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La loi Alur (accès au logement et à l'urbanisme rénové) de Cécile Duflot a été presque complètement validée par le Conseil constitutionnel.
La loi Alur (accès au logement et à l'urbanisme rénové) de Cécile Duflot a été presque complètement validée par le Conseil constitutionnel.
©Reuters

Le Nettoyeur

La loi sur le logement : nous sommes toujours dans le moyen-âge économique

Le Conseil constitutionnel a validé le projet de loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) de Cécile Duflot avec ses principales mesures - l'encadrement des loyers et la garantie universelle des loyers - qui se situent dans la droite ligne des philosophes scolastiques médiévaux, désireux d'interdire toute forme de commerce.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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La loi Alur (accès au logement et à l'urbanisme rénové) de Cécile Duflot a été presque complètement validée par le Conseil constitutionnel et va donc s'appliquer. Qu'en dire, sinon que cette loi montre une ignorance désastreuse et ne règlera rien ?

Déjà dans les années 90, Paul Krugman, économiste nobélisé en 2008, déplorait qu'on ne fait attention aux économistes que lorsqu'ils sont profondément divisés sur une question ; lorsqu'il y a un consensus scientifique sur un sujet, personne ne les écoute. Le logement en est l'exemple le plus pur et parfait.

Il y a des secteurs qui ne se conforment pas aux modèles économiques. Il y a des domaines où la simple loi de l'offre et la demande ne suffit pas à apporter la justice sociale. Cela, presque personne ne le nie. Mais le logement n'en fait pas partie. Le problème du logement en France se résume à deux problèmes : une absence de construction, qui empêche l'offre de répondre à la demande et donc augmente les loyers ; une sur-réglementation, qui crée une guerre larvée permanente entre propriétaires et locataires. Dans les localités où le logement n'est pas sur-réglementé, cette danse humiliante et si française, où il faut monter une infinie patte blanche, diplômes et garanties à l'appui, à la merci d'agents immobiliers et de propriétaires, juste pour espérer louer un trou à rats pour une fortune, n'existe tout simplement pas. La transaction se passe comme toutes les autres transactions : on vient, on tombe d'accord sur un montant, on paye.

Tout cela étant dit, quelles sont les principales mesures de la loi Duflot ?

La garantie universelle des loyers, d'abord. Que dire sinon que c'est une rustine sur une jambe de bois ? Oui, il y a un grave problème de justice sociale parce que certains ne peuvent pas apporter les garanties pour louer. Mais pourquoi ? Parce que les loyers sont sur-élevés à cause de l'absence d'offre et parce que les propriétaires savent pertinemment qu'ils ne peuvent sanctionner un locataire mauvais-payeur. La garantie universelle ne fait rien pour ça.

Ensuite, l'encadrement des loyers. Là, l'appellation de moyen-âge économique trouve tout son sens. On est là dans la droite ligne des philosophes scolastiques médiévaux qui voulaient interdire toute forme de commerce. Une littérature scientifique unanime témoigne des effets pervers de l'encadrement des loyers : rationnement et sous-investissement. Et les conséquences logiques du rationnement, le marché noir, avec des conséquences désastreuses pour certaines familles dans le contexte du logement.

Fondamentalement, le problème du logement en France est extrêmement simple : il y a plus de foyers que de logements. C'est de la logique élémentaire. Un enfant de trois ans qui a plus de cubes que d'emplacements pour ses cubes dans son jeu sait qu'il ne pourra pas y mettre tous ses cubes. On peut faire ce qu'on voudra, s'il y a plus de foyers que de logements, il y aura des foyers qui auront du mal à se loger. Pas besoin d'un doctorat en économie pour comprendre ça.

Une fois ces choses dites, on pourrait avoir une lecture politicienne de cette terrible loi : ah, voilà encore la Gôche, prise dans ses idéologies crypto-communistes, qui n'accepte pas le réel. Oui, sauf que depuis 15 ans la droite a été au pouvoir beaucoup plus longtemps que la gauche et n'a rien fait. Pourquoi ? Parce que l'ignorance économique en matière de logement est aussi bien ancrée à droite qu'à gauche.

Une politique de logement qui viserait vraiment à mettre fin à la crise, on l'a dit, chercherait à libérer l'offre - donc, en clair, à permettre et favoriser la construction de nouveaux logements. Le problème, c'est que la droite s'y refuse autant que la gauche. Pourquoi ? Parce que son cœur de cible électoral ne veut pas en entendre parler. Les valeurs immobilières s'envolent en France depuis des décennies à cause de ce contrôle de la construction. Les propriétaires sont aussi ceux qui tiennent la société française : les baby-boomers. Et ceux-ci ne tolèreront jamais une politique qui fasse baisser la valeur de leurs logements. Sous la mandature Sarkozy, le gouvernement avait timidement proposé une loi qui aurait permis la construction de plus de logements et s'était vite ravisé face à la levée de boucliers des élus locaux, presque tous de droite (et qui, en France, sont souvent aussi élus nationaux). A l'époque, c'était la presse de droite qui s'était étranglée du scandale d'une loi “anti-propriétaires”.

La gauche est peut être coupable par son ignorance. Mais la droite est coupable par sa lâcheté. Et la crise du logement, microcosme de la crise d'une société tenue par une aristocratie accrochée à ses privilèges, continue.

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