problème est que l’IPV6 n’est pas compatible avec IPV4. D’où les difficultés de migration qui donnent un peu de solennité à la journée du 8 juin, conçue pour sensibiliser les acteurs d’internet aux Etats-Unis. Les Américains risquent en effet de payer assez cher le fait d’avoir été les inventeurs du web et de s’être attribués, au nom de cette légitimité, la plus grosse part des identités IP écrites selon l’ancien protocole. Cette gourmandise oblige les opérateurs d’Outre Atlantique soit à demander aux entreprises de changer tous leurs logiciels soit à leur proposer de passer par des « tunnels » qui « traduisent » l’IPV4 et en IPV6. Hurricane Electric Project propose cette seconde solution. Mais, dans les deux cas, la migration est coûteuse et elle pourrait ralentir temporairement le trafic. D’où cette journée test du 8 juin. Un problème que la Chine n’a pas eu à affronter car elle est entrée directement dans la nouvelle formulation d’adresses; lors des jeux olympiques de Pékin, en 2008, les connexions se sont effectuées en IPV6.

Vinton Cerf, un des cinq inventeurs du web encore vivant, craint pour les Etats-Unis des difficultés de configurations de réseaux dans les entreprises. Les deux protocoles devant cohabiter pendant plusieurs années avant l’extinction définitive de l’IPV4, il va falloir que les opérateurs et fournisseurs d’accès préparent la transition. L’American Registry for Internet Numbers  qui distribue les blocs de chiffres identificateurs se donne jusqu’au 31 janvier de cette année. La répartition mondiale des identifiants s’effectue entre quelques zones : Amérique du Nord, Amérique du Sud, Europe, Asie du Sud-Est, Afrique, Proche Orient.

En Europe, certains fournisseurs d’accès comme Free sont prêts pour l’IPV6 depuis décembre 2007. Pourtant, la sensibilisation du grand public à de possibles ralentissements ou manipulations selon les systèmes d’exploitation tarde de ce côté-ci de l’Atlantique. Il est vrai que le basculement présente moins de risques potentiels que le « Bug de l’an 2000 ». Ce non événement  laissait entrevoir, entre autres calamités, le gel par glaciation instantanée de toute personne voyageant à plus de 8 000 mètres d’altitude dans la nuit du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000 car les programmes informatiques des régulateurs de températures avaient peut-être été écrits en Cobol, langage informatique archaïque qui ne savait pas gérer (disait-on alors) trois 0 après un 2 au lieu de trois 9 après un 1. Le passage à IPV6 ne congèlera pas les équipages et les passagers des  avions de ligne.

Aller plus loin :

Comprendre IPV6

Le portail de l’IPV6

L’article historique de The Economist

L’organe japonais d’attribution d’adresses

Les concepteurs d’IPV6

Le livre blanc de Nerim sur IPV6

Le tunnel Hurricane Electric

L’organe américain de distribution d’adresses

Statistiques IPV4 & IPV6

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