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"Le Monde, c'est Voici revu et corrigé par Mediapart."
©Reuters

Chronique du pot aux roses

Le Monde démission ! Les trois fautes des journalistes à l'origine de "l'affaire" Jouyet

Le vrai scandale de cette micro-comédie dérisoire réside dans le comportement du journal Le Monde et de ses deux journalistes auteurs du livre "Sarko s'est tuer".

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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1 - En Jouyet, fais ce qu’il te plaît

Franchement, qu’avons-nous à faire de ce qu’ont pu se dire Messieurs Jouyet, Fillon et un troisième larron dans ce restaurant parisien ? Nul secret planétaire n’a été révélé c’est sûr. Dans une France reléguée au rang de puissance subalterne plus personne n’en détient.

Fillon aurait fait savoir à Jouyet qu’il ne verrait pas d’un mauvais oeil que son adversaire Sarkozy soit aux prises avec des juges encore plus mordants ? Pis encore, il aurait incité Hollande à user de ce qu’il lui reste d’influence sur la magistrature pour mener la vie dure à l’ancien président ? Et alors ? Ce serait de bonne guerre et hautement naturel dans la compétition féroce des égos qui structure depuis toujours la politique. Tant qu’il ne lui a pas demandé la fabrication de fausses preuves, il n’a rien fait de grave. C’est de toute façon à la justice d’instruire objectivement les reproches faits à Sarkozy.

Du reste, si Fillon et Jouyet sont vraiment parvenus à tenir un déjeuner sans jamais évoquer la situation politique française, ils doivent être renvoyés à d’autres occupations. C’est leur métier, leur vocation, leur raison d’être que de parler magouilles. On les imagine mal se borner à évoquer les risques de la conduite à scooter pour un président en fonction ou un ex Premier ministre en vacances.

Le vrai scandale, dans cette micro-comédie dérisoire, ressortit plutôt du comportement du «Monde». L’ex quotidien de référence est saisi d’un hoquet plenelien en montant en épingle des affaires de corne-cul. Ses journalistes ont commis trois fautes.

Tout d’abord, présenter les dires de Jouyet comme établissant que Fillon avait bel et bien prononcé les paroles à l’origine du scandale. Il fallait au minimum utiliser le conditionnel et les guillemets car rien n’établissait que Jouyet n’était pas dans l’affabulation, la forfanterie ou la manipulation. Mais sans doute la parole d’un secrétaire général de l’Elysée, oligarque et haut fonctionnaire est-elle au dessus de tout soupçon pour ces investigateurs déférents ?

Le Monde a d’ailleurs persévéré puisque, alors que le troisième convive niait les propos rapportés, le journal continuait imperturbablement à écrire hier que : « l'ancien premier ministre François Fillon, coprésident par intérim de l'UMP, a incité la présidence de la République, en plein scandale Bygmalion, à peser sur le cours judiciaire des affaires visant son rival, Nicolas Sarkozy. Cette demande a été formalisée le 24 juin, lors d'un déjeuner entre M. Fillon et le secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, accompagnés ce jour-là de M. Gosset-Grainville.» Il serait peut-être temps d’être plus prudent, non ?

Deuxième faute, monter une mayonnaise digne de Holà et autres tralalas. Le Monde, c'est Voici revu et corrigé par Mediapart.

Pendant ce temps, on ne parle pas des émeutes en banlieue autour des lycées de Seine Saint Denis occupés, de la hausse du chômage, des mensonges budgétaires du gouvernement ou des conditions houleuses dans lesquelles les ministres doivent s’exprimer quand ils sont en déplacement en province.

Enfin, la pratique qui consiste à cafter ce qu’a dit Jouyet sous le sceau de la confidence afin de faire vendre un livre est détestable. C’est une sorte de terre brûlée journalistique. Après cela, les interviewés ne révèleront plus rien et les journalistes n’en sauront pas davantage que le premier quidam. Les deux folliculaires du Monde scient la branche sur laquelle est assise leur profession. Sans doute parce qu’à défaut d’une analyse politique originale, ils ne peuvent éventer que des remugles. Aggravant leur cas, ils se drapent désormais derrière le secret de leurs sources pour refuser de diffuser urbi et orbi leur enregistrement. D’ici à ce qu’il contienne des éléments gênants pour Le Monde ...

Laissons Jouyet bien au chaud et tranquille à l’Elysée. Il est le seul interlocuteur en qui son chef a encore confiance. Il a donc le douteux privilège de supporter les états d’âme mou-présidentiels. Rien que pour cela, il a droit à notre considération, presque notre compassion. Et il est parfait pour parachever le discrédit de son patron. Ce serait plutôt aux deux compères du Monde de chercher un travail ailleurs. Du reste, l’Elysée a manifestement besoin de renouveler son stock d’attachés de presse et de communicants.

2 - No future jobs

A la question de savoir en quoi Aubry a un projet différent de celui de Hollande, le premier lieutenant de la maire de Lille, Germain, a pris un air télévisuel ahuri avant de bredouiller : "Elle ferait davantage d’emplois d’avenir, il en faut 300 000". Le Monde, toujours lui, considère que l’atteinte de l’objectif des 150 000 est le meilleur résultat obtenu par le gouvernement. Et Hollande envisage d’en accroître le nombre "d’autant que cela ne coûte rien aux collectivités locales puisque ... c’est l’Etat qui paye !"

Naturellement, à aucun moment n’est posée la question de la pérennité de ces faux emplois et vrais culs de sacs. Le réveil des victimes de cette tromperie, trop heureux d’échapper temporairement du chômage, sera terrible quand ils seront rendus à la vraie vie, l’Etat étant incapable de les rémunérer plus longtemps.

Mais l’on n’est plus à une bombe à retardement près.

3 - Montebourg va-t-il tenter un LBO sur Dailymotion ?

Converti aux techniques financières et managériales les plus audacieuses après un séjour d’un mois dans une école de commerce, Montebourg va pouvoir passer aux travaux pratiques. Dailymotion est à vendre. Cela tombe bien : il connaît le dossier pour avoir fait capoter une opération de rachat par Yahoo.

Nouveau Tapie du raid sur les entreprises, Montebourg pourra ensuite réussir, comme capitaliste, ce qu’il a toujours raté comme ministre. Sauveur de Petroplus, des hauts fourneaux de Florange, d’Alstom énergie, de la fonderie Loiselet ou des marinières, il va nous en mettre plein la vue, c’est sûr.

4 - Future jobs

Chômeurs de longue durée, n’ayez crainte, vos ennuis vont prendre fin. Il vous suffit d’interpeller le président de la République dans un débat sur TF1 et hop ! Le tour est joué et un travail vous est miraculeusement proposé. C’est ce qui est arrivé, nous en sommes sincèrement heureux pour elle, à Joëlle Mediavilla, qui se morfondait après deux ans sans emploi.

C’est à regretter qu’Hollande n’hante pas en permanence nos étranges lucarnes.

A lire de l'auteur de cet article : "Français, prêts pour votre prochaine révolution ?", de Serge Federbusch, publié chez Ixelles, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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