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Comment réguler le marché sans le détruire ?
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Le Nettoyeur

Comment réguler le marché sans le détruire ?

Ce débat est le trop souvent prisonnier d'une dichotomie où l'Etat et le marché sont dans une compétition à somme nulle, oubliant un troisième acteur : la société civile.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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C'est un fait longtemps remarqué qu'une des caractéristiques de l'ère moderne est que de plus en plus de facettes de nos vies se retrouvent placées dans une logique de marché, notamment la vie privée.

Ce phénomène est lui-même une des facettes de ce qu'on peut considérer comme le problème d'économie politique le plus important des deux derniers siècles : l'économie de marché et sa destruction créatrice sont ce qui créent la prospérité de la cité ; mais cette destruction créatrice crée également des dislocations sociales, des gagnants et des perdants, des inégalités et ainsi de suite. Comment avoir la prospérité de l'économie de marché tout en gérant ses aspects destructeurs ?

C'est évidemment un très vaste sujet, mais il y a un point sur lequel on n'insiste presque jamais, et c'est celui-ci : ce débat est le plus souvent prisonnier d'une dichotomie où l'Etat et le marché sont dans une compétition à somme nulle. Si le marché devient trop fort, il faut renforcer l'Etat ; mais renforcer l'Etat crée énormément de problèmes ; et donc il faut affaiblir l'Etat et/ou renforcer notre marché. C'est la prémisse implicite de presque tous nos débats, et on se placera sur le spectre politique en fonction de l'endroit où on veut mettre le “curseur” entre Etat et marché.

Et si cette dichotomie était fausse ? Et s'il y avait une échappatoire entre l'Etat-omnipotent et le marché-omnipotent ? Entre le Léviathan totalitaire et la guerre de tous contre tous ?

Mon intuition est la suivante : pour faire en sorte d'avoir un marché qui fonctionne et nous donne la destruction créatrice dont nous avons besoin, sans faire en sorte de détruire le tissu social, il ne faut pas ligoter le marché avec un Etat totalitaire ; il faut renforcer les institutions sociales qui ne sont ni le marché ni l'Etat. Ce qu'on appelle, en somme, la société civile.

En France, nous avons aussi ce débat sous d'autres termes : ce qu'on appelle les corps intermédiaires. La Révolution française a supprimé les corps intermédiaires et n'a laissé aucun tampon entre l'individu et l'Etat central. En ceci, la Révolution a représenté l'aboutissement, pas le déni, de la monarchie absolue de droit divin.

Un des objectifs des grandes réformes qui ont suivi la Libération était justement de renforcer ce tissu social, ces corps intermédiaires, pour n'avoir pas seulement l'Etat et l'individu. La représentativité légale des syndicats devait permettre une démocratie sociale où ce seraient les corps sociaux, plutôt que l'Etat, qui atténueraient les effets brutaux du capitalisme. La politique familiale permettrait de faire de familles robustes une autre forme de corps intermédiaires. L'enseignement sous contrat permettrait aux classes moyennes d'avoir accès à l'enseignement privé. Et ainsi de suite.

Il y a beaucoup de choses à critiquer sur la manière dont ça a été fait. Mais l'intention mérite d'être remise au goût du jour. Dans nos débats politique actuels, on n'entend parler que de la lutte à mort entre Etat et capitalisme. Peut-être faut-il plutôt sortir de cette dichotomie.

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