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Le problème est maintenant de savoir si la France ne joue pas avec sa crédibilité.
Le problème est maintenant de savoir si la France ne joue pas avec sa crédibilité.
©Reuters

Revue d'analyses (financières)

Combien de temps le gouvernement va-t-il continuer d'ignorer les signaux de détresse que lui envoie l'économie française ?

On nous dit que les dépenses publiques devraient enfin baisser et pourtant... Ségolène Royal a été nommée à la BPI, le jour de carence a été supprimé pour les fonctionnaires et le Tribunal d'instance à Tulle a été rétabli.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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La sphère publique n’a toujours rien compris à la troisième révolution industrielle. C’est le message qu’a fait passer Christian Saint Etienne économiste au CNAM invité cette semaine par l’Institut des Libertés pour présenter son dernier livre « France : état d’urgence. Une stratégie pour demain ». Pour lui, l’effondrement de notre compétitivité et de nos performances s’accélère. L’état d’esprit de la population par rapport au travail a complètement changé depuis la mise en place de la loi sur les 35 heures. Le principe de précaution instauré en 2005 pourrit l’action collective. Toutes ces erreurs obligent de taxer toujours plus ceux qui tirent la machine. Cela ne peut pas marcher. Opposer les « riches » et les « pauvres » est le degré zéro de l’action politique…

Les experts en hollandisme nous expliquent depuis des semaines que le moment de la baisse des dépenses publiques devrait enfin arriver. On peut en douter sur trois faits qui méritent un commentaire cette semaine car ils permettent d’éclairer la réalité qui est le sujet qui nous préoccupe : la nomination de Ségolène Royale à la BPI, la suppression du jour de carence pour les fonctionnaires et le rétablissement du Tribunal d’instance à Tulle !

La Promotion Voltaire de l’ENA était déjà surreprésentée. François Hollande a placé ses camarades de promotion à tous les étages de l’administration et de la vie politique. Personne ne doute de la qualité du millésime de cette promotion, mais la nomination de Ségolène Royal au poste de numéro deux de la Banque Publique d’Investissement (BPI) est un mauvais signe. Les interférences entre la politique et la gestion des banques n’ont jamais donné de bons résultats, ni en France ni à l’étranger. Le Crédit Lyonnais sous la direction de Jean-Yves Haberer avait pris l’habitude de dire oui à tous les dossiers qui étaient présentés par le pouvoir socialiste de l’époque. Pendant quatre ans d'un règne sans partage il a poursuivi sans dévier le but qu'il s'était fixé "avoir le plus gros bilan du monde". Cela a produit l'une des plus grandes débâcles bancaire européenne. L’établissement a du faire l'objet d'un « plan de restructuration » entièrement payé par le contribuable français. L'état a injecté 45 milliards de francs en 1994, 4 milliards en 1995 et 98 Milliards en 1996 ! La faillite de Dexia est de même nature. Le mélange entre la banque et la politique donne de très mauvais résultats. Il a été nécessaire pour la France et la Belgique de garantir pour 90 milliards d'euros d’engagements de la banque ! En Italie Monte Dei Paschi di Siena est aussi un bon exemple. A force d’être dans sa région toujours le prêteur et l’employeur de dernier ressort, l’établissement a fait faillite. Le crédit ne relève pas de la politique mais du métier de banquier !

Un seul membre de la promotion Voltaire de 1980, Henri de Castries président d’Axa est sceptique. Compte tenu de la politique qui est menée par son camarade de promotion, il doute de la capacité de la France à conserver des taux bas sur les marchés. 

Les langues se délient également dans les rangs des économistes qui ont soutenu publiquement François Hollande : Daniel Cohen, notamment professeur d'économie à l'École Normale Supérieure,  explique que le problème est maintenant de savoir si la France ne joue pas avec sa crédibilité. Qui lui fera confiance, dit-il, si elle ne tient pas elle même les objectifs qu’elle s’est fixée.

Le jour de carence sur les arrêts maladie des fonctionnaires prévoyait depuis 2012 qu’ils n’étaient pas payés le premier jour de leur arrêt maladie. Cela avait permis de réduire un peu l’écart avec les salariés du secteur privé qui doivent attendre trois jours pour percevoir des indemnités. Le gouvernement a décidé cette semaine de supprimer le jour de carence des fonctionnaires. C’est un mauvais signe. Cela coûtera 60 millions d'euros à l’état employeur et 70 millions d'euros aux hôpitaux. On croit rêver que cette décision ait été prise au moment où il faut réduire les dépenses publiques. La décision du gouvernement est particulièrement inopportune écrit l’éditorialiste du Monde. La France est incapable de voir la réalité en face et de penser le long terme. Le gouvernement ne sait que lâcher du lest en faveur de sa principale clientèle électorale, dont le salaire net moyen est pourtant de 2377 euros par mois contre 2041 euros pour le secteur privé !

Le rétablissement du Tribunal d’instance à Tulle est aussi un très mauvais signe. Il avait été très difficile de moderniser la carte judiciaire française. Le fait que François Hollande par clientélisme électoral le rétablisse montre à quel point la Corrèze semble pour le président plus importante que la France !

Quant à la place accordée par le gouvernement et les médias au père qui vitupérait en haut de sa grue « contre les bonnes femmes du gouvernement », on aurait aimé un peu plus d’intérêt pour le suicide par le feu d’un chômeur en fin de droits. Il est vrai qu’il y en a 1000 de plus par jour ! Thierry Breton président d’Atos et ancien ministre de l’économie estime qu’il y aura malheureusement 250 000 chômeurs de plus à la fin de l’année. Une fois de plus, il tire la sonnette d’alarme sur la bulle d’illusion des taux. La France a une dette de 1800 milliards d'euros dont la durée de vie moyenne est de 7 ans, ce qui nécessite d’emprunter chaque année entre 200 et 250 milliards d'euros auprès d’investisseurs étrangers qui détiennent à hauteur de 65% la dette française. Pour tenter de rester dans les clous, le gouvernement aura besoin d’au moins 10 milliards d'euros de recettes supplémentaires en 2014. En attendant des mesures concrètes sur la baisse des dépenses publiques on va désindexer les aides publiques  qui ne seront plus revalorisées au rythme de l’inflation et fiscaliser les prestations sociales… On voit que la « stabilité fiscale » qui avait été promise par François Hollande n’est plus qu’un vieux souvenir et que la France est dirigée par une équipe qui préfère ouvrir les sujets sociétaux plutôt que d’affronter la crise économique.

Comme le dit Patrick Artus directeur de la recherche et des études de Natixis tout se dégrade dans l’économie française mais rien n’attire l’attention pour le moment…

Les incertitudes sur la politique des banques centrales grandissent

L’or ne joue plus son rôle d’amortisseur. Les incertitudes ne manquent pourtant pas mais l’or physique (SPDR Gold Shares) a baissé de 12,5% depuis son plus haut niveau d’octobre dernier et les mines d’or (Market Vectors Gold Mine) ont cédé de 30% pendant la même période. La principale raison de ce comportement réside dans la décision de la Federal Reserve américaine. Dans la lecture des « minutes » de sa dernière réunion de janvier, elle a laissé entendre que sa politique monétaire considérée comme laxiste touchait à sa fin. Les motivations qui attiraient les investisseurs vers l’or sont en train de disparaitre.

Aux Etats Unis, Guy Stern le gérant de Standard Life Absolute Return a décidé de réduire substantiellement son exposition aux valeurs américaines. John Praveen de Prudential a quant à lui réduit ses positions en action sur toutes les places. Il y a trop d’incertitudes dit-il : l’Italie, l’Espagne, le fiscal cliff américain…

A la Banque d’Angleterre trois membres sur les neuf du Comité de Politique Monétaire se sont exprimés en faveur de plus d’injections de liquidités. Cela a fait immédiatement baisser la Livre Sterling au plus bas depuis 15 mois. La Banque Centrale Chinoise devrait plutôt resserrer la liquidité de son économie alors que la Banque du Japon s’apprête à faire l’inverse.

Tout cela conduit George Magnus de UBS à prévoir une hausse du dollar. Il fait remarquer que sur la liste des pays susceptibles de faire le moins de défaut sur leur dette, les Etats-Unis sont à la cinquième place, ce qui est plutôt une place enviable. L’euro reste coincé entre le Japon qui dévalue et l’Allemagne qui refuse d’emboiter le pas.

Le message paradoxalement positif des élections italiennes

En Italie,  Mario Monti a perdu son aura dans la bataille électorale. C’est probablement un moment historique dans l’histoire de l’Europe, car il rappelle aux technocrates de Bruxelles, qui ne sont pas élus, que leur gestion dispendieuse est incompréhensible par les électeurs de la majorité des pays européens. Charles Gave président de GaveKal, estime que c’est peut-être le signe de la fin du projet de construction de l’Europe et qu’il est temps de revenir à la démocratie et aux prix de marchés. C’est probablement pourquoi certains gérants comme Marco Bruzzo de Mirabaud Gestion estiment que les entreprises italiennes ont une valorisation qui est 15% inférieure à celle des valeurs de l’Euro Stoxx 50.

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