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63% des Français se sont déclarés favorables à l'intervention militaire française au Mali, contre 37% qui s'y sont dits hostiles.
63% des Français se sont déclarés favorables à l'intervention militaire française au Mali, contre 37% qui s'y sont dits hostiles.
©Reuters

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Intervention au Mali : que peut-on déduire des guerres précédentes pour prédire l'évolution de l'opinion des Français sur le conflit ?

Selon un sondage Ifop pour La Lettre de l'Opinion, 63% des Français se disent favorables à une intervention militaire française au Mali. Le consensus national pourrait toutefois très vite s'effriter si le conflit s'enlise.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Interrogés par l'Ifop pour La Lettre de l'Opinion, près des deux tiers des Français (63%) se disent favorables à une intervention militaire française au Mali. C'est un score relativement élevé qui montre qu'un consensus national prévaut - du moins pour le moment. Le soutien de l’opinion à cet engagement au côté du gouvernement malien se situe à un niveau supérieur à celui mesuré à l’époque de l’intervention en Afghanistan (55% de soutien en octobre 2001), dans un contexte, à l’époque déjà, de lutte contre des mouvements islamistes armés. Toujours à titre de comparaison, mais cette fois dans un contexte un peu différent, 66% des Français soutenaient l’engagement de nos forces au lendemain des premières frappes aériennes sur la Libye, en mars 2011.

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Sur un plan politique, on constate un large consensus. Toutefois, si toutes les catégories de population interrogées soutiennent majoritairement l’intervention armée, des écarts se font jour : les sympathisants du PS, historiquement moins prompts à soutenir un engagement militaire que les sympathisants de droite, s’alignent cette fois-ci et logiquement sur la décision de François Hollande : 77% y sont favorables contre 63% des personnes proches de l’UMP. Ces chiffres étaient inversés au moment de l'intervention en Libye. On peut donc observer ici un réflexe partisan : les sympathisants socialistes sont davantage favorables à une intervention au Mali qu'ils ne l'étaient pour une intervention en Libye puisque c'est désormais François Hollande qui porte les habits du général en chef.

Comme lors des enquêtes réalisées pendant les épisodes syriens ou libyens, les interviewés proches du Front de gauche soutiennent moins la démarche de guerre engagée ce week-end que ceux du PS, même si 68% d’entre eux soutiennent tout de même l’engagement militaire français.

Comment expliquer qu'une large majorité des Français soutiennent cette intervention ? Par réflexe patriotique peut-être. Il s'agit d'un pays ami, le Mali, qui demande l'intervention de la France. Il y a aussi l'argument mis en avant par la communication de l'Elysée : si la France n'intervient pas, c'est le Mali tout entier qui pourrait tomber aux mains de islamistes, et la menace pourrait ensuite s'étendre à toute la région du Sahel. C'est peut-être et avant tout pour cette raison que l'opinion publique soutient le gouvernement.

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Les sympathisants du Front national, dont les enquêtes montrent usuellement une tendance plus isolationniste sur les questions internationales, ne soutiennent que d’une courte majorité l’intervention française (53%). Il est intéressant de noter que ces électeurs sont ceux qui soutiennent le moins l'intervention, mais en termes d'intensité c'est chez eux qu'on trouve le plus de personnes "tout à fait favorable" à cette opération (31% contre 22% en moyenne). Du reste, il existe une fraction importante des électeurs FN qui se méfient des "aventures extérieures" et qui préfèrent qu'on s'occupe des affaires françaises plutôt que de verser le sang de nos soldats sur des théâtres d'opération lointains.

Il est difficile de comparer l'opération menée au Mali à celle conduite en Afghanistan qui s'inscrivait dans la durée. Les premières frappes ont débuté en octobre 2001, 11 ans plus tard des soldats sont encore sur le terrain. C'est une très grande différence - pour l'instant - par rapport au Mali. Par ailleurs, le contingent envoyé en Afghanistan était très important, avec des troupes au sol et donc des pertes élevées.

L'intervention menée actuellement au Mali me semble comparable à celle menée en Libye : d'une courte durée et essentiellement cantonnée à des opérations de bombardements aériens (moins risquées pour les troupes). Toutefois, on a pu au fil du temps observer une érosion de l'opinion en faveur de l'intervention en Libye : 66% des sondés y étaient favorables fin mars 2011, 58% début avril, et enfin 49% fin août. Il était donc heureux que Kadhafi tombe car le soutien populaire avait chuté en dessous de la barre symbolique des 50% après seulement quelques mois d'opération. Même sur un engagement limité comme celui-ci, on voit bien qu'un soutien très fort de l'opinion peut très rapidement s'effondrer, notamment si le public a l'impression que le conflit s'enlise et qu'il n'y a pas de résultats tangibles. Les frappes peuvent aussi conduire à des dégâts collatéraux, avec par exemple des pertes civiles.

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Comme pour l'opération qui s'est déroulée en Libye, les premières frappes menées au Mali sont placées sous le signe de l'urgence. Souvenez-vous : elles ont permis d'éviter le bain de sang et la prise de Benghazi. Des reportages ont montré la population en liesse dans les rues et les dégâts occasionnés sur les infrastructures des troupes fidèles à Kadhafi. On a clairement pu constater les effets concrets de l'opération à ses débuts. En revanche, pendant les mois qui ont suivi, on a vu des immeubles détruits sans vraiment savoir à qui cela pouvait nuire ou profiter. Le même  type de scénario pourrait se produire au Mali. Le mode opératoire est similaire mais les contextes de guerre entre les deux opérations sont toutefois très différents : il s'agit ici de défendre un gouvernement en place contre des groupes islamistes armés, alors qu'en Libye il s'agissait de faire tomber le gouvernement en place.


Méthodologie : Enquête réalisée du 12 au 13 janvier 2013 sur un échantillon de 1 021 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de chaque échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interview).

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