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Jean-Louis Borloo a réussi son entrée dans la cour des présidentiables possibles pour 2012.
Jean-Louis Borloo a réussi son entrée dans la cour des présidentiables possibles pour 2012.
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« Politico Scanner »

La bataille du Centre : Borloo, le candidat qui gêne tout le monde !

A la fois loyal à la majorité mais autonome, Jean-Louis Borloo a réussi son entrée dans la cour des présidentiables possibles pour 2012. Une arrivée qui pourrait faire de l’ombre à beaucoup d’autres candidats.

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier est député de Loir-et-Cher et vice-président délégué des Républicains. Il a été professeur d'histoire-géographie, chef d'entreprise et porte-parole de Nicolas Sarkozy.

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Comment a été perçue la stratégie d’affirmation politique et médiatique de Jean-Louis Borloo suite à l’annonce de sa sortie de l’UMP ?

Guillaume Peltier : C’est ce que l’on appelle une entrée réussie : du suspense, une sortie médiatique à la fois loyale et distante avec le Président de la République lors  de la visite du chantier Seine Nord, une grande émission politique en prime time face à Arlette Chabot et des sondages favorables tout le week-end…

Car si Borloo se situe bien « dans la majorité », il veut marquer son autonomie. Celui qui serrait de près Sarkozy à Troyes, en novembre dernier, quand il espérait encore une nomination à Matignon, a pris désormais ses distances. Et rêve à l’alternance. Alternance. Le mots est lâché et illustre à merveille l'idée que se fait de lui-même le troisième homme. Une autre voie, une autre option entre l'UMP et le PS. Après Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Hervé Morin, Dominique de Villepin, et, bien sûr, François Bayrou, Jean-Louis Borloo s'est lui-même présenté ainsi. C'est ce qu'il a laissé entendre jeudi soir sur le plateau d'À vous de juger, sur France 2. « Le parti radical va proposer d'organiser l'aile sociale, l'aile humaniste de la majorité, a-t-il promis à Arlette Chabot. (…) Vous pouvez considérer qu'il y a une nouvelle formation, une alliance républicaine ». 

 

Quelles seraient les conséquences d’une candidature Borloo à la présidentielle ?

GP : Et cette nouvelle donne porte en elle d’innombrables conséquences sur l’échiquier politique ; la candidature de Jean-Louis Borloo affaiblirait tout à la fois :

- François Bayrou qui perdrait alors le monopole du Centre et verrait sa stratégie du « ni droite, ni gauche » mise à mal,

- Dominique de Villepin dont l’espace politique se réduirait comme peau de chagrin voyant s’éloigner l’indispensable plancher des 5%, nécessaires au remboursement des comptes de campagne,

- Dominique Strauss-Kahn qui verrait une part non négligeable des électeurs du centre, déçus par Nicolas Sarkozy, et qui lui assuraient jusque là un confortable matelas électoral, se réfugier vers le « sauveur de Valenciennes »,

- Nicolas Sarkozy qui aurait bien besoin des trois ou quatre points que pourrait capter Jean-Louis Borloo au sein de l’électorat présidentiel pour se qualifier avec certitude pour le second tour de l’élection présidentielle,

- Nicolas Hulot ou Eva Joly dont les intentions de vote peinent à décoller et qui se verraient concurrencer par l’homme du Grenelle de l’environnement…

Il n’est, semble t-il, que Marine Le Pen qui doit se réjouir de ces perspectives qui pourraient lui assurer une 2ème place au printemps prochain, même si elle devra surveiller avec attention le discours sincère et social porté par Jean-Louis Borloo, lors de l’émission A vous de juger , entre autres sur la question majeure de la mondialisation.

Quoi qu’il en soit, loin de ces analyses, 60% des Français, interrogés par l’IFOP pour le Journal du Dimanche, estiment que pour avoir les plus grandes chances de gagner la prochaine élection présidentielle, la droite et le centre-droit devraient présenter au premier tour deux candidats : un avis partagé par 44% des sympathisants UMP, ce score se situant en décalage avec la stratégie présidentielle de ne présenter qu’un candidat à droite.

Après sa sortie spectaculaire de l'UMP, l'ancien ministre peut voir loin. L'enquête de l'IFOP pour le JDD conforte sa stratégie. Seuls 38% défendent l'hypothèse d'une candidature unique, c'est-à-dire celle du Président sortant.

Question : pour avoir les plus grandes chances de gagner la prochaine élection présidentielle, la droite et le centre-droit... ?

 

 Ensemble

 Sympathisants  MoDem

 Sympathisants  UMP

 Sympathisants FN


 (%)

 (%)

 (%)

 (%)

•   Devraient présenter au premier tour deux candidats, Nicolas Sarkozy et par exemple Jean-Louis Borloo            

 60

 63

 44

 59

•   Ne devraient présenter au premier tour qu’un seul candidat, Nicolas Sarkozy     

 38

 32

 56

 36

Aucune de ces 2 propositions (réponse non suggérée)      

 2

 5

-

 

Ne se prononcent pas     

-

-

-

 1

            TOTAL           

 100

 100

 100

 100

 

Quel est l’état des forces en présence de l’offre politique au centre ?

Et surtout, Jean-Louis Borloo semble avoir réussi la première manche de la bataille du Centre : pour la première fois, il devance François Bayrou selon l’IFOP. Avec 37%, il gagne 5 points en trois mois comme « personnalité incarnant le plus les idées du Centre ». Et devance François Bayrou (36%, -5). Dominique de Villepin et Hervé Morin sont loin derrière.

Dans le détail, l’ancien Ministre de l’Ecologie récolte ses meilleurs résultats chez les plus de 65 ans (53% contre 21% à François Bayrou), les habitants du Nord-est (40% contre 34%), les ruraux (39% contre 33%) et les sympathisants de droite (41% contre 28%).

Mais le patron du Modem conserve de sérieux atouts, malgré une actualité qui ne lui est pas favorable : il garde une nette longueur d’avance chez les jeunes de moins de 35 ans (48% pour Bayrou contre 21% pour Borloo), auprès des catégories populaires (41% contre 23% chez les ouvriers) comme parmi les sympathisants de gauche (40% contre 33%).

Des arguments lourds pour le Béarnais qui conserve l’avantage d’avoir été le 3ème homme en 2007. Borloo a réussi son entrée. A lui de confirmer dans la durée : de « candidat naturel » à 3ème homme, il y a un pas de géant. Et François Bayrou en sait quelque chose lui qui avait raté 2002 avant de triompher en 2007…

Question : parmi les personnalités politiques suivantes, laquelle selon vous, incarne le plus les idées et les valeurs du Centre ?

 

Rappel

Novembre 2010[1]

Rappel

Décembre 2010[2]

Rappel

 Janvier 2011[3]

 

Ensemble

7 et 8 avril 2011


(%)

(%)

(%)

(%)

•   Jean-Louis Borloo  

24

31

32

37

•   François Bayrou     

41

44

41

36

•   Dominique de Villepin        

23

15

19

19

•   Hervé Morin           

9

10

7

7

 Aucune de celles-ci (réponse non suggérée)

2

-

1

 

Ne se prononcent pas            

1

-

-

-

            TOTAL           

100

100

100

100

 

Y’a-t-il des enjeux spécifiques à la candidature Borloo ?

Jérôme Fourquet : Oui, sur le papier, on peut dire que Jean-Louis Borloo dispose d’avantages qui manquent souvent aux centristes par ailleurs.

Un élément géographique d’abord : le Nord-est de la France (Nord-Pas de Calais, Picardie, Champagne-Ardennes), industriel et populaire a toujours fait défaut au centre que ça soit pour Bayrou en 2007 ou Balladur avant lui. C’est en captant notamment une partie de l’électorat populaire de ces régions que Nicolas Sarkozy avait construit  sa victoire. Il sera intéressant de voir si Jean-Louis Borloo, « l’homme de Valenciennes » (qui a mis en avant cette expérience plusieurs fois la semaine dernière sur France 2) saura capitaliser dans sa région d’élection et en faire une base électorale.

Autre terre de mission pour le centre-droit : les banlieues. Est-ce que Borloo, le créateur du plan de rénovation urbaine, flanqué de Fadela Amara et Rama Yade est capable de capter cet électorat de banlieue ou devra-t’ il se battre avec les autres candidats pour les voix des centre-villes et du grand ouest centriste protégé des délocalisations et de la crise ?



[1] Sondage Ifop pour France Soir réalisé par téléphone du 10 au 12 novembre 2010 auprès d’un échantillon national représentatif de 956 personnes.

[2] Sondage Ifop pour France Soir réalisé par Internet du 7 au 9 décembre 2010 auprès d’un échantillon national représentatif de 1006 personnes.

[3] Sondage Ifop pour France Soir réalisé par téléphone du 13 au 14 janvier 2011 auprès d’un échantillon national représentatif de 957 personnes.

 

Guillaume Peltier pour la Lettre de l'opinion

Jérôme Fourquet pour l'IFOP


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