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Lassée des sollicitations et insultes lancées en pleine rue par certains hommes, une étudiante belge a décidé de dénoncer le "harcèlement de rue" dans un film qui fait le tour d'internet et suscite une avalanche de témoignages sur Twitter.
Lassée des sollicitations et insultes lancées en pleine rue par certains hommes, une étudiante belge a décidé de dénoncer le "harcèlement de rue" dans un film qui fait le tour d'internet et suscite une avalanche de témoignages sur Twitter.
©Reuters

Revue de blogs

"Connasse", "chienne", "salope" : Harcelées dans la rue, les femmes témoignent sur Twitter

Depuis la diffusion de la vidéo d’une étudiante belge sur le harcèlement de rue, les langues se délient. Un hashtag #harcèlementderue vient même de voir le jour sur Twitter.

Au creux de l'été, un petit film de fin d'étude d'une étudiante en cinéma belge et un reportage de la radio télévision belge, ont fait exploser en France sur Twitter un débat inattendu sous le hashtag #harcèlementderue : on y trouve une vague de témoignages sur le malaise et le ras-le-bol des femmes soumises aux sifflets, aux commentaires lascifs supposés être flatteurs, aux propositions "lourdes" et très souvent aux insultes qu'elles subissent dans la rue. Sophie Peeters, la réalisatrice du film en caméra cachée sur son quotidien à Bruxelles a été interviewée par le JT belge.

Depuis, le harcèlement de rue provoque sur les blogs et réseaux sociaux tous les clashs attendus entre hommes et femmes, comme l'affaire DSK en son temps avait provoqué une belle remise à niveau des hommes et des journalistes sur la différence entre "chaud lapin" et "malade compulsif".

"Les hommes ? Ils ne comprennent pas"

Comme durant l'affaire DSK, le ton monte vite. "Quelle affreuse déconvenue de constater les réactions de certains suite à la circulation de cette info, en mode 'oh ça va hein les meufs, vous allez pas nous en faire tout un plat non plus'... Et ben si. Tout un plat." Sur Madmoizelle, une chroniqueuse constate  : "Il est difficile pour un mec de se rendre compte de l’ampleur du problème, déjà parce qu’il est assez rare que nous, femmes, accostions un mec dans la rue pour lui dire “Pssst, pssssttttt, eh jeune homme, eh viens voir ! AZY VIENS VOIR J’VAIS PAS T’BOUFFER ! Pffff, sale tapette va !”.

Le monde à l'envers..."Science-fiction",animation GIF sur le compte Twitter de @nosmi

Almira Gush est passée de Twitter à son blog, I hate mondays, pour tenter d'expliquer son ras-le-bol, en décrivant ses expériences du harcèlement de rue et lister les cas de figure : la bande d'ados lourds, le vieux aviné, le faux chevalier-servant, l'handicapé entreprenant... L'espace commentaire est devenu un forum de discussion et la vitrine de tous les malentendus.

Les hommes ne comprennent pas, ou mal. Un anonyme dans les commentaires : "Elle sont dures vos vies, ça vaut vraiment le coup d'en faire un reportage, un hashtag et de nous casser les couilles. Cette manie de vous inventer des problèmes, on devrait vous envoyer dans un pays du tiers monde pour vous redonner le sens de la mesure". Certaines harcelées, comme prennent le chemin le plus court, la contre-agression : "Je me souviens il y a quelques années, je rentrais du lycée,  j'avais 16 ans à l'époque, un mec passe à vélo et me touche les fesses, j'ai juste eu le temps de le rattraper par le T-shirt et ça l'a fait tomber de son vélo, il était étalé par terre je me suis baissée et je lui ai dit la prochaine fois que tu fais ça, je te pète ta gueule". 

Tout au long des centaines de commentaires que provoque cette prise de parole, les femmes ont du mal à faire comprendre que "ça n’est pas d’ 'une remarque flatteuse de temps en temps' dont on parle", Dans "Le harcèlement de rue, cette épuisante banalité", une "j'en peux plus" harcelée liste les remarques:  

"Quel genre de remarques ? Hmmm voyons…“Eh madmoiZelle, t’as pas un 06 ?" "Eh petite coccinnelle, viens voir deux s’condes !" "Ho la pute là-bas, tu suces ?" “Eh salope ! Eh grosse pute ! Eh viens voir deux minutes !” “Hmmmmm… charmaaaante….” “Joli p’tit cul !” “Hmm, c’est beau ça, j’peux toucher ?” “Vous êtes charmante mademoiselle !” “Eh eh eh ! Eh t’as un mec ? Vas-y viens, monte, j’vais t’montrer c’est quoi un vrai mec !” “Sssssssssalope !” “VIENS M’BAISER GROSSE PUTE !” “Pourquoi tu fais la gueule ? T’es tellement plus jolie quand tu souris ! Allez, fais moi un sourire !!” 

Du côté des hommes, Spyou cherche à calmer le débat, sans grand succès : "Assimiler un compliment du type 'Vous êtes charmante' à du harcèlement, même quand il est dit sur le ton qui convient aux relations sociales normales, je dis stop". Les pères de jeunes filles comprennent, eux, et craignent ce qui peut toujours suivre le "compliment" salace de rue. 

Le harcèlement "ethnique"

Versant plus sombre de ce débat : en Belgique comme en France, des voix se sont déjà élevées contre les commentaires racistes que facilite le film de Sofie Peeters, qui a filmé dans un quartier majoritairement peuplé d'immigrés de Bruxelles. Garance, une association qui lutte contre les violences faites aux femmes, met en garde : "une analyse qui semble imputer ces comportements à une 'frustration sexuelle' liée à une culture où la sexualité est encore taboue. Mais ce harcèlement n’est pas une expression de la sexualité, mais d’un rapport de pouvoir (...) Si on peut douter que les auteurs de ces comportements soient à '95% maghrébins' il est certains qu’ils sont à 100% masculins". En France, une chercheuse en sciences sociales remarque aussi la pente raciste que prend le débat dans de nombreux commentaires : "En ce qui concerne l’ethnique et les violences faites aux femmes, une chose est remarquable : l’autre est toujours pointé du doigt, dénoncé comme l’origine du mal. Les violences conjugales ? Une affaire d’hommes 'd’origine étrangère' et de 'classes populaires' ! Le viol ? Une affaire d’hommes 'd’origine étrangère' et de 'classes populaires' "

Légiférer ? 

En Belgique, l'échevin de Bruxelles a promis d'intervenir en verbalisant les harceleurs. Dans une autre ville belge, Maline, on pense à des femmes policiers "appâts", pour piéger les harceleurs sur le fait. Sur Twitter France, la Ministre des droits des femmes Najat Belkacem a tweeté son soutien aux intervenantes de #harcelementderue, et promet que la loi tout juste ratifiée sur le harcèlement sexuel. le prendra en compte, sans que l'on sache très bien comment. ": la nouvelle loi s’appliquera partout. La libération de la parole des femmes est importante. Restons mobilisé(e)s !"

En attendant, le site de signalements de harcèlements "IHollaback" a mis en ligne une stratégie en 13 points pour se défendre du harcèlement de rue et Infokiosque, le "Petit Manuel à l'usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder"...

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