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Facebook va-t-il avaler tous les médias ?
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Revue de blogs

Facebook va-t-il avaler tous les médias ?

Facebook se prépare à proposer aux médias de les intégrer directement sur sa plateforme et d'assurer ainsi clics et visibilité universelle. Comment résister à l'hydre générateur de clics, au risque de devenir pour toujours vassal du réseau ? Et faut-il résister, ou reconnaitre qu'il est déjà notre fournisseur numéro un de contenus?

Claire Ulrich

Claire Ulrich

Claire Ulrich est journaliste et fan du Web depuis très longtemps, toujours émerveillée par ce jardin aux découvertes, et reste convaincue que le Web peut permettre quelque chose de pas si mal : que les humains communiquent directement entre eux et partagent la chose humaine pour s'apercevoir qu'ils ne sont pas si différents et qu'il y a donc un moyen de s'entendre.

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La  récente conférence F8 des développeurs d'applications pour Facebook a laissé filtrer ce qui agite maintenant les sites et blogs des spécialistes des médias. Facebook proposerait aux "producteurs de contenus" et surtout d'actualité, dont des grands noms des médias, d'héberger directement leur site sur le réseau Facebook

Pour un éditeur de médias, les clics sont importants. Des clics dépendent les ressources de la publicité et la réputation. Or, Facebook est en train de devenir le premier fournisseur de clics, à hauteur de bientôt un quart de l'audience des sites.

Mark Zuckerberg et son tout premier profil FB, en 2011. Photo sur Flickr de Niall Kennedy (Licence CC)

Thomas Pontiroli sur Clubic déroule les enjeux, et les chiffres, avec une conclusion : "Facebook veut absorber la presse". On y apprend que le New York Times, National Geographic, Buzzfeed, The Times de Londres seraient déjà en phase de tests chez FB. La raison de la mutation tient en un chiffre : "85 pour cent des 1,4 milliard d'utilisateurs actifs mensuels au début 2015 consultent Facebook depuis un smartphone, et 30 pour cent le font exclusivement via ce canal'.
Sur un mobile à petit écran, ouvrir un site de presse est lent, un peu compliqué, chercher et ouvrir une application d'un journal dans un écran encombré fait perdre du temps. La plupart des consommateurs de news commencent à les lire surtout via les recommandations sur les pages FB de leurs 'amis'. Un seul clic, une seule fenêtre, celle de FB, qui a fait toute la différence.
Facebook chasse visiblement sur les terres de Googe et son 'Google Actualités'. Mais là où Google rémunère des producteurs de contenus, FB ne le fait pas jusqu'ici. Cela devrait s'arranger par des partenariiats et partage de revenus publicitaires reversés par FB.
 
 
 
Facebook, votre fournisseur unique de news
 

L'affaire n'agite pas tant que ça les utilisateurs douillettement installé dans le bleu de FB toute la journée, mais dans les cercles tech et presse, elle inquiète beaucoup. Sans même parler de l'indépendance des médias, et de la pluralité de l'information, ce sont les entonnoirs des algorithmes de Facebook qui seraient le grand danger de cet hébergement des médias par le réseau. 

Fusion.net éclaircit ce que la plupart des internautes n'ont même pas remarqué : que les algorithmes vous isolent dans votre propre bulle Facebook. Les liens, les amis, les publicités, ne sont pas ceux que voient votre cousin ou votre collègue. Pire, un simple changement de l'algorithme peut vous séparer de certains de vos 'amis' ou vous persuader que il ou elle ne vous aime plus. C'est ce qui ressort d'une étude universitaire conduite sur 40 utilisateurs de Facebook pour mesurer les effets de ces algorithmes infernaux sur leur vision du monde à travers FB.

L'exemple le plus extrême est l'algorithme de FB à l'oeuvre durant le conflit de la bande de Gaza l'été dernier. Les pro Israël voyaient des actualités conformes à leurs convictions. Les Palestiniens, un tout autre monde. Il est possible de comparer votre fil FB à celui d'un fil d'actualité non façonné par un algorithme en navigant avec Chrome (aller sur Fichier dans le menu, puis Nouvelle fenêtre incognito). Alors, qu'en sera-t-il avec des sites de presse et d'information qui distribueront leurs contenus par cibles d'âge, de lieu, et de préférences ?

Eugène Wei sur le blog Remnants of the Day est brutal: "L'hébergement par Facebook ne change rien, le monde a déjà changé". Il donne plusieurs raisons pour son défaitisme.

- 'La concurrence pour l'attention est à son pic et empire. Facebook est déjà en concurrence avec vous (nldr: la presse) que vous le laissiez héberger votre contenu ou non. Comme Snapchat, Instagram, Twitter, IM, Yik Yak, la télé, le cable, Netflix, les jeux vidéo, Meerkat, les films, les concerts, Spotity, les podcasts. Quand il s'agit de l'attention de l'utilisateur, la seule ressource qui reste aux médias, n'importe quelle distraction peut les remplacer".

-  "L'audience de Facebook va continuer à grandir. Même si FB fait une pause actuellement après son premier milliard d'utilisateurs, il possède aussi Instagram, qui grandit, et Whatsapp, qui devrait atteindre 1 milliard d'utilisateurs bientôt, Oculus, une partie du marché de la réalité virtuelle du Matrix que nous allons tous connaitre (...) à moyen terme. Si vous pensez que refuser à Facebook d'héberger vos contenus changera de façon notable leur audience, vous pourriez déjà être un homme préhistorique décongelé de l'âge d'or du journalisme'. 

- "Le business model des médias n'est pas bon. Les monopoles n'ont pas de super business models non plus, mais comme (l'entrepreneur) Peter Thiel vous le dira, être un monopole est un super business model en soi- même'. 

Toujours plus loin dans les sombres prédictions, le site de tech américain Fastcompany assène: "Facebook se donne 10 ans pour devenir Matrix" . D'où il ressort qu'avec les nouvelles du jour 'algorithmisées' sur FB, vous pourriez un jour boire votre café, un vrai café, DANS Facebook. L'explication, qui mêle intelligence artificielle et humanité entièrement connectée est encore pénible à saisir pour nos cerveaux 20ème siècle, mais si le New York Times déménage aujourd'hui dans Facebook, à l'avenir, tout est possible. 

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