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Rondo bleu Marine à la Turque

Marine Le Pen, une Erdogan pour la France ?

Une présidente issue du Front national, ça donnerait quoi au juste ? Visite imaginaire et prospective de ses premiers cent jours à la mode Sublime Porte.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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J'essaie d'imaginer de manière à peu près réaliste (et rigolote néanmoins, mais dans le registre flippant) ce que donneraient les premiers cent jours d'une présidence Le Pen. La Turquie d'Erdogan étant le modèle qui s'en approche le plus, les références à la deuxième guerre mondiale étant à la fois anachroniques et peu pertinentes, j'ai cherché l'inspiration du côté de la Sublime Porte (et dans le projet de la candidate à l'occasion, ça va sans dire) :

D'abord, l'organisation immédiate d'une rafale de référendums permet de contourner les atermoiements parlementaires tout en évitant le recours aux ordonnances et au 49.3 pour la mise en œuvre de points emblématiques du programme du Front national (préférence nationale pour l'emploi et le logement, fin de l'Aide médicale d'Etat...). Au-delà des questions d'efficacité, c'est le moyen de démontrer que la démocratie, la vraie, a pris le pas sur le "système" et ses élites trop déconnectées de la réalité.

Dans le même temps, les médias publics sont "purgés" ; les hauts fonctionnaires, les juges clés et les principaux diplomates sont remplacés ; le bras de fer rapidement engagé avec l'Europe au nom des spécificités françaises renforce les sentiments patriotiques et identitaires sur des thèmes "fédérateurs" à gauche comme à droite (les services publics, les AOC, les travailleurs détachés, les périodes d'ouverture de la chasse, l'heure d'été, les critères de Maastricht, le choix est vaste...) ; le fait religieux au sens de la tradition nationale et historique reprend sa place (gentiment, façon Ménard et ses crèches de Noël et Sens commun pour les valeurs familiales).

Steeve Briois, maire d'Hénin-Beaumont, est nommé à la tête d'une commission chargée d'élaborer les conditions pratiques et logistiques d'un plan massif de reconduite aux frontières par les voies terrestres, aériennes et maritimes des étrangers en situation irrégulière sur une base initiale de 150 000 individus par an. Le juriste Gilbert Collard, de son côté, se voit demander de réfléchir aux modalités d'annulation du Mariage pour tous tenant compte des unions déjà célébrées, de réforme des conditions d'accès à la nationalité et de réduction à 48 heures des procédures d'examen de demande du droit d'asile (dans le respect des textes français et internationaux s'entend).

Il y a des manifestations bien sûr, et même quelques émeutes dans plusieurs départements, mais elle sont réprimées relativement facilement malgré une série de bavures dans les premiers jours, éventuellement dans le cadre d'un renforcement de l'état d'urgence et d'un déploiement de militaires justifiés par la situation (d'où une quasi élimination de la petite délinquance, ce que même une opposition extrêmement fragmentée ne peut contester),

Les réactions internationales sont initialement mitigées. Trump et Poutine interviennent à la télévision pour déplorer les excès de violence mais les choses se normalisent assez rapidement, la France restant un partenaire majeur dans de nombreux domaines : membre du Conseil de sécurité de l'ONU, puissance nucléaire, influente en Afrique... Elle prend même la tête d'une coalition informelle en Europe où figurent notamment la Hongrie et la Serbie, peut-être l'Autriche et la Grèce. Voire l'Italie sous la pression du mouvement Cinq étoiles de Beppe Grillo. D'une manière générale, la communauté internationale respecte la volonté des Français et ses choix démocratiques bien qu'atypiques.

Le dialogue est rétabli au nom du pragmatisme avec Damas et Bachar al-Assad invité à Paris à l'occasion d'une conférence internationale sur l’État islamique (il n'est toutefois pas reçu à l’Élysée, même si Jean-François Jalkh, porte-parole du gouvernement, est sceptique sur l'utilisation d'armes chimiques par le leader syrien). La lutte contre les réseaux terroristes en France est intensifiée, les fichés S et leurs proches arrêtés ou expulsés, parfois sans recours aux procédures judiciaires classiques. Un centre d'internement de type Guantanamo est ouvert aux Kerguelen ; il est administré par l'armée et bénéficie du statut spécial d'extra-territorialité de l'archipel datant de 1986. Amnesty International et d'autres ONG dénoncent ces nombreuses dérives, mais sont globalement inaudibles suite à l'attentat ayant gravement endommagé la tour Eiffel trois semaines après l'investiture de Marine Le Pen.

Comme citoyen, ça fait flipper, mais comme écrivain, en fait, ça donne plein d'idées et, éventuellement, après quelques mois en prison et un exil en Nouvelle-Zélande, un grand livre à la André Brink ou à la Soljenitsyne... Je me demande si je ne vais pas voter Le Pen finalement.

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