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Kippa et terrorisme : pour Zemmour et Brauman ce sont les juifs qui portent le chapeau
©Reuters

Chapi-Chapo

Kippa et terrorisme : pour Zemmour et Brauman ce sont les juifs qui portent le chapeau

A l'extrême droite comme à l’extrême gauche, on suggère aux juifs de disparaître pour éviter les coups de machette.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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J'aime bien quand un type d’extrême droite et un type d'extrême gauche en arrivent exactement aux mêmes conclusions par des raisonnements, au moins en théorie, contradictoires. Ça me conforte dans mes propres préjugés, qui sont qu'ils sont l'un et autres totalement à côté de la plaque, enfermés qu'ils sont dans leur radicalisme imperturbable.

 

Le type d’extrême droite, c'est Zemmour qui, sur RTL, explique en substance que si les juifs qui portent une kippa se font hacher menu, ce n'est pas parce qu'ils sont juifs mais précisément parce qu'ils portent une kippa. Dans le temps, développe-t-il dans la fable qu'il aurait pu titrer « La machette et la kippa », les juifs étaient transparents et tout allait bien. La preuve, c'est qu'ils se plaignent d'avoir été rendus visibles par Pétain et Hitler avec les conséquences que l'on sait, le mini-chapeau de soleil dont ils se couvrent volontairement la calvitie n'étant pourtant qu'un nouvel avatar de l'étoile jaune qu'on les forçait à se coudre sur le paletot...

 

Qu'ils disparaissent et ils ne disparaîtront plus, en quelque sorte...

 

Le type d'extrême gauche, c'est Rony Brauman qui, sur Europe 1, assure que si les juifs qui portent la kippa se font descendre, c'est plutôt parce que le signifiant implicite du petit galurin, c'est le soutien qu'ils offrent à la stratégie du gouvernement israélien, ce qui met légitimement les adolescents antisionistes en pétard (« Avec le port de la kippa on affirme une affiliation politique, un signe de fidélité à l’État d’Israël et c’est plus problématique, un signe allégeance à la politique de l’État d’Israël »).

 

Qu'ils cessent de démontrer leur allégeance symbolique à ce terrible régime et ils ne seront plus découpés à la machette dans les rues de Marseille.

 

C'est d'une simplicité, comment dire, biblique.

 

On pourrait leur signaler, à l'un comme à l'autre, que ce n'est manifestement pas parce qu'ils portaient une kippa que des gens ont été mitraillés au musée juif de Bruxelles ou à l'Hyper Casher de Vincennes, mais sans doute rétorqueraient-ils que fréquenter ces lieux est simultanément la marque d'un soutien à Netanyahu et le désir malsain de se singulariser en faisant leur marché.

 

Le port de la kippa, et il se dit suffisamment de choses sur le sujet depuis quelques jours pour que tout le monde en soit informé je suppose, n'est ni l'expression d'un positionnement géopolitique, ni celle d'une aspiration au retour au ghetto. Juste une prescription religieuse suivie par une infime minorité de juifs (franchement, vous en voyez beaucoup, des kippas ?) dont on souhaiterait surtout qu'elle laisse les citoyens d'un pays moderne, tolérant et démocratique indifférents. Et au minimum qu'elle ne devienne pas le nouveau moyen de rendre des victimes responsables de leur infortune. On le voit, c'est pas gagné.

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