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Edwy Plenel.
Edwy Plenel.
©Reuters

Point godwin

Onfray-Plénel-Monde diplo : à quand le "je préfère être un islamiste vivant qu'un Français mort" ?

Michel Onfray a notamment trouvé bien des excuses à l'Etat islamique dans une interview donnée au Point ce week-end 22 novembre, juste après les attentats qui ont ensanglanté Paris. Explications.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Le "point godwin", ce badge d'indignité attribué à quiconque introduit une référence grotesque à la seconde guerre mondiale dans une conversation, est certainement une magnifique invention. Le meilleur moyen d'ironiser sur un Balkany se plaignant d'être ramené aux "heures les plus sombres de notre histoire" parce qu'on lui reproche de frauder le fisc, par exemple.

 

La crainte de se le voir décerner ne devrait pourtant pas empêcher une mention de cette période de l'histoire que les circonstances autorisent objectivement. Ça serait de la censure et, comme chacun sait, la censure, c'est un truc de nazis...

 

En 1938, le Français Daladier et le Britannique Chamberlain étaient ainsi allés trouver Hitler à Berlin pour lui tenir, à peu près, ce langage : "Bon, OK, tu envahis la Tchécoslovaquie et tu enfermes tes juifs dans des camps, mais tu nous laisses tranquilles, on est d'accord ?". A leur retour, les deux télégraphistes avaient été accueillis en fanfare par tout ce que leurs pays respectifs comptait de gens raisonnables pour lesquels la guerre est une chose vraiment trop terrible pour être menée – y compris contre un type ayant fait de son projet de conquête sanglante de l'Europe un best-seller. D'où la fameuse petite phrase  de Churchill : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre".

 

L'année suivante, le petit moustachu vindicatif envahissait aussi la Pologne, le Danemark, la Norvège, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, la France tenant encore quelques mois avant de tomber. Le déshonneur, la guerre, puis encore le déshonneur, en quelque sorte.

 

Le moustachu s'est laissé pousser la barbe

 

En 2015, c'est un petit peu différent. Le moustachu s'est laissé pousser la barbe, s'est relocalisé dans le Levant et envoie ses sbires nous kalachnikover dans nos lieux de perdition en nous prévenant que ce n'est qu'un hors-d’œuvre de toute manière. Mais Daladier s'appelle Hollande et, contre toute attente, ce dernier décide de ne pas s'en laisser compter et de crever l'abcès sans attendre l'enfoncement de la ligne Maginot. Ce doit être ce qu'on appelle avoir de l'expérience.

 

Las, les mêmes voix "raisonnables" que la fois dernière se font de nouveau entendre, qui préféreraient que l'on fasse plutôt le voyage de Racca pour déclarer au Calife : "Bon, OK, vous prenez l'Irak, la Syrie, le Liban, l’Afghanistan, Gaza, le Yémen, la Tunisie, etc. et vous coupez la tête de vos chrétiens et de vos yézidis mais vous nous laissez tranquilles, on est d'accord ?". Fort heureusement, elles ont tendance à trouver un peu moins d'écho dans le grand public ce coup-ci, ni le Monde Diplo, Mediapart ou Michel Onfray ("une trêve pourrait être signée entre l'EI et la France") n'étant pris aussi sérieux que l'Excelsior, le Petit Parisien ou Jean Giono ("Je préfère être un Allemand vivant qu'un Français mort") à leur époque. Ce doit être ce qu'on appelle avoir de la mémoire.

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