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De plus en plus, il apparaît que l'Opep a perdu sa capacité de contrôler le marché mondial des hydrocarbures.
De plus en plus, il apparaît que l'Opep a perdu sa capacité de contrôler le marché mondial des hydrocarbures.
©Reuters

Le Nettoyeur

Et si l'Opep était en train de perdre le contrôle du marché mondial des hydrocarbures ?

Au début, il apparaissait que l'Opep voulait faire baisser les prix pour étrangler l'industrie du fracturage dans le berceau mais, de plus en plus, il semblerait qu'elle ne peut pas augmenter les prix. En effet, l'infrastructure du fracturage est déjà en place.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Après tant d'années de mauvaises nouvelles pour l'économie mondiale, nous n'allons pas en bouder une bonne, et c'est une très bonne : la baisse vertigineuse des prix du pétrole depuis un an.

A quoi est-ce que cette baisse est due ?

En un seul mot : à une nouvelle technologie, le forage par fracturage. C'est ça qui nous donne les fameux gaz de schistes, mais cette technologie peut également être utilisée pour exploiter des nappes de pétroles qui jusqu'à présent n'étaient pas accessibles.

Ce nouveau procédé a eu un double effet : d'abord, il a augmenté la capacité de production de pétrole ; ensuite, et surtout, il a décuplé la quantité de production de gaz naturel, un substitut du pétrole pour de nombreuses applications. Ces deux phénomènes baissent la demande pour le pétrole, d'où baisse des prix.

Ce phénomène est également bon pour l'environnement : le gaz naturel est moins émetteur de carbone que le pétrole, et donc le remplacement du pétrole par le gaz naturel est bon pour le réchauffement climatique.

C'est également une démonstration de la supériorité de l'innovation décentralisée par rapport à la capacité des politiques publiques à organiser l'économie de manière centralisée. Ca fait vingt ans que les gouvernements de tous les pays essayent à coups de financements et de législation de lancer des sources alternatives d'énergie comme l'éolien et le solaire, et ça n'a jamais marché. A contrario, la révolution du fracturage n'a été prévue par aucun ministère et aucun analyste ; elle a été développée par des ingénieurs et entrepreneurs travaillant sur le terrain ; les entreprises leader du fracturage aujourd'hui ne sont pas les majors du pétrole, mais des entreprises indépendantes plus petites.

Mais attendons une minute : d'accord, le fracturage a permis de baisser les prix du pétrole, mais le marché du pétrole n'est pas un marché libre, loin de là. Que fait l'Opep, le cartel des producteurs de pétrole, qui contrôlent les prix du pétrole depuis le premier choc pétrolier, en 1973 ?

Au début, il apparaissait que l'Opep voulait faire baisser les prix, justement pour étrangler l'industrie du fracturage dans le berceau : si les prix sont bas, l'investissement dans les sources alternatives baisse, puisque le pétrole de l'Opep est encore moins cher que les combustibles produits par fracturage.Les pays de l'Opep étaient prêts à perdre un peu d'argent sur le court terme plutôt que de voir leur monopole sur le pétrole s'effriter.

Mais, de plus en plus, il apparaît que l'Opep ne peut pas augmenter les prix. En effet, l'infrastructure du fracturage est déjà en place. Avec la baisse des prix, de nombreuses entreprises ont mis leurs puits à l'arrêt—mais ils sont encore là, et peuvent être redémarrés du jour au lendemain. De plus, les économies des petits pays de l'Opep sont instables, et ne peuvent pas se permettre de baisser leur production—ce qui serait nécessaire pour faire grimper les prix.

Si c'est le cas, ça voudrait dire que l'Opep a perdu sa capacité de contrôler le marché mondial des hydrocarbures. Ce serait un des faits économiques et géopolitiques les plus importants des cinquante dernières années. Ca mérite d'être signalé.

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