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Les Français ont l'impression "de ne plus pouvoir trouver refuge en leur propre pays".
©Reuters

Chronique du pot aux roses

Les Français peuvent-ils encore se réfugier en France ?

Alors que François Hollande promet haut et fort d’accueillir 24 000 réfugiés sur les deux prochaines années, les Français ont un sentiment grandissant de précarité, et surtout de ne plus pouvoir trouver refuge en leur propre pays.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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1 – Hollande le doigt sur la couture du pantalon

Alors que leur attitude ne peut de toute évidence qu’attirer de nouveaux clandestins, la Commission européenne, Merkel et son majordome Hollande font semblant de croire qu’un quota de 160 000 entrants à répartir entre pays membres sur plus de deux ans règlera, ne fût-ce qu’un bref moment, une crise qui ne fait que commencer et qui excède déjà largement ces chiffres.

L’Allemagne a du reste battu des records de rouerie en changeant d’attitude face au gouvernement hongrois, lui demandant de filtrer les entrées puis proclamant le même jour ou presque qu’elle accueillerait des centaines de milliers de migrants, un chiffre incohérent avec ses autres discours. Et c’est Orban qui s’est vu affubler du mauvais rôle ! La Hongrie, comme les autres pays européens, devraient ouvrir de larges corridors routiers vers l’Autriche et l’Allemagne pour permettre à ces généreux pays de recevoir tous ces pauvres hères et pas seulement les Syriens comme l'Office fédéral de l'immigration et des réfugiés (BAMF) allemand a vendu la mèche le 25 août sur Twitter.

On verrait alors réapparaître bien vite la polizei des frontières et la dure réalité. Car, face à deux ou trois millions d’entrants, pas tous des travailleurs dociles loin de là, le consensus actuel ne résisterait pas Outre-Rhin. Déjà du reste, la carte postale jaunit si l’on en croit les images qui viennent de Berlin et de "réfugiés" mécontents de l’accueil qui leur est réservé une fois passés les premiers jours. Merkel proclamait l’échec du multi-culturalisme en Allemagne il n’y a pas si longtemps, ne l’oublions pas ...

La seule solution qui vaille serait, comme je l’ai déjà écrit dans ces colonnes il y a déjà quelques semaines, d’ouvrir une vaste zone en Sicile, sorte de super Ellis Island géré directement par l’Union, où tous les clandestins seraient dirigés. Les vrais réfugiés, qui ont droit en vertu des conventions de Genève à s’établir où ils le veulent, seraient distingués de la masse des immigrés économiques reçus par les seuls Etats qui le souhaitent. Les autres devraient être renvoyés sous bonne escorte navale d’où ils viennent.

A défaut, l’ensemble des systèmes de protection sociale sera miné par les coûts de l’accueil de ces populations, ce que la gauche européenne, aussi incohérente que larmoyante, n’envisage même pas. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a calculé que la charge de 800 000 migrants se monterait à 10 milliards d’euros au minimum et ce dès la première année.

Mais, dans la pétaudière actuelle, aucune solution rationnelle ne sera pas mise en œuvre. On parle bien de "hot spots", nom branché de camps de rétention, mais nul n’est en mesure de dire ni combien il y en aura ni où et comment ils seront installés.

Bref, l’Europe va continuer à subir une vague d’immigration incontrôlée à la hauteur de la lâcheté, du désordre et de l’hypocrisie de ses dirigeants. On entend les rires des barbus de Daech monter depuis la Syrie.

La crise économique dans laquelle est empêtrée la majorité des pays européens notamment du fait d’un euro qui fonctionne surtout au bénéfice de Berlin, la quasi-faillite de leurs finances publiques et les problèmes communautaires posés par un islam réactionnaire en pleine expansion font que cette vague migratoire supplémentaire n’a aucune chance de s’intégrer facilement contrairement aux rêves éveillés de ceux qui oublient les difficultés non réglées durant ces trente dernières années malgré les fortunes dépensées en politique d’insertion.

La France, avec la duplicité et la couardise extrêmes qui caractérisent ses chefs actuels, adhère pour la forme à cette vaine doctrine des quotas. Comment prendre le risque de fâcher Angela quand on est endetté à ce point et qu’elle peut tarir le robinet d’arrivée d’euros frais en provenance de Francfort ?

Ayant regagné en quelques jours, grâce au conformisme des opinions et au rôle trouble des médias, une partie de la popularité perdue dans l’affaire grecque, l’Allemagne de Merkel va pouvoir se montrer plus intraitable encore avec les pays qui ne filent pas droit. Comment Mou-Président pourrait-il invoquer un devoir de solidarité et d’humanité entre partenaires quand son pays sera taxé d’égoïsme et d’insensibilité dans la crise migratoire ? Et les Allemands auront suffisamment de nouveaux nécessiteux à domicile pour se désintéresser du sort des Grecs, des Portugais ou même des Français. Ces derniers ont un sentiment grandissant de précarité, de ne plus pouvoir trouver en leur propre pays un refuge.

Avec la fragilité des marchés financiers, le ralentissement de la croissance et l’insondable chaos qui règne au Moyen-Orient et au Sahel, les chances qu’a Hollande de sortir de ce pétrin supplémentaire sont décidément fort minces. La déroute qui s’annonce aux régionales aura raison de toutes ses manœuvres. Même Le Monde ou Joffrin et son Obs à reluire ne pourront plus faire semblant de croire qu’il lui reste du temps devant lui après ses conférences de presse !

2 – Turquie l’a dit ?

Dans la masse des déclarations loufoques ou inquiétantes qui accompagne ces heures sombres, on relèvera celles du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu : "l’Europe se comporte en citadelle chrétienne".

Qui dit citadelle dit espace cerné et menacé non ? Et par qui et quoi donc ? Mais si, c’est un dirigeant turc qui s’exprime … Rappelons que ce charmant pays et son gouvernement étaient à deux pas d’entrer dans l’Union européenne avec un statut de membre à part entière il n’y a pas si longtemps. Ils sont encore candidats aux dernières nouvelles.

3 – Canal Moins

Le microcosme du cinéma à la française, gavé de subventions directes et indirectes, observe avec inquiétude une de ses pompes à fric émettre des bruits bizarres. Ce petit milieu découvre avec Bolloré un patron autoritaire qui le met au pas. Les professionnels de la profession, comme disait Godard, toussent un peu mais ils ont peur de ce gros bras et s’écrasent. Pour le dixième de ce que fait Bolloré à Canal + et i-télé, l’Etat aurait droit à des grèves à répétition et des kilomètres de pétition dans le secteur public audiovisuel. Le 29 juillet dernier, Médiapart a révélé que Bolloré était personnellement intervenu pour interdire la diffusion sur Canal Plus d'un documentaire critique sur le Crédit Mutuel. Qui a vraiment protesté ? Cet homme avait toutes les qualités pour qu’on lui confie les rênes de France Télévisions à la condition qu’il nous dispense du paiement de la redevance.

4 - Pourquoi tant de FN ?

Débarrassé de son encombrant géniteur, Marine Le Pen a décidé de revenir aux fondamentaux de son mouvement et, sans doute guidée par des sondages qui lui confirment l’opinion de ses électeurs potentiels, elle durcit le ton sur l’immigration, l’Europe, l’islam et le libéralisme économique.

La cohérence réactionnaire de son discours est un atout face à des partis qui déclarent tout et son contraire. Alors que la France aurait à la fois besoin d’une politique indépendante face à l’Europe, de fermeté laïque et de réformes libérales pour soigner sa sur-administration, la frontiste ne retient que les deux premiers volets et donne l’illusion d’un retour possible à une société protégée de tout changement. Cette stratégie est manipulatrice mais elle pourrait se révéler très payante dans le contexte d’angoisse décrit plus haut.

Du reste, le PS et ses relais médiatiques font tout, comme à leur habitude, pour valoriser le FN face aux autres partis de droite. Il en faut du courage pour rester optimiste dans la France d’aujourd’hui !

A lire, du même auteur : "La marche des lemmings… ou la 2e mort de Charlie - Le pouvoir de la manipulation et la manipulation au pouvoir", publié chez Ixelles Editions, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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