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Bocuse, par Gautier Battistella, éditions Grasset

16 janvier 2026

Gautier Battistella : « Bocuse n’aura jamais cessé de cuisiner son enfance »

Après Chef, son précédent livre mariant déjà gastronomie et littérature (Grasset, 2022) — ouvrage subtil couronné par le prix Cazes — et qui, avec ce personnage de chef triomphant quoique désespéré, évoquait déjà vaguement Paul Bocuse, Gautier Battistella (écrivain et ex‑contributeur du Guide Michelin) publie en ce début 2026 son nouvel ouvrage : Bocuse, aux éditions Grasset. Dix fois meilleur qu’une biographie, fût‑elle accomplie, ce roman‑vrai fera date. La force intérieure de Bocuse, avec ses failles, telle que la ressent et la peint Battistella, est saisissante : une sorte de radiographie de l’âme. Comme tout bon journaliste, Battistella enquête partout, tout le temps. Et comme tout écrivain digne de ce nom, il comprend ce qu’on ne lui dit pas. Ceux‑là mêmes qui ont bien connu Paul Bocuse découvriront ce qu’ils ne savaient pas, ou pas assez, car la fiction de Battistella est en quelque sorte une psychanalyse de Bocuse. Celui que la terre entière a cru connaître (cf. la suprématie de la gastronomie française), mais que très peu de proches comprenaient vraiment, se révèle en sa vérité troublante (cf. les pouvoirs de la littérature). Battistella a beaucoup lu, y compris Lacan. Il perçoit très bien cette part de mystère caractérisant l’intériorité de Bocuse, avec ses ombres et ses cachotteries, qu’il éclaire dans le respect et avec subtilité. Il apprécie le côté conquérant de ce champion du monde de la gourmandise parfaite, tout en mesurant le pourquoi du comment de ses failles secrètes et de ce désespoir qui envahissait parfois l’homme en quête de ses vérités. Il y a chez l’auteur de ce roman‑vrai de l’admiration pour son personnage, et cette compassion que nous ressentons pour un ami soudain éprouvé. Autant de choses qui donnent à cette fiction à nulle autre pareille un éclat saisissant. AG

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A PROPOS DES AUTEURS

Annick GEILLE est journaliste-écrivain et critique littéraire. Elle a publié onze romans et obtenu entre autres le Prix du Premier Roman et le prix Alfred Née de l’académie française (voir Google). Elle fonda et dirigea vingt années durant divers hebdomadaires et mensuels pour le groupe « Hachette- Filipacchi- Media » - tels Playboy-France, Pariscope et « F Magazine, » - mensuel féministe (racheté au groupe Servan-Schreiber par Daniel Filipacchi) qu’Annick Geille baptisa « Femme » et reformula, aux côtés de Robert Doisneau, qui réalisait toutes les photos d'écrivains. Après avoir travaillé trois ans au Figaro- Littéraire aux côtés d’Angelo Rinaldi, de l’Académie Française, AG dirigea "La Sélection des meilleurs livres de la période" pour le « Magazine des Livres », tout en rédigeant chaque mois pendant dix ans une chronique litt. pour le mensuel "Service Littéraire". Annick Geille remet depuis sept ans à Atlantico une chronique vouée à la littérature et à ceux qui la font : « Atlantico-Litterati ».