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Emmanuel Macron jupitérien fait son 18 Brumaire ; Marine Le Pen, les coulisses du jour où elle a tout raté ; Mères au bord de la crise nerfs : c'est (pas) leur fête ; Gros soupçons sur l'impartialité de la justice en Corse
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Revue de presse des hebdos

Emmanuel Macron jupitérien fait son 18 Brumaire ; Marine Le Pen, les coulisses du jour où elle a tout raté ; Mères au bord de la crise nerfs : c'est (pas) leur fête ; Gros soupçons sur l'impartialité de la justice en Corse

Et aussi Brigitte Macron, devenue "un sujet de société" et élevée au rang de "mythologie" dans l'Obs.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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La société civile au pouvoir ?

Vos mags étaient sous presse lorsque la composition du nouveau gouvernement a été annoncée la semaine dernière. Les nouveaux ministres issus de la société civile passent leur examen d'entrée  dans les hebdos cette semaine. Challenges les passe "au banc d'essai" L'Express a  choisi Nicolas Hulot, tout sourire en couverture,  pour incarner la "Nouvelle Vague", la Société civile qui "prend le pouvoir". Et le mag s'interroge "Bonne ou mauvaise chose?". Toujours sur le mode interrogatif, le journal  s'interroge à propos du nouveau Ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer : "Enfin du bon sens à l'Education?". Et l'ancien recteur de Guyane, passé depuis par la direction  de la prestigieuse ESSEC, semble posséder  toutes les qualités pour diriger ce ministère et remettre un  certain nombre de choses à l'endroit. Pour en savoir plus, on lira son interview dans Le Point. Le nouveau ministre de l'Ednat' rassure " les vrais maitres ne sont pas les "pédagogistes". Il veut "enclencher le cercle vertueux de la confiance de la société en son école. Cela commence par la clarté du langage". Jean-Michel Blanquer veut "redonner une force au latin et au grec qui sont "la base de notre langue, donc de notre structure mentale. Les supprimer de notre enseignement revient à saper les fondations de notre maison... Il est faux de dire que le grec et le latin sont des matières élitistes"..., martèle le ministre. Voilà qui change par rapport à "avant", non?

Nicolas Hulot, un passage éclair ?

Voilà Nicolas Hulot qui avait toujours refusé les maroquins ministériels au gouvernement. Ministre d'Etat s'il vous plait ; titre "qui va permettre à l'intéressé " de mettre son  grain de sel dans tous les dossiers, et pas seulement ceux afférents à son portefeuille", écrit l'Express.  Vraiment ? Pour l'heure il a fort à faire avec quelques dossiers brulants, comme celui de Notre Dame des Landes, le CETA (l'accord de libre échange entre l'Europe et le Canada) supposé nuire à l'environnement. Mais, note le mag" malgré les sourires de circonstance lors de leur premier déplacement conjoint, Nicolas Hulot et le premier ministre Edouard Philippe, ne partagent pas grand-chose… Le député et maire du Havre- un temps lobbyiste en chef d'Areva, n'a voté ni la loi de transition énergétique ni celle sur la biodiversité. Il s'est opposé à la fermeture au Havre d'une des plus vieilles centrales électriques tournant au charbon (180 emplois étaient en jeu), faisant sien l'argument d'EDF selon lequel cette vieille usine servait de pilote pour la recherche sur la captation des rejets de CO². Une défense qui fait hurler les ONG. Les points de friction avec ses nouveaux collègues ne manquent pas ", poursuit le mag qui pronostique que " tenir l'ensemble des promesses d'Emmanuel Macron en matière d'Ecologie sera un sacré défi pour M.Ushuaïa". Dans le Point le philosophe Pascal Bruckner, plutôt écologiste modéré, se montre catégorique: " la nomination de Nicolas Hulot a un  double but: lui permettre (-à Edouard Philippe), d'assurer la fermeture de Fessenheim et d'entériner l'abandon du chantier de Notre-Dame-des-Landes, que François Hollande n'a pas osé mettre en œuvre durant son quinquennat. Le nouveau président a mieux à faire que de rouvrir un foyer de tension  avec les zadistes et les agriculteurs de Loire-Atlantique... Ne nous payons pas de mots: Notre-Dame-des-Landes n'aura pas lieu". A lire encore dans le Point, " le roman des Nyssen", le patronyme de  la nouvelle Ministre de la Culture, qui est bien plus qu'une éditrice de talent.

Emmanuel Macron verrouille

"Ca va cogner", annonce le Point (avec une photo d'Emmanuel Macron, très concentré en couverture), qui questionne "Résistera-t-il à la CGT et à l'extrême gauche ?". Il est bien sûr trop tôt pour avancer un  pronostic; en attendant le journal a enquêté sur la manière dont le nouveau Président exerce le pouvoir. Et l'expectative laisse la place à une certaine inquiétude, partagée par de nombreux confrères. Vos magazines  se demandent à quel traitement la presse politique va être soumise sous l'ère Macron. Le "jupitérianisme" prôné par le chef de l'Etat se met en place et avec lui, le verrouillage de la parole présidentielle et ministérielle. Verrouillage? Non, coordination, explique-t-on au sommet de l'Etat. Ce qui suscite ce commentaire ironique du Point : "oui, Macron en est persuadé, pour réussir, il faut s'élever, s'élever pour ne plus être serré de trop près par la presse, vulgarisé par les confidences d'un conseiller trop bavard, abimé par les décisions impopulaires d'un ministre. Mais avant de disparaitre, de laisser les autres décider, il faut s'assurer que tout est verrouillé, pardon, coordonné. Avoir la certitude que toute cette petite bande a bien saisi qu'elle participait à une aventure inouïe qui demande "solidité, loyauté et discrétion". Marianne qui  a enquêté sur "le grand ménage qui se prépare dans le Renseignement"(-ménage, il faut le préciser, effectué  à la faveur de départs à la retraite de patrons de différents services), explique qu'Emmanuel Macron veut y "imprimer sa marque ".ce qui n'est pas illogique en soi. Et Jacques Julliard, l'éditorialiste du journal écrit  " Le quinquennat qui commence s’annonce comme celui du pouvoir personnel d’Emmanuel Macron, sans que l’expression, honnie des vieux républicains, implique nécessairement l’idée d’un régime arbitraire ou antidémocratique. Pour se convaincre de cette donnée nouvelle, il suffit de se poser la question : que se produirait-il s’il arrivait malheur au président ? Nul aujourd’hui ne saurait répondre : c’est la preuve que, pour le moment du moins, tout dépend de lui et de lui seul....C’est pourquoi, dès sa prise de fonctions, Emmanuel Macron a multiplié les signes de la puissance. Au point de courir le risque de manquer totalement de naturel, comme dans ses marches solitaires, à pas lents, dans la cour du Louvre ou dans celle de l’Elysée. Ou encore en multipliant les allusions à la dimension proprement militaire de son pouvoir.....S’il n’en est pas encore à toucher les écrouelles, il ne laisse pas de pincer l’oreille à ses grognards, sans susciter le moindre ricanement. Ainsi, nous venons d’assister, en toute légalité, cela va sans dire, au 18 Brumaire d’Emmanuel Macron, à l’image de celui de Bonaparte ....Bien entendu", se rassure l'éditorialiste, "une telle situation ne durera qu’un temps. Cette vacance de la démocratie de délibération au profit de la démocratie d’adhésion ne tardera pas à prendre fin ; et comme à l’ordinaire, c’est l’instance économique et sociale qui sonnera le retour à l’ordre éternel des choses. Au fond, la démocratie est un régime caoutchouc, qui ne peut se réformer que dans les failles et les intermittences de son propre exercice. En attendant, bonne chance et bien du plaisir, monsieur le Premier Consul". 

Les journalistes regretteront bientôt Hollande ?

Voilà qui renvoie a une petite phrase attribuée à François Hollande, citée par le Canard Enchainé : "On a dit que je parlais trop à la presse, que je faisais trop de off. Mais, en me faisant ce procès, les journalistes ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis. Ils vont très vite le constater: Macron ne leur parlera que très rarement et tentera de tout maitriser… Vous verrez les journalistes me regretteront bientôt". Et on sent que François Hollande attend ce moment avec gourmandise. Cette situation nouvelle de la parole présidentielle rare provoque une certaine schizophrénie à l'Obs. Dans la rubrique "confidentiels", le mag raconte que les journaux people Voici et Closer ont reçu une mise en demeure de l'avocat du couple présidentiel, "leur interdisant toute publication de photographies et d'articles sur la vie privée des Macron". L'Obs qui consacre sa couverture au phénomène Brigitte Macron" avec une photo pas du tout retouchée de la première dame, ne traite pas le sujet à la manière de la presse people, mais en l'intellectualisant; le mag qui scrute sa personnalité et sa vie ,ose tout de même l'analogie avec Brigitte Bardot avec ce titre "Et la France créa Brigitte", tout en écrivant qu'"admirée, moquée, injuriée, la femmes du président déchaine les passions et cristallise tous les fantasmes"...." On l’attaque, on la moque, on la défend. Paradoxalement, elle s’exprime peu, ne donne quasiment pas d’interviews. "Brigitte", comme l’appelle familièrement "Paris Match", n’est plus seulement un sujet agissant, mais un objet d’études, d’interrogations, une mythologie » au sens où l’entendait Roland Barthes, autrement dit "un système de communication", " un message ", charriant son lot de fantasmes, de spéculations psychologiques. Brigitte ne s’appartient plus"....Brigitte porte en elle l'amour et la liberté qui, dans l'imagerie populaire, lui est -à tort- indissociable. Aux femmes qui ont trop longtemps souffert d'être considérées comme "périmées" après 50 ans, à celles qui en ont bavé parce que délaissées pour une plus jeune, Brigitte ouvre le champ des possibles, comme un  acte de rébellion contre la domination masculine et théorisée par Bourdieu. Elle ringardise  dans le même temps la " cougar", terme à connotation sexuelle qui servait- jusque là à qualifier les femmes sortant avec des hommes plus jeunes" 

Ras le bol de penser à tout

 La charge mentale, c'est le nouveau terme pour définir le poids des responsabilités qui pèsent sur les femmes qui doivent cumuler emploi, famille, et tout ce que cela implique d'organisation ,d'attention et de responsabilités . En cette veille de Fêtes des Mères, l'Express a enquêté sur le sujet. "En effet, si elles sont de plus en plus déchargées de certaines charges domestiques par leurs conjoints, elles demeurent celles à qui échoient la planification, la gestion et l'anticipation dans le foyer. Cette inquiétude du quotidien qu'implique le fonctionnement normal d'une famille "...Et elles ont de plus en plus tendance à se rebeller contre cet état de fait, ce qui leur vaut parfois la réflexion  du mari " Fallait demander" (de l'aide)...Des jeunes femmes se sont emparées du problème et lancent la contestation de la charge mentale, version actualisée de la révolte contre l'homme qui rentre pour  mettre les pieds sous la table .Une BD cartonne sur le blog d'Emma.

L'euro, le boulet de campagne de Marine Le Pen 

L'Obs a enquêté sur "Comment Marine Le Pen a raté son débat de l'entre deux tours" face à Emmanuel Macron, et tenté de reconstituer le film : "Attaquer sans relâche pour que son adversaire perde ses nerfs, c’est la tactique arrêtée avec ses conseillers, les frères Philippot et Olivier, qu’elle a encore vus dans la journée. "Un trio brouillon, déplore un élu frontiste en se repassant le film, qui l’a mal préparée et mal conseillée".... Bûcheuse, la candidate bachote sur l’économie, mais ça reste son point faible. S’est-elle seulement posée les questions que lui lance, face à face, son adversaire faussement naïf ? " On sort ou pas de l’euro ? On revient au franc ?  "Donc, il y aura deux monnaies mais à quoi servira l’euro ? " Le filet que Macron tend se referme sur elle quand elle opine, assénant que " ça a existé avec le SME [serpent monétaire européen], les grandes entreprises payaient en euros, avant c’était l’Ecu ". On n’y comprend plus rien. Le couperet tombe : " Madame Le Pen, l’Ecu c’était une monnaie de référence, on ne payait pas en Ecu ! " Elle chute sur son incompétence. Décroche, s’agite, ricane, comme dans une descente après un shoot d’adrénaline. Vingt longues minutes pour un naufrage en direct. L’euro, son boulet de campagne, le préalable à toute la politique économique qu’elle propose, l’entraîne ce soir-là vers le fond. Elle n’a jamais permis que son parti en débatte en profondeur, le retour du refoulé est violent. La candidate qui voulait être présidente est entrée dans une autre dimension..... De retour dans sa loge, elle dit quelque chose comme " je ne crois pas que ça le fasse ". Certains échangent des regards éloquents. Plus tard, dans la nuit, Louis Aliot, son compagnon, lui parlera seul à seule. Elle ne sera pas la moins dure avec elle-même. Alors que dès le lendemain elle se déplace dans la Somme, entourée de ses fidèles qui serrent les rangs, elle leur lance : " Vous êtes encore là ? Vous êtes toujours avec celle qui a tout raté ? ". Le mag analyse ses conséquences auprès des militants : "Aujourd’hui, leur foi est ébranlée. Au lieu de sortir de la présidentielle vaincue mais parée des atours de la respectabilité, Marine Le Pen s’est abîmée, ridiculisée, relepénisée dans le débat de l’entre-deux-tours. ....

En Corse, des jugements très spéciaux 

Il ne fait pas bon être juré d'Assises en Corse ...C'est ce que l'on comprend en lisant l'enquête de l'Obs " Justice impossible en Corse" ... Un certain nombre d'acquittements pour homicides ont provoqué l'ouverture d'enquêtes préliminaires ... "... Tous les témoignages recueillis auprès des jurés dépeignent un climat étouffant, presque terrorisant. Les citoyens tirés au sort, dont le nom est rendu public au premier jour du procès, sont comme frappés de stupeur....Un juré raconte être resté tétanisé pendant toutes les audiences, incapables de réfléchir de manière rationnelle". Pourquoi ? "Il est arrivé qu'un juré désigné soit approché une veille de session.Ici tout se sait. On lui a demandé :"alors, tu fais quoi demain? Ah, tu es au procès? Et sinon, la santé ça va ? Ah bon...et bien, pourvu que ça dure". Et voilà, le tour est joué, raconte un magistrat "...Dans ces conditions on comprend que les dispenses et certificats médicaux se multiplient ...En décembre dernier ,des policiers et des magistrats spécialistes de la lutte anti-mafia ont publiquement demandé la mise en place de cours d'assises composées exclusivement de magistrats professionnels, sans jurés populaires, comme il en existe dans les affaires de terrorisme ou de trafic international de stupéfiants"...

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