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"Le FN progresse sur la crise politique de défiance et la crise sociétale de la peur de l’avenir et du repliement sur soi, bien d’avantage que sur l’adhésion à des solutions."
"Le FN progresse sur la crise politique de défiance et la crise sociétale de la peur de l’avenir et du repliement sur soi,  bien d’avantage que sur l’adhésion à des solutions."
©Reuters

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FN : là où sa progression est en trompe-l'œil, là où il gagne vraiment du terrain

Si le FN a récolté plus de 40 % des suffrages lors de l'élection cantonale partielle à Brignoles, le nombre de voix totalisées n'a pourtant pas progressé par rapport à la précédente cantonale. Parler d'une percée du parti frontiste est exagéré, mais estimer que son score est en trompe-l'œil serait un peu court.

Xavier  Chinaud

Xavier Chinaud

Xavier Chinaud est ancien Délégué Général de démocratie Libérale et ex-conseiller pour les études politiques à Matignon de Jean-Pierre Raffarin.

Aujourd’hui, il est associé du cabinet de stratégie ESL & Network.

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Atlantico : A Brignoles si le score du Front national (FN) a augmenté en termes de pourcentage de suffrages exprimés, le nombre de voix totalisées par le parti n’a pas progressé. Peut-on en déduire que la progression du FN est finalement en trompe l’œil ? Plus qu’une percée du FN, s’agit-il d’une érosion des autres partis ?

Xavier Chinaud : Le FN ne progresse effectivement pas en nombre de voix, mais qualifier son score en trompe l’œil est un peu court.

Le parti d’extrême droite bénéficie effectivement à la fois de sa capacité de mobilisation et de la démobilisation des électeurs du PS et de l’UMP, mais l’analyse d’une élection partielle ne doit pas pour autant conduire à des conclusions définitives, notamment pour le prochain renouvellement municipal.
Une percée doit s’appuyer sur un renouvellement général ou sur une élection nationale, elle est possible et envisageable dans au moins un des scrutins prévu en 2014, mais dans un système électoral ou seuls sont pris en compte les suffrages exprimés dans l’affichage des résultats (excluant non votants comme vote blanc) il faut prendre un peu de recul avec les pourcentages, qu’ils soient ceux d’une élection partielle ou ceux d’un sondage.
Scores en voix des élections à Brignoles depuis 2004

Source : ministère de l'Intérieur
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Quel rôle l’abstention joue-t-elle dans la progression générale du FN ? 

Le premier parti de France dans les partielles, c’est celui de l’abstention, si sa hauteur est toujours plus grande dans ce genre d’occasions, d’autres éléments peuvent accentuer ceci.
Une élection  partielle occasionnée par une  affaire "de type Cahuzac" n’incite pas à la mobilisation et le choix d’un candidat communiste pour "rassembler la gauche" n’a pas fait ses preuves non plus récemment.
Donc, oui l’abstention permet pour un nombre équivalent de voix obtenues par le FN d’avoir un score beaucoup plus important en pourcentage et occasionne beaucoup d’excès dans les commentaires politiques, mais ceci ne doit pas cacher la faiblesse des scores obtenus par les autres candidats.
On peut espérer qu’une majorité d’électeurs se déplaceront pour voter lors des prochaines élections municipales, l’élément de mobilisation sera très important pour chaque camp, mais l’autre donnée qui comptera résidera aussi dans le pourcentage d’électeurs votants qui le feront pour des considérations nationales et non seulement communales.
Ce que vous nommez "trompe l’œil" du seul fait de l’abstention pourrait se révéler plus concret dans l’expression d’un "ras le bol" national.

Résultats de l'élection législative partielle à Villeneuve-sur-Lot après la démission de Jérôme Cahuzac au mois de juin 2013

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Source : ministère de l'Intérieur

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Source : ministère de l'Intérieur

Cette progression est-elle en trompe l’œil sur le reste du territoire ? Sur quels territoires observe-t-on une réelle dynamique du Front ? Comment l’expliquez-vous ? 

Depuis une vingtaine d’années le FN a progressé en plusieurs phases, d’abord depuis les zones économiquement les plus défavorisées (dans le Nord ou dans l’Est), ou les plus "réactives" (autour du bassin méditerranéen), puis ce fut dans le péri-urbain ; récemment de manière plus uniforme sur tous les territoires, qu’ils soient urbains, péri-urbains ou ruraux.
Nier cette réalité serait une erreur, de même qu’aujourd’hui se déclarer électeur du FN est  beaucoup plus courant et assumé qu’autrefois, une progression réelle se mesurant chez les jeunes.
Une majorité de français est "du mauvais côté de la barrière" dans leur vie économique et sociale, dans leur crainte de l’avenir, l’extrême droite joue de cela quand la majorité s’enlise dans la gestion de ses équilibres internes et l’opposition dans ses querelles et sa critique systématique.
Plus que sur les territoires, le trompe l’œil réside plutôt dans l’absence de débat de fond sur les propositions et sur les conséquences qu’elles impliqueraient si elles étaient un jour appliquées.Le FN progresse sur la crise politique de défiance et la crise sociétale de la peur de l’avenir et du repliement sur soi,  bien d’avantage que sur l’adhésion à des solutions.

Le FN espère réussir une percée aux municipales de 2014. Dans quelles régions peut-il espérer remporter des villes ?

C’est dans ses zones "historiques" d’implantation que le FN peut espérer emporter quelques mairies, telles PACA, Languedoc-Roussillon, Nord-Pas de Calais, mais en l’état actuel des projections, il ne s’agirait pas de grandes villes (+ de 30 000 habitants).

Par contre le FN est en situation de faire rentrer des centaines d’élus dans les conseils municipaux, en se maintenant au deuxième tour dans un nombre important de communes de grandes tailles, en "plaçant" des colistiers dans les villes plus petites, souvent d’ailleurs derrière le masque de "divers droite".
Enfin, le FN sera possiblement en situation de troubler le 'jeu' politique dans un certain nombre de villes et donc nationalement par son attitude et plus encore par celle des autres formations par rapport à lui dans les opérations de deuxième tour, c’est son objectif politique et la balkanisation des partis traditionnels en est un engrais.

Quels enseignements peut-on tirer des trois dernières élections partielles (législatives dans l’Oise et à Villeneuve-sur-Lot, et cantonale à Brignoles) ? Peut-on vraiment en tirer des conclusions nationales ? Lesquelles ?

Il est des enseignements commun aux trois partielles et d’autres qui sont propres à chacune, mais des partielles ne sont que partielles et un contexte politique national peut évoluer en six mois.

De manière générale, les partielles souffrent toujours d’une abstention plus grande que les renouvellement nationaux, les enjeux y sont faibles, surtout lorsque leurs résultats ne peuvent aucunement faire varier la majorité, qu’elle soit législative ou dans une assemblée locale ; enfin les divisions quel que soit le côté où elles se trouvent, sont mortifères dans des scrutins à faible participation.
Dans les trois partielles citées, chacune avait aussi ses particularités (démission de J. Cahuzac à Villeneuve-sur-lot – canton ayant déjà été emporté par le FN avant annulation en 2011 à Brignoles etc…) il semble donc peu opportun de vouloir retirer de celles-ci des enseignements définitifs.
Reste qu’il ne faut absolument pas négliger la défiance de la représentation politique par les citoyens, fondé notamment sur un sentiment d’inefficacité des politiques et du sentiment de perte de contrôle , de la maîtrise de leur vie par une majorité.
Ne pas négliger que les "digues de vote" ont explosées, que les consignes de vote sont dépassées et que le FN peut dans les temps à venir espérer remporter tel ou tel scrutin.
Ne pas négliger cette petite musique qu’entonne le FN : "Vous avez essayé le PS comme l’UMP et cela n’a pas marché, essayez nous !". Ou encore : "UMPS, tous les mêmes, tous pourris". Et ne pas se perdre dans de faux débats sémantiques de positionnement sur l’échiquier politique, car les "solutions" qui se cachent derrière ces "habiletés" seraient pires que le mal dénoncé par ces "chansons" et cela peut un jour aboutir à une implosion de notre démocratie.

Résultats de l'élection législative partielle dans la deuxième circonscription de l'Oise en février 2013

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Source : ministère de l'Intérieur

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Source : ministère de l'Intérieur


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